Un homme et son île : L’Île aux Sabots, une pièce signée Patrick Quintal

Par Gabrielle Beaudry

L’Île aux Sabots, c’est une pièce qui nous berce et qui nous fracasse au rythme des caprices du vent et de la mer. C’est une histoire d’amour usée au fil des années par les déferlements des vagues. C’est aussi, et surtout, l’histoire du gardien de phare de l’île qui a dédié sa vie à guider les bateaux, mais qui semble incapable de trouver la lumière du phare pour le guider à son tour.

Patrick Quintal, connu par le public québécois depuis maintenant plus de quarante ans, signe une pièce intelligemment ficelée, dont la mise en scène est assurée par Normand Chouinard. Elle raconte l’histoire de Julien (Patrick Quintal), gardien du phare de l’Île aux Sabots, qui compose difficilement avec la fermeture imminente de ce dernier. À travers les rotations lumineuses du phare, nous avons accès à plusieurs moments marquants de la vie de Julien : son enfance taciturne et silencieuse avec son père austère (Jean Maheux), ses années de bonheur aux côtés de sa douce Cécilia (Louise Portal) et ses années aux côtés de son assistant (Jérémie L’Espérance) et de sa petite famille.

Cette île mystérieuse semble être un terreau fertile pour le rêve et l’imaginaire de ses habitants. Le jeune Julien et son fils Janvier se voient devenir fascinés, voire hypnotisés par les chevaux qui pourraient avoir peuplé l’île autrefois. Julien les dessine sans cesse, malgré la désapprobation et les dures réprimandes de son père. Janvier, quant à lui, prend davantage cette quête au sérieux et réussit à entraîner sa mère, Cécilia, dans son jeu qui s’entremêle un peu trop étroitement au fantasme. L’auteur réussit brillamment à faire perdre la notion claire de limite entre la réalité et le rêve à l’auditoire au fil de la pièce. On en vient même à se demander si cette légende ne mènera pas le personnage principal et sa progéniture à leur perte…

La langue est parfois rude, parfois poétique. Les moments heureux succèdent rapidement aux moments déchirants. L’Île aux Sabots nous touche, sans toutefois tomber dans le mélodrame. Après tout, c’est l’histoire d’une famille qui ne se démarque pas par ses tourments (le legs paternel, la perte d’un être cher, la retraite, la guérison, etc.), mais bien par le caractère insulaire de la vie de ses personnages. Quintal nous livre une pièce qui rend tangible le paradoxe d’un homme à la fois totalement isolé et habité par la mémoire collective de son île.

L’Île aux Sabots est une production du Théâtre du double signe qui était présentée au Théâtre Léonard-St-Laurent du Séminaire de Sherbrooke.


Crédit photo © Destination Sherbrooke

Partager cette publication