Un début de saison sur les chapeaux de roux [sic]

Collaboration Anthony Gagnon et Jonathan Tremblay

Le Canadien de Montréal vient tout juste de terminer le premier quart de sa saison régulière et notre parole (salut Pierre), quel spectacle. Qui aurait pu prédire une aussi grande domination des hommes de Michel Therrien; eux qui se retrouvent au premier rang du classement général de la Ligue nationale de hockey (LNH)? (en date du 26 novembre)

 

Devant le filet

Lorsque Carey Price va, tout va. Cet adage résume à lui seul la saison 2014-2015 du Tricolore et le meilleur gardien de but au monde est égal à lui-même en ce début de saison, présentant une fiche de 10-2-0, un pourcentage d’arrêt de .934. On ne peut toutefois passer sous le silence les performances de son réserviste, le jamais banal Mike Condon. De dire qu’il a rendu de fiers services à l’équipe dès ses premiers coups de patins dans la grande ligue serait un euphémisme, lui qui a dû prendre la relève au pied levé lorsque Price s’est blessé au bas du corps. La décision de garder le rouquin cerbère à Montréal plutôt que la fierté de la Saskatchewan Dustin Tokarski s’est avérée payante pour la direction du CH. Peu d’équipes dans la LNH auraient eu le courage de mettre au rancart aussi rapidement un jeune gardien, qui, durant les séries du printemps 2014, avait été l’homme de confiance de Therrien. Le cerbère gradué de Princeton a tenu le fort en l’absence de Price et a prouvé à tout le monde qu’il méritait sa place, bien que son inexpérience relative et la lourde tâche de remplacer la huitième merveille du monde ont commencé à peser dans la balance après huit matchs. Les erreurs de sa part sont devenues plus fréquentes et le retour de Price se faisait de plus en plus urgent. Ceci étant dit, Condon a très bien fait, comme en fait foi sa fiche de sept victoires en douze parties cette saison.

 

La défensive

PK Subban est égal à lui-même en ce début de saison (ce qui est un compliment), flirtant avec le sommet des pointeurs de son équipe et cumulant les minutes jouées comme pas un de ses coéquipiers. Le général Andrei Markov, quant à lui, semble avoir trouvé une façon d’altérer les contrecoups de la vieillesse, offrant du jeu de grande qualité à ses patrons en dépit de ses 36 ans. Le Benjamin Button du Tricolore peut remercier Marc Bergevin d’avoir signé Jeff Petry, ce qui permet au Russe de jouer quelques minutes de moins à forces égales et de conserver son énergie pour les supériorités numériques. Parlant de Petry, il a connu un meilleur début de saison que sa poutine, récoltant neuf points et conservant un différentiel de +5, tout en formant avec Nathan Beaulieu l’une des meilleures deuxième paires de défenseurs que l’équipe a eu depuis belle lurette. De quoi faire oublier Patrick Traverse et Karl Dykhuis.

Beaulieu démontre pour sa part une constance qui n’était pas coutumière depuis ses débuts avec l’organisation. La maturité qu’il a acquise dans la dernière année en jouant avec Sergei Gonchar donne raison aux dirigeants du CH d’avoir été patients avec lui. Pour ce qui est des autres défenseurs, Alexei Emelin semble avoir trouvé sa niche dans le rôle de cinquième et Tom Gilbert a enfilé sa cape d’invisibilité, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Jarred Tinordi (aucun match) et Greg Pateryn (cinq matchs) ont été en quelque sorte victimes des succès de la Sainte-Flanelle et n’ont pratiquement pas vu d’action, Michel Therrien ne modifiant pratiquement pas sa formation lors du premier quart de la saison. Alors que Pateryn a offert du jeu solide en l’absence du taciturne cyborg Emelin, Tinordi a goûté aux célébrissimes hot-dogs du Centre Bell plus souvent qu’autrement. Il ne semble plus dans les plans de l’état-major et si une transaction devait survenir, ne soyez pas surpris de le voir lever les feutres avec son petit bonheur (malheur dans son cas).

