Tribune libre : #Toutpourdeslikes

Par Sandrine Martineau-Pelletier et Catherine Richard-Dionne

Plus de 1,5 milliard de personnes sont maintenant abonnées à Facebook. L’an passé, Instagram a atteint le cap des 500 millions d’abonnés et Twitter en a maintenant 317 millions. Divertissants, utiles et parfois même instructifs, les réseaux sociaux sont très présents dans nos vies… Mais le seraient-ils un peu trop?

Imaginez que chaque heure passée sur les réseaux sociaux soit maintenant utilisée pour travailler, étudier ou passer du temps avec votre entourage. Vous auriez plus de temps libre, non? Pourtant, pour diverses raisons, nous gardons tous notre abonnement à ces réseaux, malgré les nombreuses fois où nous nous sommes maudits d’être restés trop tard sur Facebook à la place d’étudier…

Aime-moi

Une des raisons pour lesquelles nous avons de la difficulté à nous séparer de ces réseaux se trouve à aimer se faire aimer. Se valoriser avec les commentaires et les likes de nos amis virtuels fait toujours du bien. Un petit baume sur le cœur. Mais malheureusement, plusieurs abonnés et abonnées ont développé un réel besoin d’avoir cette attention. Certaines personnes se mettent même en doute si elles n’ont pas l’appui des autres membres de la communauté virtuelle. En d’autres mots, si elles n’ont pas assez de likes sur leur nouvelle photo, c’est qu’il faut clairement qu’elles suppriment cette dernière...

L’acceptation sociale est cruciale pour toute personne, mais les réseaux sociaux donnent une fausse idée du groupe social, de l’entourage que l’on a. Parmi nos 1000 amies et amis Facebook, combien seront présents lors des moments difficiles, comme de vrais amies et amis le feraient? Dans un sens, Facebook assume la responsabilité destinée à ces derniers et ces dernières : notre fête est soulignée, nos souvenirs ressortent de temps à autre dans notre actualité, on nous souhaite une bonne Saint-Valentin, un joyeux Noël, etc.

Par contre, à défaut de le dire à nos vrais amis, ne pas être proches de notre entourage virtuel ne nous empêche point de lui montrer tous nos petits gestes du quotidien, notamment sur notre story Snapchat. Notre sortie au gym, notre souper avec des amis, notre repas en amoureux : toutes les occasions sont bonnes pour démontrer aux autres et nous prouver à nous-mêmes que nous avons une vie sociale palpitante. Et pourtant, si nous étions réellement satisfaits, nous n’aurions point besoin de documenter ces gestes banals du quotidien.

Les individus ne sont tout de même pas les seuls dans la course aux likes. Certaines compagnies achètent en effet des likes pour donner l’apparence d’être populaires, même si elles peuvent en réalité ne pas du tout l’être. Leur notoriété est alors faussée sur les réseaux sociaux pour augmenter leur valeur aux yeux des individus qui seront exposés au contenu de leur page. Bref, la réalité n’est pas toujours celle qui nous est montrée dans le monde virtuel.

#allnatural

Parlant de réalité virtuelle, pourquoi ne pas aborder les filtres Snapchat? Modifier ses photos est maintenant un acte normal, et même une routine pour plusieurs d’entre nous. Mais comment ne pas succomber à la pression sociale d’être arrangés à la perfection dans toutes les photos mises en ligne, comme la grande majorité des individus abonnés?

Les appareils photo des cellulaires se sont même adaptés à ce phénomène. Dans nos cellulaires intelligents, l’appareil photo de base nous permet de modifier nos photos en seulement quelques clics dans les paramètres. Ceci est sans mentionner les nombreuses applications pour modifier les photos de manière à tromper l’œil des plus connaisseurs.

Toutefois, avant même de modifier la photo, le processus de sélection des clichés à paraître sur Internet est de mise. Tout d’abord, on prend au moins une dizaine de photos pour ensuite sélectionner les meilleures qui se qualifieront pour la grande finale, afin de déterminer celle qui sera proclamée LA photo gagnante #parfaite#labonne#photooftheday#allnatural.

(Noter ici la triste ironie puisque ce processus n’est pas une exagération.)

Je suis accro

Nous voulons tous paraître à notre meilleur, alors cultiver l’image d’un soi virtuel parfait est très tentant. Par contre, le risque que ce soi devienne celui auquel l’individu en question accorde le plus d’importance est de plus en plus présent. Arrive alors le danger de développer une dépendance aux réseaux sociaux.

Par exemple, voici quelques symptômes reliés à la dépendance de Facebook :

  • Le travail ou les responsabilités passent en deuxième afin d’avoir plus de temps pour naviguer sur Facebook;
  • L’idée de se déconnecter de son profil est angoissante;
  • Un vide intérieur est ressenti si on ne vérifie pas son actualité très fréquemment.

Perdre des heures de sommeil pour naviguer sur Facebook et être sur ce réseau plus longtemps que prévu sont des signes précurseurs à la dépendance. C’est donc un problème sérieux qui ne doit pas être pris à la légère, que cela concerne Facebook ou tout autre réseau social.

Croyez-le ou non, il y a maintenant une Journée mondiale sans Facebook (le 28 février). Le nombre de personnes dépendantes est aujourd’hui tellement grand qu’il justifie l’existence de cette Journée. Cela donne matière à réflexion.

Les réseaux sociaux ont été conçus en tant qu’accessoires pour nous faciliter la vie, et c’est exactement ce qu’ils devraient être : un accessoire, et non un besoin.


Crédit photo © TeleLoisirs.fr

Laisser une réponse