Survivre à la retraite

Par Mathieu Rousseau

Ce sont bien plus que de simples athlètes. Pour plusieurs, ce sont des idoles, des modèles, et on les traite comme tels. Ils sont habitués à signer des autographes et on leur demande de visiter les enfants malades à l’hôpital pour donner un peu d’espoir à ces derniers. Toutefois, pour certains, lorsque l’heure de la retraite sonne, le retour à la réalité peut être plutôt difficile. En très peu de temps, ils troquent leur vie passée sous les projecteurs pour un quasi-anonymat. Coup d’œil sur la dure réalité des athlètes professionnels une fois leur carrière sportive terminée.

Une vie opposée au commun des mortels

Avant de nous attarder à l’aspect « sportif » de la retraite et sur le fait qu’ils ont connu une carrière marquée par la célébrité et la reconnaissance, ce qui peut rendre la retraite plus complexe, n’oublions pas que pour un sportif, la retraite arrive bien plus rapidement que pour le commun des professionnels. Alors que la retraite pour monsieur et madame Tout-le-monde sonne davantage vers les 60 ans, il n’est pas rare de voir un athlète faire une croix sur sa profession vers les 35 ans, 40 pour les chanceux, que ce soit en raison des blessures, de la vie de famille ou de l’incapacité de performer comme autrefois. Ils doivent donc, à un âge relativement bas pour des professionnels, trouver un moyen d’occuper leurs journées pour les 40 années à venir. C’est un constat qui peut être assez effrayant.

N’oublions pas non plus que le sport est pratiquement la seule chose que ces athlètes ont connue dans leur vie. Dès leur plus jeune âge, ils vivent en symbiose avec le sport qu’ils pratiquent. Dès que l’on réalise le potentiel et la possibilité d’une carrière sportive pour le jeune, toutes les décisions le concernant seront prises en fonction du sport. Prenons par exemple Connor McDavid, la nouvelle coqueluche de la Ligue nationale de hockey. À l’âge de 15 ans, la Ligue de hockey de l’Ontario lui a octroyé le statut de joueur exceptionnel, lui permettant ainsi de jouer son hockey junior avec des joueurs âgés jusqu’à 20 ans. La majorité de ces jeunes athlètes ne poursuivront pas d’études supérieures, les laissant donc sans diplôme à l’âge adulte, ce qui peut rendre la réorientation professionnelle dans un domaine autre que le sport plus ardu.

Je me mets dans les souliers d’un athlète qui évolue dans une ligue comme la LNH, la NBA, la NFL, la MLB, etc., et je peux comprendre également le désir de ne jamais quitter ce mode de vie. Être payé à faire ce que j’aime le plus au monde, voyager avec mes chums à travers le pays, loger dans les hôtels les plus luxueux, être accompagné par des entraîneurs et des nutritionnistes payés pour s’assurer que je sois dans la meilleure forme possible… Le rêve!

Quand le rêve se termine, la dure réalité frappe!

Malheureusement, arrive le jour où la retraite devient inévitable. Les blessures physiques subies lors de la carrière de l’athlète refont souvent surface lorsque ce dernier se retire. En effet, vivre de son sport sans conserver des traces sur la forme physique semble utopique, voire impossible. Si l’adrénaline, la compétition et le désir d’être présents dans les moments qui comptent permettent aux athlètes de tolérer la douleur, cela n’est plus le cas une fois la carrière terminée; ils se retrouvent dorénavant seuls avec tous leurs « bobos ». C’est le premier malheur d’un athlète retraité. Des troubles psychologiques peuvent également surgir. Nous n’avons qu’à penser aux Derek Boogaard, Wade Belak et Rick Rypien, ces trois anciens hommes forts de la LNH, possédant tous un bagage de blessures à la tête et de troubles psychologiques, qui se sont tous enlevé la vie en l’espace de quatre mois en 2011. Sylvie Bernier, une ancienne plongeuse olympique médaillée aux Jeux olympiques d’été de 1984, s’est confié sur les problèmes psychologiques qu’elle a expérimentés au moment de prendre sa retraite. Dans le cadre du documentaire Sport-Partum, portant sur la transition des athlètes de haut niveau vers une seconde carrière, elle admet se souvenir du moment où l’anxiété a débuté pour elle. C’est lors de son retour des Jeux de Los Angeles, lorsqu’elle a été accueillie par un nombre intimidant de médias, qu’elle a senti qu’elle perdait le contrôle de sa vie.

Des outils propices

C’est en se réorientant dans une nouvelle carrière que celle qui est maintenant engagée dans la promotion des saines habitudes de vie a réussi à passer à travers cette dure épreuve. Il n’est pas rare de voir d’anciens athlètes se tourner vers une carrière secondaire dans le monde des médias une fois leur carrière sportive terminée. Après tout, leur sport, c’est ce qu’ils aiment et connaissent le plus!

Selon Sophie Brassard, conseillère en transition de carrière des athlètes, la clé pour faciliter la transition est la préparation. Heureusement, de plus en plus, les grandes ligues sportives se dotent de programmes visant à aider leurs membres à faire une transition plus facile vers la retraite. Le Comité olympique a d’ailleurs emboîté le pas, lui qui a annoncé en septembre dernier la création d’un programme visant à aider les athlètes olympiques à mieux vivre leur après-carrière.


Crédit photo © cnn.com

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