Tribune libre – Point de vue d'un athée sur la vie après… la mort

Par Gabriel Martin

Comme plusieurs membres de la communauté étudiante de l’Université de Sherbrooke, je fais partie de la première génération de l’histoire du Québec à avoir reçu une éducation essentiellement laïque. Alors qu’une bonne part de cette génération adhère, semble-t-il, à une forme de croisement entre agnosticisme, bouddhisme et christianisme, je me reconnais, pour ma part, beaucoup plus dans l’athéisme.

Ainsi, dans ma conception, les divinités — qu’elles soient grecques, amérindiennes, chrétiennes ou autres — n’existent pas plus que le père Noël ou les Pokémons. De même, je crois qu’il n’existe ni au-delà ni arrière-monde : le paradis, les limbes, l’enfer ne représentent pour moi que de simples lieux fictifs créés à des époques révolues… où l’on croyait encore que la Terre était plate!

Mes croyances athées, qui m’apparaissent scientifiquement tenables, posent toutefois difficulté quand vient le temps de réfléchir à cette question capitale : y a-t-il une vie après la mort?

Pour y répondre, il est profitable de se demander d’abord ce que peut représenter la vie dans une spiritualité athée. Pour ma part, je soutiens que la vie est un passage à l’existence, entre deux néants. J’entends par là que, pendant un court laps de temps, chacun de nous existe au travers de ses joies et ses peines, de sa sérénité et ses angoisses, de sa haine et ses amours... Et cet instant de vie, un jour, arrive à terme. Il s’agit d’un pur constat : la vie, comme tout le reste, est impermanente.

D’une manière un peu plus physique, mais tout aussi vulgarisée, on peut aussi dire que la vie est l’instant durant lequel quelques parcelles de matières et d’énergies, magnifiquement agencées et structurées, font émerger notre âme — notez que j’emploie ici le mot âme, au sens athéologique d’être intérieur. Cette âme ne correspond pas à un souffle extérieur instillé par les dieux, mais bien à une propriété émergente de la matière, une matière cérébrale animée par des courants électriques. En somme, donc, la vie d’une âme correspond à la vie cérébrale, dont l’existence est circonscrite dans le temps.

Si on admet ces conceptions de la vie et de l’âme, la nature de la mort se dessine ainsi : il s’agit simplement de l’arrêt de la vie, laquelle implique l’évanescence de l’âme, qui s’estompe du monde sensible, le seul monde réel auquel nous avons de solides raisons de croire. Vous l’aurez compris, je considère que, comme un feu sans air et comme un ordinateur sans électricité, un humain peut s’éteindre à tout jamais. Sa vie, son âme et sa conscience; son percept, son affect et son intellect... toutes parts de son existence interne prennent fin. La vie est donc l’étape terminale pour le mourant.

De prime abord, une telle manière de penser a de quoi dérouter. Elle peut même sembler glaciale. Pourtant, cette conception athée de la mort ne porte pas nécessairement au désespoir .

Devant la mort d’un être cher, on pourra certes être extrêmement peiné par l’idée que son regard ne se projette plus dans le monde, pas même à partir d’un au-delà. Pour ma part, je me réconforte en me rappelant qu’à sa mort, l’âme devient métaphore. Bien que la mort corresponde effectivement à la disparition concrète de l’âme, cette âme survit tout de même de manière symbolique dans les souvenirs qu’elle a laissés. Cette idée circule beaucoup, même dans les cercles religieux : les êtres chers disparus vivent à travers notre amour, que l’on porte comme un flambeau jusqu’à la fin de notre propre vie.

Dans la même veine, une fois décédée, une personne vit toujours, d’une manière figurée, à travers la marque qu’elle a laissée. Une image classique compare cette influence du vivant à celle d’une vague dans l’océan : toute vague finit par se fondre dans la grandeur océanique; immanquablement, elle finira par ne faire qu’un avec les innombrables remous auxquels elle participe imperceptiblement, bien qu’elle existe toujours. De la même manière, l’existence d’un humain infléchit légèrement l’histoire de ses proches et du monde en général, sans que cela soit nécessairement perceptible. Et, cela dit, même si elle ne laissait aucune trace, la vie n’aurait-elle pas tout de même valu entièrement la peine à simple titre de parcours? Et même si la vie était essentiellement absurde, en raison de sa fin inéluctable, ne peut-on pas tout de même l’investir de sens pour sa valeur intrinsèque?

Vous l’aurez compris, la mort, pour un athée, représente une véritable source de réflexions spirituelles. Et plus que toute autre chose, la mort rappelle à l’athée combien l’existence humaine est plus grande que l’humain lui-même... alors, nul besoin d’un dieu pour trouver plus grand que soi!


Crédit photo © Gabrielle Gauthier - Gallie

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