L’attaque

Même si le Canadien édition 2014-2015 ne cassait rien offensivement, l’équipe de cette année fait FLSH (sic) de tout bois et trône au premier rang des buts marqués de la ligue malgré des changements marginaux à l’attaque. L’arrivée du Tchèque Tomas Fleischmann, vulgaire invité au camp d’entrainement, combiné à  la «démotion» du prodige de Laurier-Station David Desharnais et aux performances de Dale Weise, le genre de plombier qui travaille deux heures et qui t’en charge une en plus d’avoir installé tes pneus d’hiver gratuitement, a équilibré les trios. Ils en ont aussi surpris plus d’un en mettant autant de palets dans les filets adverses. Ne plus constamment être confronté aux meilleurs défenseurs adverses aura été une très bonne affaire pour Desharnais, qui mettra probablement un frein à l’abonnement de Carey Price à la Coupe Molson compte tenu de ses performances étincelantes en novembre. Fleischmann a quant à lui été une belle révélation, affichant un des meilleurs proratas points/salaire du circuit Bettman.

Beau problème pour l’entraineur-chef qui s’amuse à dire qu’il n’accole pas de numéro à ses trios. Therrien est un grand amateur de salade de fruits, et le moins que l’on puisse dire, c’est que son pari de réunir ses meilleurs attaquants à chaque position pour composer son premier trio aura porté fruit. Le nouveau capitaine Max Pacioretty, Tomas Plekanec et Brendan Gallagher connaissent de bons moments depuis le début octobre. Ce dernier était en voie de connaitre sa meilleure saison en carrière avant de se fracturer deux doigts en bloquant un tir le 22 novembre. Pacioretty est le meilleur franc-tireur du club, avec douze buts, et s’établit de plus en plus comme LE véritable spécialiste des filets déserts, en ayant déjà trois à son actif. Plekanec, à l’image de son emblématique col roulé, est aussi efficace qu’il y a dix ans. À sa quatrième saison chez les professionnels, Alex Galchenyuk a finalement la chance d’être muté à sa position naturelle de centre et le jeune répond à l’appel convenablement. Son ailier gauche Lars Eller a connu un premier quart de calendrier en demi-teinte (à l’image de son allure physique). Pour ce qui est d’Alexander Semin, sa descente aux enfers n’est pas sans rappeler la chute du régime communiste soviétique. L’énigmatique Russe semble trainer un orgue Casavant lorsqu’il patine, si l’on compare avec ses belles années, et sa production offensive est anémique. Cependant, comme ses services ont été peu chers payés, on peut toujours espérer qu’il retrouvera le moyen de contribuer à sa façon. Au moment d’aller sous presse, il était blessé au bas du corps (et à son orgueil). Acquis à la date limite des transactions l’an passé, Devante Smith-Pelly a gravi les échelons grâce à son jeu solide, passant du quatrième au premier trio en remplacement de Gallagher. L’ancien des Ducks a donné raison à ses patrons dès son premier match dans ses fonctions plus importantes en marquant deux buts contre les Rangers.

Parlant de lignes à l’attaque, Zack Kassian ne s’est pas avéré un joueur-clé depuis son arrivée à Montréal, lui qui a davantage fait parler de lui sur le blog à ragots 25Stanley que dans les médias traditionnels. Paul Byron, Brian Flynn et le Québécois Torrey Mitchell, malgré leur rôle plus effacé, ont contribué au succès du Bleu-blanc-rouge, apportant à la fois vitesse, hargne et touche offensive à une quatrième unité qui a inscrit son nom à quelques reprises sur la feuille de pointage en plus d’être responsable en zone défensive.

À la lueur du premier quart de la saison, on peut affirmer que le Canadien a les atouts et le caractère nécessaires pour aspirer aux grands honneurs. Beaucoup de choses peuvent arriver en quatre-vingts deux matchs, que ce soit échanges, blessures, séquences victorieuses ou léthargies, mais sur papier, les troupiers de Michel Therrien pourraient ramener une vingt-cinquième Coupe Stanley sur la rue Ste-Catherine.


© Saturday, March 15, 2014 in Montreal. THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson

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