Un suicide inconscient, à petit feu

Sandrine Martineau-Pelletier

Une amie m’a dit un jour qu’elle ne comprenait pas pourquoi les personnes anorexiques ne mangeaient pas quand elles savaient très bien que c’était néfaste et dangereux pour leur santé. « C’est simple, fais juste manger! », m’avait-elle dit. Cette amie, qui étudie aujourd’hui en psychologie, m’a fait réaliser à quel point les troubles alimentaires sont incompris.

La Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires 2017 est en cours. Du 1er au 7 février, des outils éducatifs sont partagés au Canada pour instruire la population sur les troubles alimentaires.

Bien comprendre ces maladies mentales est essentiel, puisqu’elles sont un combat quotidien pour 1 à 3 % des femmes au Canada (soit entre 350 000 et 1 100 000 d’individus). De plus, près d’une jeune fille canadienne sur trois, âgée entre 12 et 18 ans, démontre une attitude envers la nourriture et un comportement alimentaire perturbés.

L’anorexie et la boulimie sont les deux troubles les plus connus, mais il y en a plusieurs autres dont la majorité des gens ignore l’existence. Toutefois, avant d’aborder ces différents troubles, il est important d’expliquer plus en profondeur ces maladies.

Les causes

Les causes des troubles alimentaires sont multiples et très variées. Les facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux peuvent tous influencer le développement de ces maladies. La génétique peut alors autant jouer un rôle que l’environnement ou l’entourage social de l’individu malade, ce dernier ayant 90 % de chances d’être une femme puisque seulement 10 % des hommes souffrent de ces troubles.

Le développement de la maladie

Le cas de l’anorexie est plus facile à décrire pour moi puisque j’ai déjà vécu un épisode de cette nature. La personne anorexique ne coupe pas tout aliment du jour au lendemain. Le processus se fait lentement et la maladie évolue insidieusement. Lors de l’apparition des premiers symptômes, on ne pense jamais qu’on pourrait se rendre à un extrême où l’on serait dangereuse ou dangereux pour soi-même.

C’est avec le temps qu’on développe une obsession grandissante envers notre corps et qu’on cherche désespérément le moyen de se sentir bien, ce qui veut dire, à ce moment-là, se sentir mince. La balance devient alors le meilleur ami dont on ne peut se séparer, tout en étant le pire ennemi qu’on redoute tant.

À un certain point, un élément déclencheur peut faire comprendre à la personne qu’elle n’est pas dans un état équilibré ou en santé. Qu’elle devrait consulter un psychologue ou un psychiatre.

C’est ce qui m’est arrivé quand j’ai réalisé que résister aux maux de ventre causés par la faim était rendu une victoire quotidienne. Un sentiment de fierté grandissait lorsque je ne mangeais pas, même si mon corps me disait de faire autrement. Les maux de ventre étaient signe de minceur, donc je les accueillais à bras ouverts : ils étaient des défis que j’étais capable de relever.

J’ai été chanceuse de réaliser que j’avais un problème, car l’élément révélateur ne vient parfois jamais, et la personne finit par disparaître progressivement. L’anorexie, c’est un suicide inconscient, à petit feu. On ne veut pas mourir; on ne veut qu’être bien, mais maigrir semble la seule solution pour atteindre ce bien-être.

Restreindre la quantité de nourriture ingérée est spécifique à l’anorexie, mais ce n’est pas le seul trouble alimentaire qui existe. La boulimie, l’hyperphagie et l’orthorexie sont des troubles qui peuvent être aussi dévastateurs que l’anorexie.

La boulimie

Les personnes souffrant de boulimie ont des périodes d’ingestion compulsive et excessive de nourriture pendant lesquelles elles n’ont plus le contrôle sur leur comportement. Pour réduire leur sentiment de culpabilité après ces ingestions, elles trouvent un moyen d’évacuer toute cette nourriture : vomissements, laxatifs ou médicaments « amincissants », ces derniers souvent inefficaces ou nuisibles.

Il est très rare que l’on puisse physiquement distinguer une personne boulimique d’une personne non boulimique, car l’individu atteint du trouble garde un poids stable puisque l’ingestion et la purgation s’annulent.

L’hyperphagie

La personne souffrant d’hyperphagie a les mêmes symptômes que la personne boulimique, mais elle ne purge pas la nourriture ingérée. Elle prend donc du poids très rapidement, ce qui résulte souvent en un cas d’obésité.

Selon diverses études, 50 % des personnes obèses souffrent d’hyperphagie. Ce trouble alimentaire est le seul qui atteint autant les hommes que les femmes.

L’orthorexie

L’orthorexie est un trouble alimentaire méconnu, car il n’a pas encore été « officialisé » en tant que trouble alimentaire dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le DSM. Pourtant, plusieurs études récentes le catégorisent comme une maladie mentale.

Ce trouble se caractérise par l’obsession de bien manger. Ce comportement semble sain, mais la personne orthorexique ne veut point ingérer d’aliments qu’elle considère comme « moins bons » pour la santé : manger santé devient alors une obsession maladive.

À un certain point, l’orthorexie ressemble grandement à l’anorexie, puisque la sélection excessive des aliments occasionne une perte de poids qui devient dangereuse pour la personne.

Les troubles alimentaires ne devraient jamais être pris à la légère. Entre 10 et 20 % des personnes souffrant de cette maladie y succombent. N’ayons donc pas peur de parler de ces troubles afin qu’ils ne soient plus tabous, et que l’on puisse aider ceux dans le besoin.

Pour en savoir plus sur la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires 2017, visitez le live.semainetroublesalimentaires.com


Crédit photo © Agence Tonik

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