Un explorateur des fonds marins qui n’a pas froid aux yeux

Par Alexia LeBlanc

Mario Cyr était au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke, mercredi le 17 avril dernier, afin de présenter les images et les extraits vidéos extraordinaires de quelques-unes de ses aventures sous la mer. La conférence, intitulée Les yeux de la mer, nous permettait d’en apprendre davantage sur une variété d’animaux, ainsi que sur les nombreux effets des changements climatiques, dont sont victimes toutes les espèces, de plus en plus chaque année. Spécialiste de la plongée sous-marine en eau froide, le directeur photo et cinéaste des profondeurs océaniques a généreusement accepté d’accorder une entrevue au Collectif.

Natif des Îles-de-la-Madeleine, Mario Cyr indique que sa passion pour la plongée a débuté à un très jeune âge. En fait, dans sa jeunesse, l’océan était l’endroit par excellence où il passait tous ses étés, accompagné de ses amis. Il a commencé à pratiquer ce sport en eau très peu profonde, mais la variété de la faune et de la flore l’impressionnait déjà. Les « bibittes » qu’il pouvait observer le fascinaient et, à 16 ans, il a débuté ses leçons de plongée en scaphandre : « Au début, c’était vraiment de la plongée sportive et, après quelques années, j’ai commencé à faire de la plongée commerciale, donc du travail en plongée. Puis, à partir de 24 ans, j’ai commencé à prendre mes premières vraies images sous l’eau et je faisais quelques tournages de temps à autres. Ensuite, à partir de 1991, j’ai eu mon premier contrat avec National Geographic et c’est à partir de ce moment que j’ai pu gagner ma vie en capturant des images sous-marines. »

Une résistance impressionnante à l’eau froide

Ils sont environ quinze plongeurs professionnels spécialisés en eau froide dans le monde. La relève pour ce métier se fait de plus en plus difficile, surtout en raison des conditions extrêmes que leur demande leur travail. Comme l’a expliqué Mario Cyr lors de sa conférence, la température de l’eau ne descendra jamais sous 1,8°C, donc qu’il soit en Arctique, où il est allé plus de 40 fois maintenant, ou dans un autre endroit un peu plus chaud, ce n’est pas l’eau le problème. Certes, l’équipement de plongée a beau être à la fine pointe de la technologie, le froid se ressent toujours, malgré le fait que son corps se soit habitué au fil des années, mais lorsque son équipe et lui partent en tournage, ils peuvent se retrouver à faire du camping d’hiver pendant trois, quatre, cinq voire même six semaines. Ils ont connu des tournages où il faisait jour pendant 24 heures, mais le contraire aussi, où il faisait froid et très sombre tous les jours sans le moindre soleil. De plus, même après autant de fois dans les grandes régions du Nord, Mario Cyr est toujours accompagné de guides qui le protègent des intempéries, mais aussi de tous les animaux sauvages qui habitent ce coin du monde. Ce sont-là des conditions très difficiles qui demandent patience, endurance et, surtout, beaucoup de volonté.

Des découvertes spectaculaires

Par contre, ses contrats lui ont permis de faire des découvertes uniques et surprenantes. Par exemple, en 1991, il est le premier à filmer des morses sous l’eau. Ces animaux craintifs mais agressifs sont d’ailleurs l’espèce animale qui, à ce jour, provoque toujours chez le cinéaste une certaine nervosité. Puisque cette espèce était assez méconnue lorsqu’il a réussi à en capturer les premières images, un accident est déjà survenu où le plongeur s’est fait disloquer l’épaule par un morse qui protégeait une mère et son enfant. Mais, comme le photographe l’a expliqué, « à force d’être sous l’eau avec ces animaux, on apprend à connaître leur comportement et on peut nous-mêmes s’adapter. Après tout, nous sommes sur leur territoire. »

Les morses ne sont d’ailleurs pas la seule espèce animale assez imposante que le plongeur a réussi à prendre en photo et en vidéo. En 2011, il a fait partie de la première équipe à filmer des ours polaires sous l’eau sans recourir à une cage pour se protéger. Encore une fois, il s’agit d’années d’observations qui ont permis de mieux comprendre le comportement de ces ours blancs pour s’y adapter. Ces êtres mignons et attachants sont d’ailleurs les plus fascinants aux yeux de Mario Cyr, malgré qu’il ait filmé plusieurs autres espèces tout aussi impressionnantes, comme le grand requin blanc ou l’épaulard.

Un témoin direct des changements climatiques

Même si son métier lui permet de voir des choses extraordinaires, le photographe a aussi été témoin des changements climatiques qui menacent plusieurs espèces animales, mais aussi des territoires. Comme il le dit, « je ne suis pas moralisateur. Mes conférences servent à divertir et à faire découvrir des animaux extraordinaires, mais il est certain qu’en racontant ce que je vois, je me dois de parler des changements climatiques. Je me considère comme un témoin privilégié, donc je parle des problèmes liés au plastique dans les océans, de la surpêche aussi, mais je ne veux pas dire aux gens quoi faire. Seulement, peut-être, les faire réfléchir sur certaines de leurs actions qui peuvent nuire à la condition des animaux et des terres. Comment on pourrait les protéger, surtout. »

C’est donc en racontant des faits inconnus sur différentes espèces animales que Mario Cyr a terminé sa présentation en parlant un peu plus de la question environnementale. Par exemple, les glaces qui diminuent rendent de plus en plus difficile la chasse pour de nombreuses espèces, comme le phoque et l’ours polaire. De plus, la pêche aux thons rouges représente un enjeu grandissant pour l’avenir de la planète et certains pays l’ont compris. Pourtant, le Canada donne davantage de permis de chasse qu’avant. Le photographe explique tous ces problèmes d’une manière très légère, mais on sort de la salle avec quelques remises en question.

La conférence de Mario Cyr est adaptée à un public très large et les images et anecdotes présentées ne peuvent que nous captiver. Il donne de l’information très intéressante sur différentes espèces, mais il décrit aussi les côtés positifs et négatifs d’un tel métier, en plus de présenter certaines techniques utilisées par des cinéastes professionnels et il discute des enjeux climatiques. Bref, une présentation qui en vaut le coup!


Crédit Photo @ Productions J

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