Par Josiane Demers

C’est le 12 octobre dernier, au théâtre Granada, que la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS) et le Regroupement étudiant de maîtrise, diplôme et doctorat de l’Université de Sherbrooke (REMDUS) présentaient un débat municipal devant une salle bien remplie. L’évènement était également diffusé en direct sur les réseaux sociaux. Ce sont trois des quatre candidats à la mairie qui se sont prêtés au jeu.

Évelyne Beaudin, cheffe de Sherbrooke citoyen et conseillère sortante pour le district du carrefour dans l’arrondissement des Nations, s’est opposée à deux candidats indépendants soit Steve Lussier, maire sortant, et Luc Fortin, ancien député libéral provincial. C’est Guillaume Desmarais, ancien étudiant de l’école de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke (UdeS) qui campait le rôle de modérateur. Il s’agissait d’une première expérience réussie pour ce dernier qui a su s’imposer sans froisser les panélistes.

Les candidats et la candidate ont pu s’exprimer au départ pour se présenter. Ensuite, le débat se divisait en quatre volets, soit : le développement économique et urbain, la gouvernance et la transparence, les conditions de vie de la communauté étudiante et l’environnement. Chaque personne disposait d’une minute pour répondre aux questions et le tout se terminait en période de débat de huit minutes.

L’environnement

Madame Beaudin est la candidate qui s’est le plus démarquée en matière d’environnement. Elle a apporté des idées importantes comme bâtir des quartiers intelligents, la protection des milieux hydriques et humides, la mobilité durable, la création d’une économie circulaire et s’attaquer à l’émission de gaz à effet de serre (GES). Il faut souligner que la candidate s’est attaquée à monsieur Lussier en matière d’environnement alors que la production de GES a augmenté à Sherbrooke durant son mandat et qu’en quatre ans, aucun plan à ce sujet n’a été élaboré.

Steve Lussier s’est concentré sur la synchronisation des feux de circulation. Il a également soulevé que la ville avait investi cinq millions de dollars sur trois ans pour l’environnement en soulignant que 8 % de la flotte des transports en commun est maintenant électrifiée. Il a soutenu vouloir en faire plus de ce côté.

Luc Fortin a parlé de mieux choisir les entreprises qui s’installent à Sherbrooke afin d’aller vers l’énergie verte. Il a également fait part de son plan d’amener plus d’expertise chez Valoris, entreprise de gestion des déchets, afin de pouvoir réduire l’enfouissement. Pour y parvenir, il a proposé de rendre le recyclage obligatoire et d’encourager le compost.

Logement

Il est évident qu’une crise du logement se déroule présentement à Sherbrooke, comme partout ailleurs. Il est difficile pour les étudiants et les étudiantes de trouver des logements convenables et abordables. Environ 60 % des étudiants dédient 30 % de leur revenu à leur loyer.

Évelyne Beaudin a mis l’accent sur la redéfinition de la relation avec les promoteurs immobiliers afin de se concentrer sur la qualité de vie des habitants au lieu de l’argent tout en proposant l’option des coopératives comme solution. Enfin, elle s’est engagée à faire construire 200 nouveaux logements par année alors que présentement, l’objectif est de 100. Luc Fortin a mentionné le besoin de construire des appartements abordables sans négliger la qualité de vie des occupants en proposant que Sherbrooke se donne les moyens pour construire sans attendre après le gouvernement provincial. Pour sa part, Steve Lussier a plutôt misé sur l’achat de logement par des promoteurs qui pourront ensuite les rénover et offrir des prix raisonnables.

Transparence

La transparence a été un sujet chaud, alors que madame Beaudin a expliqué qu’à Sherbrooke, deux fois plus de délibérations se font en huis clos plutôt qu’en public, chose qu’elle considère comme inacceptable, car les citoyens et les citoyennes doivent savoir ce que leur représentant ou leur représentante fait pour eux et elles. Il s’agit de son premier cheval de bataille. Elle a cité à plusieurs reprises la recommandation 51 du rapport de la commission Charbonneau qui propose de limiter les exceptions au débat public. Elle compte, si élue, donner aux gens un gouvernement de proximité avec une gouvernance forte incluant un secrétariat à l’éthique neutre qui s’assurerait des bonnes pratiques. Elle propose aussi d’abolir le poste à la présidence du conseil pour que les conseillers municipaux s’impliquent davantage. Steve Lussier avait promis de l’abolir, mais quatre ans plus tard, ce n’est toujours pas fait.

Monsieur Lussier s’est défendu d’avoir planifié la réalisation de ses promesses sur huit ans, car il comptait faire deux mandats. Malheureusement, c’est la population qui choisit et il est préférable de planifier sur quatre ans. Il a aussi expliqué que les huis clos étaient pour des explications et non pour des décisions.

Finalement, Luc Fortin a suggéré de tenir des conseils municipaux dans les arrondissements plus éloignés afin que toute la population ait accès à au moins une réunion par année. Il s’est également engagé à abolir les huis clos comme c’est le cas au gouvernement provincial.

Un premier exercice réussi

Évidemment, beaucoup plus de sujets ont été abordés comme la saga de la Bitfarms qui mine la quiétude de 500 sherbrookois, un siège étudiant au CA de la STS, la rétention des étudiants et des étudiantes à Sherbrooke après l’obtention de leur diplôme et le type de leadership envisagé par chacun des aspirants.

Somme toute, la joute s’est bien déroulée, mais les émotions de monsieur Lussier étaient palpables lorsqu’il a été confronté par madame Beaudin à propos de ses relations avec les promoteurs et les logistiques environnementales reliées aux nouvelles constructions. Cette dernière a bien démontré sa connaissance des dossiers, sa fougue et sa passion, mais a souvent mentionné les failles de ses adversaires au lieu de se concentrer sur ses propres forces. Luc Fortin a, quant à lui, tiré son épingle du jeu en restant calme et posé tout en répondant directement aux questions. Cependant, il a été accusé par ses adversaires de faire trop souvent référence au gouvernement du Québec, auquel il a siégé dans le passé. Steve Lussier a passé un débat un peu plus difficile, toutefois d’autres évènements similaires sont à venir alors tous les coureurs ont encore leur chance.


Crédit photo @ Josiane Demers

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