Par Simon RD

Le 21 juin dernier avait lieu la Journée des peuples autochtones. Alors que nous sommes témoins de beaucoup de turbulences sociales, il est important de donner une présence à ces femmes, enfants et hommes dont les ancêtres ont cultivé et aimé les terres nord-américaines, avant que l’homme blanc n’arrive, ou même qu’ils ne subissent l’une des premières guerres bactériologiques, commandée par ce cher Amherst, à coup de draps contaminés à la variole. Durant cette Journée pour les peuples autochtones, on prend le temps de souligner l’apport culturel et artistique livré par les Premières Nations. Profitons-en alors pour rappeler aussi les raisons pour lesquelles nous devons nous préoccuper de leur condition.

L’année 2020 aura été, à ce jour, une année bien particulière. En effet, la crise de la COVID-19, qui a frappé de plein fouet et déstabilisé le monde entier, a donné lieu à des événements marquants, tant au niveau social qu’économique. On peut notamment penser à la réorganisation de nos vies, mais surtout au mouvement du « Black Lives Matter », un mouvement pour le droit des Noirs qui a resurgi suite aux événements tragiques impliquant George Floyd, qui ont mené à l’irréparable. Une quantité phénoménale d’êtres humains se sont levés pour protester. Malheureusement, un retour massif de propos racistes a refait surface. Voire une désillusion qui a montré qu’on avait encore du chemin à faire.

L’homme civilisé sans civisme

Le 21 juin dernier, c’était la Journée des peuples autochtones. Ceux qu’on oublie trop souvent. En même temps, on ne les voit pas et leur cause n’est pas assez chic pour la télévision. Alors pourquoi devrions-nous en parler ? Pourtant, ils subissent, encore aujourd’hui en 2020, les coups durs du colonialisme blanc, du « white masculinity », du Grand Boss Blanc qui cherche à piller les terres des natifs à chaque moment opportun. À chaque instant, le « Big Boss » néocolonialiste tente de jouer avec la politique et les lois, pour faire traverser des oléoducs en toute impunité, sur des terres ancestrales. Ce n’est pas assez d’isoler les peuples natifs de l’Amérique du Nord dans des réserves. Il faut continuer à en prendre plus. L’homme civilisé sans civisme.

L’homme blanc colonialiste a toujours faim. Il en veut plus. Ce n’est pas assez d’avoir assimilé des peuples culturellement riches. Ce n’est pas assez de leur avoir imposé une culture et une religion pour ensuite les renvoyer des orphelinats, dans leur communauté où plusieurs furent incapables de reconnecter avec leur culture et même de communiquer dans leur langue maternelle avec leurs parents. Un peuple qui perd sa culture meurt. Plusieurs réserves sont gangrenées par la violence, l’alcoolisme, la drogue et le suicide. « Ben là, ils ne payent pas de taxes ». On s’est vraiment fait avoir par la propagande du Grand Boss Blanc.

Où sont les voix ?

Pour la Journée des Autochtones, où sommes-nous ? Pas dans les rues, apparemment. Faut-il attendre la mort de centaines d’autres femmes autochtones ? Nous devrions supporter les peuples qui étaient ici avant nous, qui ont une admiration et un amour inconditionnel pour la terre et les ressources naturelles. Ils appartiennent à la terre et nous, nous voulons la posséder entièrement. Nous sommes tous des Grands Boss Blancs.

Avant que la pandémie ne frappe les populations, pour ainsi nous obliger à être confinés, les Wet’suwet’en protestaient contre le passage d’un oléoduc sur l’une de leurs terres ancestrales. C’est alors que plusieurs nations amérindiennes bloquaient des voies ferroviaires en soutien. Sur les réseaux sociaux, on pouvait lire des abominations à leur égard… Heureusement, quelques Blancs se sont joints aux Premières Nations, en bloquant quelques voies, mais sans plus.

Il faut se rappeler que les peuples natifs des Amériques ont vécu l’un des plus grands génocides ! Non seulement un génocide humain, mais aussi culturel. Heureusement, les peuples des Premières Nations sont des peuples forts et résilients, et ils ne laisseront pas tomber. Parlons de la Loi sur les Indiens.

