Tartuffe, version 1969

Par Gabrielle Beaudry

1969 : les premiers pas de Neil Amstrong sur la lune, les concerts enivrants de Woodstock, les manifestations contre la guerre du Vietnam, la sortie du disque mythique des Beatles : Abbey Road… et Tartuffe?

Le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) a lancé, le 27 septembre dernier, sa 65e saison avec une pièce de Molière : Tartuffe. Toutefois, nous avons eu droit à une version plus contemporaine de cette pièce écrite en 1664. En effet, le Tartuffe du metteur en scène Denis Marleau se campe plutôt en 1969, dans un Québec post-clergé, tout juste après la sortie de la grande noirceur. Si le contexte actualise cette pièce mythique, le texte, intouché et entièrement récité en alexandrins, nous rappelle tout de même qu’elle est d’une autre époque.

La pièce s’ouvre dans un living-room d’un condo aux airs d’Habitat 67 de l’architecte Moshe Safdie. Les personnages aux pantalons à pattes d’éléphant et aux jupes un peu beaucoup trop courtes bavardent, fument et s’enlacent au rythme d’une musique, rappelant celle de Jimi Hendrix. Bref, c’est le règne du « peace and love » jusqu’à ce que le maître de la maison, Orgon (Benoît Brière) fasse son entrée.

Le spectateur comprend assez rapidement qu’Orgon semble être le seul dupe face aux supercheries de Tartuffe. À l’évidence, la femme d’Orgon, Elmire (Anne-Marie Cadieux), ses enfants, son beau-frère et sa domestique, Dorine (Violette Chauveau), entretiennent de sérieux doutes face à cet homme supposément pieux. Or, Orgon demeure impassible devant la lucidité de ses congénères. Il est si épris de cet homme d’Église qu’il en perd même la raison, lui offrant aveuglément la main de sa fille alors que le scélérat courtise ouvertement sa femme.

Tartuffe fait finalement son entrée au troisième acte, à la suite d’un solo de guitare et l’on comprend alors de quoi il est réellement capable. Le jeu d’Emmanuel Schwartz est grandiose par ses nuances : son regard attendrissant laisse présager un talent de persuasion et de manipulation hors pair. Les scènes entre les différents personnages et Tartuffe sont à en rire aux éclats. Soulignons particulièrement celle où Elmire pose un guet-apens à Tartuffe en l’invitant à un jeu de séduction, sur une table, alors qu’Orgon se trouve accroupi sous cette même table. Vous pouvez vous imaginer la suite…

Tout compte fait, cette adaptation nous illustre encore une fois que les pièces de Molière sont intemporelles. Tartuffe, c’est tout d’abord l’histoire d’un homme qui se fait berner par les apparences et les discours pompeux d’un autre. Que ce soit à l’époque de Molière, à celle de nos grands-parents ou alors à la nôtre (petite pensée pour nos voisins du Sud), il y aura toujours des hommes (au teint orangé et aux cheveux couleurs blé d’Inde) au beau discours pour détourner notre attention de l’essentiel.

Tartuffe sera présenté le 29 novembre prochain à la Salle Maurice-O’Bready du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke à 20 h.


Crédit photo © Théâtre du Nouveau Monde

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