Par Francis Patenaude

Tout comme la présidence hors de l’ordinaire de Donald Trump, le mardi 3 novembre 2020 restera probablement longtemps marqué dans l’imaginaire collectif américain. Dans un contexte d’incertitude généralisée marquée par la COVID-19 et ses conséquences économiques, l’incapacité de déterminer un vainqueur à la fin de la soirée électorale contribuera probablement à faire de cette élection un réel moment d’anthologie.

Une course particulière aux enjeux polarisants

Alors que cette campagne électorale se différencie des précédentes pour de multiples raisons, il est d’abord nécessaire et intéressant de faire allusion aux conséquences de la COVID-19 sur le processus électoral. En effet, plusieurs analystes politiques sont d’avis que celle-ci aura eu un double impact sur la course. D’une part, plusieurs avancent que la gestion erratique de la pandémie par le président Trump aura motivé plusieurs électeurs à se prévaloir de leur droit de vote. Alors que les États-Unis font très mauvaise figure dans leur gestion de la pandémie sur la scène mondiale, nombreux sont les Américains qui déplorent l’attitude cavalière du président à cet égard.

D’autre part, il est intéressant de constater comment les candidats ont ajusté leur campagne en fonction de cette nouvelle réalité. Alors que le candidat démocrate Joe Biden a fortement réduit ses déplacements en plus de revoir à la baisse l’ampleur de ses activités partisanes sur le terrain, le président Trump a quant à lui poursuivi ses rallyes autour des États-Unis en ajustant au minimum sa stratégie. La campagne de Joe Biden aura ainsi fortement été axée sur l’utilisation de plateformes numériques, alors que celle de Donald Trump aura grandement misé sur les rassemblements populaires.

Une élection polarisante, comme à l’habitude

Il n’est pas rare de voir la population américaine faire preuve d’une grande polarisation lors de la tenue d’élections marquantes. D’ailleurs, les confrontations entre partisans des camps républicains et démocrates ont semblé encore plus visibles qu’à l’habitude, notamment en raison de la place de plus en plus importante accordée aux médias sociaux dans le processus électoral.

Ayant tiré des leçons de l’élection présidentielle de 2016, les électeurs et les politiciens américains ont toutefois été appelés à redoubler de prudence pour tenter de minimiser les effets de l’ingérence étrangère dans le processus électoral. À ce sujet, il est intéressant de constater l’apparition et le perfectionnement de différentes plateformes et outils mis en place par certains groupes médiatiques pour tenter de réduire au maximum la désinformation, un réel fléau pour le déroulement juste du processus électoral. À titre d’exemple, on peut penser au New York Times qui, tout au long de la campagne, a rendu disponibles des analyses sur la véracité des propos avancés par les candidats. Ultimement, l’ingérence étrangère semble avoir été moins significative qu’en 2016, alors que plusieurs avaient expliqué la victoire par une faible marge de Donald Trump notamment par la désinformation médiatique et l’influence étrangère.

Le financement : pierre angulaire de la course

Comme à l’habitude, le contexte de course électorale aura permis la levée de sommes immenses pour chacun des candidats. D’ailleurs, les efforts de la campagne démocrate semblent avoir réellement porté fruit, alors que Joe Biden a fracassé le précédent record de financement atteint en 2016 par la campagne de Barack Obama. Selon le Washington Post, la campagne du candidat démocrate a donc sollicité la participation de plus 5,9 millions de donateurs qui ont contribué pour plus de 950 millions de $ US. Du côté de la campagne de Donald Trump, ce sont 3,7 millions de donateurs qui ont permis d’amasser environ 610 millions de $ US. Au total, c’est donc plus 300 millions $ et 2,2 millions de donateurs qui séparent le financement des deux candidats.

À ce sujet, il est intéressant d’observer la différence dans la forme du financement qu’ont reçu les deux candidats, que certains expliquent par le succès de la plateforme numérique des démocrates ActBlue. Alors que les républicains tentaient notamment de gagner cette course au financement grâce à des donations moins nombreuses, mais plus élevées, la performance du candidat démocrate a été nettement plus prolifique, profitant notamment de la triste mort de la juge Ruth Bader Ginsburg, qui aura permis d’amasser plus de 45 millions $ US par le biais de la plateforme Actblue durant les 24 h suivant sa mort.

Le Canada retient son souffle

En terminant, il est intéressant d’observer rapidement les impacts de cette élection sur le Canada. Depuis l’entrée en fonction du Président Trump en 2016, l’absence de complémentarité entre les deux pays nord-américains pèse lourd sur la crédibilité et l’influence du Canada. Habituellement proche de son allié américain dans une multitude de dossiers à l’internationale, le Canada semblait manquer un allié important pour accorder du poids à son programme politique depuis quatre ans. D’ailleurs, la renégociation de l’ALENA, le conflit entourant la détention de Meng Wanzhou et l’imposition de tarifs sur différents produits canadiens illustrent bien le casse-tête politique que doivent gérer les responsables politiques canadiens. D’ailleurs, plusieurs ont été surpris de voir Donald Trump étendre son protectionnisme économique jusqu’à son plus proche allié. La suite de l’élection est donc très attendue au Canada.

Une campagne victime de son succès

Ultimement, cette élection présidentielle laissera probablement sa marque comme un moment de réappropriation de la démocratie par les électeurs américains. En 2016, le taux de participation à l’élection mettant en vedette Donald Trump et Hillary Clinton s’était élevé à environ 56 %, une faible marque qui aura tout de même permis le mandat fortement controversé du président Trump.

Cette fois-ci, un nombre record d’Américains semblent s’être mobilisés, et ce, notamment en se prévalant de leur droit de vote par anticipation. Estimé à environ 100 millions de bulletins, le vote par anticipation brise lui aussi un record et place la barre haute pour le taux de participation total. D’ailleurs, l’énorme quantité de votes par anticipation faite par la poste, estimée à 60 millions, complexifie grandement la tâche de déterminer sans équivoque le gagnant de la course présidentielle, une des raisons qui expliquent l’impossibilité de nommer le gagnant le soir du 3 novembre. Alors que Trump demandait déjà le recomptage de certains États au lendemain de la course et qu’il doute depuis des mois de la légitimité du processus électoral, rien ne semble certain pour la suite.


Crédit Photo @ Mandel Ngan

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