[re]prendre le dessus : Quand la technologie envahit nos vies

Par Émilie Lalonde

La cyberdépendance est une problématique qui prend de l’ampleur, puisque la technologie est de plus en plus au cœur de nos vies. Il faut donc être en mesure de tracer la ligne entre l’utilisation raisonnable et l’excès. Certains jeunes ont besoin d’aide pour définir cette limite. C’est pourquoi deux chercheuses de l’Université de Sherbrooke, Magali Dufour et Sylvie R. Gagnon, en collaboration avec l’une des membres de l’Institut universitaire sur les dépendances (IUD), Louise  Nadeau, ont créé le projet Virtuado.

L’équipe du Collectif s’est entretenue avec Magali Dufour, l’une des chercheuses impliquées dans Virtuado. En plus d’être docteure en psychologie, madame Dufour est aussi professeure au Service de toxicomanie de la Faculté de médecine et des sciences de la santé au campus de Longueuil. Ses collègues et elle ont travaillé conjointement avec, bien évidemment, l’IUD, mais aussi avec le regroupement de Recherche et intervention sur les substances psychoactives, le Centre de recherche de l’Hôpital Charles-Lemoyne et le Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière.

La genèse du projet

Année après année, plusieurs personnes se présentaient dans les différents centres de dépendance du Québec, afin de demander de l’aide pour leur cyberdépendance. Toutefois, ces derniers n’étaient pas outillés pour répondre à leur besoin. Il devenait donc nécessaire de mieux documenter cette problématique. Des démarches ont alors été enclenchées dans le but, dans un premier temps, de présenter des résultats au ministère de la Santé et des Services sociaux et, dans un second temps, de trouver des pistes de solutions. Lors de notre entrevue, madame Dufour expliquait qu’il y a d’abord eu une recherche faite auprès d’adultes et qu’un besoin se faisait réellement sentir. Un projet s’est alors décliné pour une clientèle adolescente, et c’est de cette façon que Virtuado a vu le jour. Il est important de noter que trois études concernant la cyberdépendance ont eu lieu.

La recherche Virtuado a, pour sa part, été menée dans quatorze centres de dépendance du Québec. Soixante-dix adolescentes et adolescents âgés entre 14 et 17 ans ont accepté que leurs progrès, mais aussi que leurs mauvaises journées soient analysées et compilées. Absolument tout a été documenté. Les chercheuses ont eu un accès privilégié au dossier de ces personnes pendant dix-huit mois.

La cyberdépendance

Mais à ce point-ci, une question se pose! Qu’est-ce qu’une utilisation problématique d’Internet ou des technologies? En effet, de nos jours, il n’est pas rare d’entendre une personne nonchalamment affirmer qu’elle est accro à son téléphone cellulaire. A-t-elle alors une cyberdépendance? Évidemment, c’est un peu plus compliqué que cela. Une personne dite « cyberdépendante » a atteint le seuil clinique. Cela signifie qu’elle a complètement perdu le contrôle de son utilisation. Elle passe en moyenne cinq à six heures devant son écran mettant ainsi de côté ses relations interpersonnelles. Les contacts entretenus avec ses proches se dégradent. De plus, ses résultats scolaires ont de fortes chances de chuter et ses heures de sommeil de disparaître doucement. Plusieurs conséquences sont reliées à cette utilisation excessive des technologies. C’est pourquoi Virtuado veut pallier cela!

Alors que cette première question est répondue, une deuxième se pose! En effet, lorsque le mot « cyberdépendance » est mentionné, une association presque automatique se fait avec le monde des jeux vidéos. Y a-t-il vraiment un lien à faire? Madame Dufour affirme qu’il existe justement une grosse polémique à ce sujet. En effet, le DSM-V, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, joint ces deux concepts ensemble. Pourtant, la chercheuse et son équipe ont observé que, majoritairement, les garçons vivent leur cyberdépendance à travers la réalité virtuelle et les jeux de rôle, alors que, pour les filles, ce sera surtout par l’entremise des médias sociaux. Il est donc important de concevoir des traitements adaptés pour les personnes concernées.

La suite des choses

La question des traitements sera justement la prochaine étape pour Virtuado, maintenant que celle de l’observation est terminée. Les chercheuses consacrent présentement leurs énergies à la rédaction d’articles scientifiques et à la finalisation d’un rapport qui sera présenté au mois de juin. Madame Dufour a également mentionné que, dans les prochaines années, une étude sera consacrée au lien entre l’utilisation des technologies et la consommation d’alcool ou de drogues. En effet, certains indices laisseraient croire que plus ces jeunes passeraient de temps devant leur écran, moins ils en passeraient à abuser de substances. Ce sera donc un dossier à suivre!


Crédit photo © Marie-Claire

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