Trudeaumanie 2.0

Par Gabrielle Trottier

Le 17 janvier dernier, le premier ministre canadien Justin Trudeau s’est rendu à Sherbrooke dans le cadre de sa tournée pancanadienne. Le climat régnant lors de sa visite était différent de celui retrouvé au moment de la visite de son père, Pierre Elliott Trudeau, il y a de cela 40 ans. Possédant tous deux un charisme certain, il va sans dire que Trudeau fils a fait ressusciter le phénomène de la Trudeaumanie depuis son élection en 2015.

Controverse et division

C’est dans un contexte de tension que la ville de Sherbrooke avait accueilli Trudeau père au début de l’année 1977. Alors que le mouvement souverainiste était en pleine effervescence au Québec, Pierre Elliott Trudeau avait déclaré, d’un ton arrogant, qu’il n’hésiterait pas à faire intervenir l’armée dans la province francophone advenant une décision unilatérale et ne respectant pas les lois de la majorité référendaire. Cette déclaration avait provoqué un véritable séisme chez les Québécois.

La position ferme de Trudeau père à l’égard de la souveraineté́ québécoise faisait de lui un homme politique controversé. D’un côté se trouvaient ceux hostiles à Trudeau et chérissant un projet d’indépendance, d’un autre côté, ceux l’admirant pour son activisme politique. Chose certaine, cet homme marqua les esprits et l’histoire du pays, notamment par l’obtention de l’indépendance constitutionnelle du Canada à l’égard du Parlement britannique et l’adoption de la nouvelle constitution canadienne en 1982.

Trudeaumanie Dès le début de la campagne électorale opposant Robert Stansfield à Pierre Elliott Trudeau, ce dernier promettait de sauver le Canada dans des discours enflammés et éloquents. L’engouement porté pour cet homme charismatique se transforma rapidement en folie collective. Avant même que l’homme soit élu, la Trudeaumanie se propageait à la grandeur du Canada, à un tel point que sa personne l’emporta sur le politique.

La distinction entre la Trudeaumanie de 1968 et celle d’aujourd’hui découle de l’anticipation des Canadiens quant à l’élection de Pierre Elliott Trudeau en 1968. Cette certitude à l’égard de Trudeau père n’a fait qu’amplifier sa popularité. À l’inverse, la popularité de Justin Trudeau débuta après son élection incertaine. Dès le lendemain du suffrage, la Trudeaumanie a explosé, car tous les médias étaient rivés sur la nouvelle starlette libérale. D’ailleurs, les médias en sont pour beaucoup quant à la popularité de Trudeau, contrairement au cas de son père qui a su charmer le Canada par sa prestance.

Prise de bec sur la langue

En dépit d’avoir joué un rôle prédominant dans la mise en vigueur de la Loi sur les langues officielles, Pierre Elliott Trudeau méprisait ouvertement le français des Québécois le considérant comme un « loosy french », soit un français bâtard. Très amusant de constater cela, sachant que le français de son fils fait l’objet d’innombrables critiques.

Néanmoins, Justin Trudeau accorde beaucoup d’importance à l’usage du français tout au long de ses consultations publiques au Québec. D’ailleurs, lors de sa visite à Sherbrooke, ce dernier a été interloqué en anglais. Il a préféré répondre en français, après avoir expliqué aux anglophones son désir de se faire comprendre par l’ensemble de l’audience. Déçue de la réponse du politicien et n’ayant pas obtenu de réponses à ses questionnements, la communauté anglophone de Sherbrooke aurait déposé une dizaine de plaintes auprès du commissaire aux langues officielles du Canada. Pas facile de vouloir plaire à tous!

Tel père, tel fils ?

Enfin, il n’est pas caché que l’intellect de Trudeau père était grandement apprécié et le plaisir qu’il prenait à provoquer lui était propre. Inversement à son père connu pour son arrogance, Justin Trudeau possède la réputation d’un homme de famille sympathique, jeune et attendrissant. Toutefois, l’approche plus naturelle et chaleureuse de Justin lui réussit et cette intelligence émotionnelle est grandement affectionnée par les Canadiens, mais également à l’international.


Crédit photo © La presse

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