Par Zoé Nadeau-Vachon

Au début du mois de novembre, le chanteur français HK s’est arrêté à Sherbrooke quelques jours à l’occasion de son troisième passage au Québec. Entre son concert à La Petite Boîte Noire, sa lecture musicale au bistro Kàapeh et son partenariat avec l’initiative Dialogue +, l’artiste a réussi à nous trouver une place dans son horaire chargé, à notre plus grand bonheur. Rencontre avec un musicien des plus inspirants qui nous partage sa vision de la culture et de la musique. 

Rencontre avec un artiste qui charme par la force de ses idées

Peut-être avez-vous déjà entendu la chanson On lâche rien. Peut-être avez-vous même scandé ses paroles lors de la grève étudiante de 2012. Le groupe HK et Les Saltimbanks est derrière la création de cette pièce, maintenant devenue un hymne dénonçant l’oppression qui a fait le tour du monde. Elle a même récemment été reprise en catalan, lors de la manifestation de Barcelone.

C’est ça, HK et les Saltimbanks : des mélodies qui font voyager, des harmonies surprenantes et, surtout, des paroles défendant diverses causes sociales qui ne laissent personne indifférent. Après avoir créé trois albums aux côtés des six autres musiciens du groupe, HK a franchi un nouveau cap dans sa carrière cette année en lançant son premier album solo, L’empire de papier. On y retrouve toujours des chansons engagées, abordant divers sujets tels que le terrorisme dans Ce soir nous irons au bal, le pillage des ressources dans L’empire de papier et la réalité des réfugiés avec Refugee.

Aller au bout d’une idée

« Je dirais musique nomade », a répondu HK lorsque nous lui avons demandé de décrire le style musical qui caractérise son groupe. « La musique ne doit pas subir les frontières, elle doit plutôt passer par-dessus. Elle doit toujours voyager. » En effet, le chanteur et son groupe ne se limitent pas à un style musical. Ils préfèrent plutôt s’inspirer de leur histoire pour créer une trame sonore unique. « On peut avoir des ambiances qui viennent de l’Europe de l’Est, de l’Amérique du Nord, d’Afrique… J’aime cette idée qu’on ne soit pas obligés d’enfermer la musique et de se dire qu’on ne peut pas faire autre chose », précise HK.

C’est d’ailleurs ce désir d’être « nomade », de toujours vouloir expérimenter et d’aller au bout de ses idées qui a donné envie à HK de se lancer dans le projet d’un album solo. Au cours des dernières années, le chanteur avait écrit plusieurs chansons qu’il avait envie de développer dans un style musical différent de celui qui est propre à son groupe, qui présente toujours des chansons rythmées et festives : « Il y a toujours cette couleur-là, mais je ne voulais pas en être prisonnier, précise HK. […] Quand on fait de la musique, c’est qu’on est épris de liberté, donc si c’est pour soi-même s’enfermer dans un cadre musical, on ne se sent pas à l’aise. » Ainsi, L’empire de papier propose plusieurs ballades folk et des pièces aux tonalités plus douces, où l’histoire de la chanson se dessine sur un accompagnement plus épuré.

HK nous assure toutefois que ses Saltimbanks n’ont jamais été loin durant la production de l’album et que ce projet solo ne signifie pas la fin du groupe. Au contraire, il s’agit plutôt d’une meilleure façon d’y revenir.

Le pouvoir de la culture

Pour HK, être un artiste engagé est une façon de redonner à la vie ce qu’elle lui a donné. Il estime avoir une chance extraordinaire de pouvoir vivre de son art et de voyager grâce à sa musique. « Ce bonheur que j’ai, je peux essayer de le partager le plus largement possible. Je peux aussi essayer de raconter des histoires qui vont peut-être être utiles, qui vont semer des petites graines de révolte, d’espoir… Donc il y a peut-être cette idée-là, de se dire que tant qu’à faire quelque chose, autant le faire pour que ça ait du sens. »

Nous avons demandé à HK s’il croyait qu’il manquait d’artistes engagés dans la société. « Je ne crois pas que ça manque dans le monde musical, a-t-il répondu. Je crois plutôt que notre époque fait en sorte que les artistes que l’on voit et que l’on entend sont compatibles avec la société de consommation. » En effet, beaucoup d’artistes engagés sont présents sur la scène alternative française et québécoise. Ces derniers ont malheureusement souvent moins de visibilité. « Je sais que si j’en suis là aujourd’hui, c’est parce que j’ai été têtu et obstiné, raconte le chanteur. Combien de fois m’a-t-on fermé des portes en me disant de laisser tomber, que mon truc ne marcherait pas, que ce n’était pas compatible avec le « temps de cerveau disponible? » »

Pourtant, l’art aurait tout intérêt à servir différentes causes puisque, selon HK, la culture est le socle de toute société. « Nos dirigeants nous disent « c’est un monde dangereux ». Oui, c’est un monde dangereux, où il y a du terrorisme, de la guerre… Mais on oublie que ce qui nourrit, ce qu’on est et ce par quoi on pourra s’en sortir par le haut, c’est l’éducation, la culture, l’entraide, la solidarité et le partage », exprime HK.

Nouer des liens avec le Québec

HK admet avoir eu un coup de cœur pour le Québec dès sa première visite : « J’étais tombé sous le charme de ce pays, de ses gens, de ses ondes positives. […] C’est toujours un plaisir et un bonheur de revenir. » Son passage ici cette année a d’ailleurs pour objectif de nouer des liens avec le public québécois et de déterminer si ce dernier est réceptif à ses idées. Pour le moment, l’équipe du chanteur travaille fort pour que son nouvel album ainsi que son dernier roman, Le cœur à l’outrage, soient disponibles chez nous. Il va sans dire que nous avons hâte que ses œuvres se retrouvent au Québec, car il semble impossible de pouvoir se lasser des histoires d’HK.


Crédit Photo ©  Wikipedia Commons/Samuel Freli

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