Un possible gazoduc en Estrie soulève des inquiétudes chez les groupes environnementalistes

Par Alexia LeBlanc

Partout au Canada, plusieurs militants environnementalistes s’inquiètent des futures démarches du projet de terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) à Goldboro, en Nouvelle-Écosse. Parmi ces groupes, on retrouve l’organisme Goldboro, parlons-en, qui a tenu une séance d’information le vendredi 15 novembre dernier au Café Baobab à Sherbrooke. Ce regroupement avait pour but d’informer les citoyens, mais aussi de les mobiliser afin que des actions soient entreprises pour bloquer le projet en Estrie.

En effet, le projet d’expansion du gazoduc pourrait avoir des répercussions dans la région dès 2022. Selon Alexandre Ouellet, porte-parole de Goldboro, parlons-en, la compagnie Peridae Energy prévoit une augmentation des capacités d’acheminement du gaz naturel liquéfié partant de l’Alberta jusqu’à Goldboro, en passant par le sud du Québec. Ce nouveau chemin traverserait directement l’Estrie en touchant Granby, Bromont, Magog et en terminant sa route à East Hereford.

Cette hypothèse n’a cependant pas été confirmée par la compagnie, puisque rien ne peut être dit avant les consultations publiques. Tout de même, comme l’a affirmé M. Ouellet lors d’une entrevue avec La Tribune, «nous savons que le seul pipeline qui peut amener leur gaz naturel de l’Ouest à l’Est est le Trans Québec-Maritime. Par contre, une portion de celui-ci fonctionne déjà au maximum de sa capacité de 200 millions de pieds cubes par jour, alors que l’approvisionnement du terminal en demandera 1,3 milliard. On peut comprendre qu’ils devront construire un nouveau pipeline six fois plus gros». De plus, ce nouveau projet traversera plusieurs rivières de la Montérégie et les conséquences environnementales ne seraient pas à négliger.

La loi 106

Avant d’entamer les discussions sur les impacts environnementaux, le porte-parole du groupe militant a tenu à rappeler la loi 106, qui encadre l’exploitation des hydrocarbures. Adoptée sous le gouvernement Couillard, cette loi permet à une entreprise d’exproprier les propriétaires qui refuseraient le passage d’hydrocarbure sur leur terrain.

Toujours selon lui, la construction du pipeline ne sera d’ailleurs pas sans conséquence sur la qualité de vie des citoyens si l’on pense aux bruits qui seront causés par les machineries lourdes, entre autres. Pourtant, si le projet va de l’avant, il sera trop tard pour la population de refuser le passage sur son terrain. M. Ouellet a donc souligné qu’il est de notre devoir d’empêcher sa réalisation, mais nous devons le faire maintenant. Comme il le confirme lui-même, «on a bloqué Énergie Est dans le passé. On va faire la même chose avec Goldboro.»

Le gaz naturel : une transition vers le développement durable?

Plusieurs compagnies présentent le GNL comme étant une solution efficace pour lutter contre les changements climatiques. Pourtant, les groupes militants pour l’environnement ont un discours bien différent. Alexandre Ouellet a notamment parlé de la quantité de méthane importante que l’on retrouve à l’intérieur de ce type de gaz. Le GNL est en effet composé à 90 % de CH4, ou de méthane, et cet hydrocarbure est 84 fois plus puissant que le CO2.

De plus, le GNL utilise des quantités d’eau énormes. Toujours selon le porte-parole, pour 1 puits, il faut 21 millions de litres d’eau. Par année, la production de ce gaz nécessiterait 2,5 milliards de litres d’eau, ce qui équivaut à la consommation annuelle des Québécois.

Ces chiffres démontreraient donc que le GNL n’est pas la solution souhaitable et qu’il ne permet pas la transition vers le développement durable. Le Canada étant le quatrième plus important producteur et aussi le cinquième plus important exportateur de gaz naturel dans le monde, Goldboro, parlons-en tient à rappeler que la mobilisation citoyenne est le meilleur moyen afin que la situation soit renversée.

Des conséquences environnementales qui font craindre plusieurs communautés

Le passage du gaz dans un gazoduc ainsi que la construction de telles infrastructures peuvent avoir des impacts négatifs sur la biosphère. Tout d’abord, selon Ouellet, la construction va à l’encontre des recommandations du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). De plus, comme il a expliqué à La Tribune, «il y aura des conséquences au niveau des circuits migratoires des animaux quand ils vont vouloir passer [le pipeline] en dessous des rivières. Le projet engendrera du stress au niveau de la faune et de la flore […]». 

Le projet Énergie Saguenay, transportant du gaz naturel de l’Alberta jusqu’à cette région du Québec, avait inquiété des unités du ministère de l’Environnement, dont le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec. En effet, plus tôt cette année, l’unité avait produit des documents indiquant que le corridor à l’étude du projet (entre l’Abitibi et le Saguenay) traversait l’habitat de plusieurs espèces menacées ou vulnérables. Selon le biologiste Alain Branchaud, directeur de la Société pour la nature et les parcs du Canada, section Québec, peu de mesures sont mises en place pour protéger l’habitat de ces espèces en situation précaire.

Les groupes environnementalistes sonnent donc l’alarme pour le projet d’expansion en Estrie, puisqu’ils craignent que la situation se répète. Il faut noter que le gazoduc traverserait plusieurs zones importantes de la région, comme à Orford, ainsi que certains lacs et rivières. De plus, Alexandre Ouellet a rappelé que les fuites de gaz peuvent être très nocives sur la santé humaine, ainsi que sur la qualité des nappes phréatiques.

La mobilisation citoyenne

Le porte-parole a répété à plusieurs reprises qu’il faut se mobiliser et «passer à l’action». Il a expliqué que, pour le moment, la compagnie «fait la sourde oreille» et qu’une coalition de plusieurs groupes environnementalistes a envoyé une lettre à Peridae Energy en avril dernier, mais les militants sont toujours sans réponse. Il est possible de visiter la page Facebook de l’organisme Goldboro, parlons-en pour plus d’informations quant aux moyens entrepris par ces regroupements pour bloquer le projet.


Crédit Photo @ Connaissance des énergies

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