se [ré]approprier l'égalité : la lutte contre les violences faites aux femmes

Par Laurence Poulin

Il y a quelques semaines de cela, une certaine vague de chroniqueuses ont décidé de quitter leur tribune médiatique, principalement web, par un trop plein de commentaires haineux à répétition. En effet, Judith Lussier (anciennement au journal Métro), Geneviève Patterson (magazine Châtelaine) et Manal Drissi (Ici Première) furent au cœur de cette tourmente médiatique. Celles-ci ont ressenti le besoin de quitter pour reprendre leur souffle. Elles ont décidé de dire haut et fort qu’elles étaient épuisées mentalement de devoir faire face aux commentaires agressifs et violents qui sont bien souvent plus fréquents et virulents envers les femmes ayant une tribune ou s’affirmant en société. Selon l’Organisation des Nations Unies, ce sont 73 % des femmes présentes sur Internet qui sont victimes d’une quelconque façon d’une forme de violence. Bien qu’énorme, cette statistique concernant les réseaux sociaux n’en est qu’une parmi tant d’autres sur les violences faites aux femmes dans son ensemble.

À ce propos, puisque la violence faite aux femmes est malheureusement trop d’actualité, on décidait la semaine dernière de tenir une conférence à l’Université de Sherbrooke ayant pour thème : La prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes. Celle-ci fut possible grâce à des étudiantes et étudiants de la maîtrise en droit international et politique internationale appliqués (DIPIA), en collaboration avec la Croix-Rouge internationale. En ouverture du panel de discussion, on rappelait que selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus d’un tiers des femmes seraient victimes de violence dans le monde. De surcroît, on rappelait que, selon l’ONU, 600 millions de femmes vivent dans des pays où la violence conjugale n’est pas considérée comme un crime.

Avant de faire intervenir les panélistes, Me Vicky Chainey, animatrice du panel, rappelait elle aussi que cette violence fait trop souvent partie de l’actualité. Que ce soit l’histoire de Malala Yousafzai ou encore de la violence conjugale ayant pris la vie de la jeune Daphné Huard-Boudreault il y a quelques semaines.

Ainsi, c’est ayant en prémisse la violence faite aux femmes tant dans un contexte national qu’international que Me Mélissa Beaulieu Lussier, avocate en droit criminel et candidate à la maîtrise à la Faculté de droit de l’Université McGill avec thèse en droit pénal international, Me Erick Sullivan, avocat et directeur adjoint de la Clinique de droit international pénal et humanitaire de l’Université Laval et Marie-Hélène Lajoie, adjointe au programme de stage au Carrefour de solidarité internationale et détentrice d’une maîtrise en sciences politiques avec une spécialisation en développement international et en études féministes, ont pu discuter de leurs recherches sous l’angle de la prévention et des lacunes quant au droit international sur cette question. Ce fut très pertinent de recueillir les propos tant sur le plan juridique, de la recherche universitaire, mais aussi terrain avec le cas du Pérou exposé par Mme Lajoie.

Ces expertes et experts de la question ont pu dresser un portrait non seulement des conventions internationales portant sur cette question, de la compétence de la Cour pénale internationale et de la question du fardeau de la preuve du consentement (également présent en droit interne, tel que vu dans des cas récents d’actualité), la question plus technique des disparitions forcées en lien avec la problématique également d’actualité des migrations internationales liées aux crises et aux conflits internationaux, mais aussi des violences comme étant symptômes des inégalités de genre.

Tout comme pour la question de la prévention de la violence faite aux femmes en droit national, à l’international, on s’est questionné sur le rôle des hommes dans cette lutte. On a considéré qu’ils devaient avoir le rôle d’alliés et qu’on devait les inclure dans la discussion. Ainsi, pour arriver à de réelles différences et des impacts positifs, ceux-ci se doivent de s’informer et de lire sur ces questions. Également, le constat fut clair pour les panélistes qu’un des moyens les plus importants de lutte passait par le biais de l’éducation. Bien qu’ils ne doivent pas jouer un rôle de premier plan, les hommes doivent se remettre en question sur le plan personnel et intégrer une perspective de genre dans leur vie de tous les jours pour espérer arriver à de réelles avancées sociales. Par ailleurs, les hommes doivent aussi être des alliés hommes-hommes dans le sens où ils doivent se tenir pour renforcer un dialogue respectueux dans leur communauté et leur entourage, et ce, chaque jour dans leurs divers milieux. Me Sullivan soulevait à ce propos l’importance pour lui de jouer ce rôle dans sa communauté pour contrer le machisme et contribuer à l’éducation de ses enfants en ce sens.

Conséquemment, bien que l’étude et les recherches sur les violences faites aux femmes se fassent à l’international, dans des conditions variant d’un pays à l’autre, des efforts sont toujours à faire au niveau national. Il s’agit de considérations qui doivent être réfléchies et améliorées tous les jours.


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