Transphobie et autres peurs irrationnelles

Par Séré Beauchesne Lévesque

Un meurtrier en série d’un film d’horreur puise ses caractéristiques dans un bassin de traits dérangeants : incapacité à ressentir des émotions, compulsions sexuelles, passé trouble, cruauté précoce, transsexualité…

Le Silence des agneaux, Psycho, Insidieux : Chapitre 2, Pulsions et Massacre au camp d’été ne sont que quelques exemples de films, pour la majorité largement applaudis par la critique, où le tueur est dépeint comme un transsexuel, révélation-choc supposée ajouter une couche de répulsion envers le meurtrier.

Cette image d’homme dérangé qui se déguise en femme semble être celle qui fait surface en premier lorsqu’il est question de donner aux femmes trans des droits fondamentaux. Cette année aux États-Unis, plusieurs états ont discuté l’adoption de lois visant à empêcher les femmes trans d’accéder à des espaces non mixtes tels que les toilettes, les vestiaires et les refuges.

La rhétorique est simple : si l’on autorise les femmes ayant un pénis à utiliser les toilettes des femmes, n’importe quel homme peut se déguiser en femme, s’incruster dans un espace non mixte et commettre des agressions sexuelles. Bien sûr, inutile de faire remarquer que les agressions sexuelles sont déjà illégales et qu’on aurait plutôt intérêt à combattre la culture du viol pour faire baisser le taux d’agressions. L’argument ne vise pas à être logique, il vise à jouer sur la peur et la méconnaissance des enjeux trans pour faire avancer une idéologie ségrégationniste et discriminatoire.

Mais la véritable terreur n’est pas dans le camp des femmes cis qui veulent aller aux toilettes. Les personnes trans, en particulier les femmes trans, ont beaucoup plus de raisons d’avoir peur d’exister que la population générale en a d’avoir peur qu’elles existent.

Une étude américaine datant de 2011, Injustice at Every Turn: A Report of the National Transgender Discrimination Survey, laisse entendre qu’être trans aux États-Unis s'apparente à vivre dans un film d’horreur, du côté des victimes cette fois-ci. La moitié des personnes trans a été sévèrement harcelée et intimidée à l’école. Les deux tiers des personnes trans ont subi au moins une agression sexuelle. Une personne trans sur cinq a été sans-abri à une période de sa vie. Près du quart de ces personnes qui ont vécu dans la rue ont été agressées sexuellement lors de leur séjour dans un refuge. Quatre personnes trans sur dix ont fait au moins une tentative de suicide. Il n’y a pas lieu de croire que le portrait est drastiquement différent au Canada, où les avancées législatives visant à protéger les personnes trans sont récentes, disparates et encore peu appliquées.

Il n’y a jamais eu un seul cas où une personne trans a agressé quelqu’un dans les toilettes. Mais de peur d’y être perçues comme un danger, d’être humiliées, harcelées, voire violentées, six personnes trans sur dix évitent les toilettes publiques. Une personne trans sur trois évite même de trop boire ou manger pour ne pas être contrainte à les utiliser. La terreur est dans leur camp.


Crédit photo © hollywood.com

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