Un hymne à cette flambée qui ne dure pas

Par Sofie Lafrance

Ça y est, elle est arrivée, on la sent, on la voit, on la goûte… la plus belle des saisons de toutes, qui s’installe aisément avec ses tricots et ses écharpes. Pour certains, elle est synonyme de bouche pincée et de nez retroussé, car elle traîne un fardeau connu de toutes et tous; la fin des chaleurs et l’initiation des grands froids. À mes yeux, elle est plutôt une œuvre d’art qui demande simplement qu’on profite de ses brèves beautés.

Car, dans la vie, les moments éphémères ne sont-ils pas les plus puissants et les plus vibrants de tous? Ceux qu’on ne peut oublier, qu’ils soient merveilleux ou désastreux? Ceux sur lesquels on voudrait remettre le doigt une demi-seconde seulement, mais que nous devons laisser partir pour mieux nous souvenir. Un paysage à couper le souffle, un regard inconnu, une voix qui casse avant un sanglot, les premiers instants d’une relation amoureuse, une jeunesse épanouie… N’est-ce pas ça, la Beauté avec un grand B? Ces instants qui nous forgent, ces instants que nous savons courts et que nous nous empressons d’attraper avant qu’ils ne passent?

La facilité, c’est de croire que quiconque préfèrerait vivre dans un endroit où le soleil brille de mille feux toute l’année. Après tout, combien sont-ils, ces snowbirds, à déserter la province aux premières prémisses hivernales? Nul besoin de compter. Je crois toutefois que ces différentes saisons, c’est une chance que nous avons de pouvoir les connaître intimement. Nous ne saurions apprécier les éclats de chacune d’entre elles sans la course à relais qu’elles se livrent constamment. Un hiver rigoureux ne nous fait-il pas envier plus ardemment encore l’arrivée des douceurs?

À vrai dire, je suis consciente que l’automne est toujours pressé, qu’il représente la précipitation du retour en classe, la réapparition des lèvres gercées et l'arrivée de saveurs douteuses à la citrouille et aux feuilles broyées dans les Starbucks ou les David’s Tea. Mais le vrai automne, dans mon livre à moi, ce ne sont pas les mois de septembre à décembre, ce sont plutôt les trois ou quatre semaines où les paysages s’enflamment, où les pommes comme les pommettes rougissent et où les épaisseurs de vêtements ne cessent de se décupler. Qui dit automne ne dit-il pas confort, sauce à spaghetti, tisane chaude et chaussettes en laines?

D’ailleurs, en parlant d’éphémère et de saisons, l’automne ne nous enseigne-t-il pas justement à savoir profiter pleinement de son passage, sans nous soucier de ce qui le précède et le suit? Au même titre, ne devrions-nous pas profiter pleinement de la plus belle saison de nos vies? Je parle de cette « saison », où nous avons la chance de réaliser des études aux côtés de plusieurs de nos humains préférés, celle où nous sommes jeunes, naïfs et prêts à toutes les éventualités. Au final, la vie est probablement composée de quelques saisons toutes aussi éphémères les unes que les autres, un claquement de doigts, et nous y sommes.

C’est pourquoi je me sens si attachée à cette saison éphémère, porteuse de changements, de pluie et de natures mortes… Celle dont l’apogée se traduit par la transformation inqualifiable des paysages, avant de dépérir tranquillement. Et c’est le cœur serré, lorsque je vois ses derniers vestiges colorés se détacher des plus hautes branches, que je lui donne rendez-vous l’année suivante…


Crédit photo © BlogDuModerateur

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