Un peu d’histoire

Durant le déclin du commerce de fourrure, aux alentours de 1820, puisque ce marché n’était plus attirant pour le régime colonial britannique, ce régime colonial n’avait plus besoin, en quelque sorte, de maintenir de bonnes relations avec les peuples autochtones, ce qui était un peu le plan stratégique d’autrefois : on maintient de bonnes relations, on crée une loi pour les protéger, du moins pour qu’ils se sentent protégés, et on profite du commerce de fourrures. À ce moment, le Grand Boss Blanc voulait tirer profit des terres :

« Au début, le Grand Boss Blanc avait la Bible et les Indiens avaient la terre ; aujourd’hui les Indiens ont la Bible et le Grand Boss Blanc a la terre. »

Pierre Falardeau

Autrefois, ils étaient souverains et maîtres chez eux, mais là on leur imposait une loi paternaliste qui ferait en sorte que ce seraient « leurs Indiens ». Arrive ensuite l’Acte des sauvages, adopté en 1876. Quel en était l’objectif ? Déposséder les Amérindiens de leurs territoires à une vitesse folle. Le grand classique du Grand Boss Blanc. Il invente des lois pour réduire les libertés, et ce, quand bon lui semble. C’est facile d’avoir les meilleurs atouts quand c’est toi qui crées le jeu. Donc, à cet instant de l’histoire, les Amérindiens deviendront bon an mal an la possession de l’État fédéral de ce qui deviendra notre grand, pacifique et merveilleux Canada. Plus tard, l’Acte des Sauvages deviendra la Loi sur les Indiens et on a vu des réserves se créer pour bien les faire disparaître de ces belles terres riches et de la vie politique, tadam !

Qu’est-ce que les Autochtones ont perdu comme droits ? Le droit à leur autonomie, le droit à l’éducation de leurs enfants selon leur propre culture et tradition, le droit d’exercer leurs célébrations et rituels, le droit au vote, le droit au recours aux tribunaux, etc.

Heureusement, les Amérindiens ont eu le droit de vote en 1960 au Canada, et au Québec, en 1969. Tant qu’à donner le droit de vote aux femmes, pourquoi ne pas le donner à ces personnes ? Il faut le faire pareil, une loi sur les Indiens ! Est-ce qu’il y a une loi sur les Canadiens, les Québécois, les chameaux, les bonhommes verts ou les dinosaures ? Sachez que, contrairement au peuple québécois, les Amérindiens n’ont jamais été conquis, mais on leur a imposé des lois de sauvages. Ô Canada !

La liberté est un combat

Le 21 juin dernier, c’était une journée pour apprécier leur culture. C’est bien. Mais, lorsque les Amérindiens ont le courage de se tenir debout, contre des géants polluants, soutenons-les. En tant que peuple conquis, nous devrions être les premiers à bloquer des chemins de fers pour les supporter, quitte à les arracher s’il le faut, pour se battre contre le Grand Boss Blanc.

On se bat pour notre liberté et beaucoup de politiciens usent de leur pouvoir législatif pour modifier des lois à notre insu pour ainsi espérer limiter nos libertés. Nous sommes au-dessus du gouvernement, et pour l’amour du ciel, soulignons toutes les journées du monde qui concernent les Premières Nations. Protestons contre une loi colonialiste qui brime les libertés individuelles et collectives d’un peuple qui a été assimilé et humilié.

Enfin, si Justin Trudeau crie haut et fort au racisme systémique, ne devrait-il pas abolir cette Loi sur les Indiens, bien qu’elle ait été « modernisée », ce qui, ma foi, relève indéniablement du racisme ? Si nous ne sommes même pas capables de prêcher par l’exemple, comment pouvons-nous oser même espérer être en mesure de créer un monde pacifique et inclusif dans l’avenir, voir même nous retrouver au Conseil de sécurité des Nations Unies ?

« Le problème indien n’existe pas. Il s’agit du problème blanc ».

–  Pierre Falardeau

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