Une athlète non-voyante de l’UdeS défendra les couleurs du Canada à une épreuve mondiale d’escrime en février 2020

Par Martine Dallaire

Avant d’entamer une maîtrise en travail social à temps plein, l’été dernier, Stéphanie Hamelin était étudiante au baccalauréat en psychologie, à Sherbrooke. Un cursus scolaire régulier pour en arriver à la pratique en travail social, diront certains. Or, la jeune femme, en plus de devoir surmonter les défis de la vie universitaire, doit également composer avec la cécité, une condition qui freinerait sûrement les ambitions de certains, mais dont elle a choisi de faire un moteur de motivation : une combattante, tant au sens propre que figuré.

Une première canadienne

Si Stéphanie Hamelin n’a jamais participé à une compétition officielle d’escrime pour personnes non-voyantes, c’est principalement pour deux raisons. D’une part, parce qu’elle est la seule escrimeuse atteinte de cécité au Québec, et d’autre part, parce que le club d’escrime de Sherbrooke est le seul club en province dont les entraîneurs sont certifiés en ce sens. De plus, il s’avère difficile de recruter des athlètes non-voyants.

Elle se rendra en France, en février prochain, pour prendre part à une compétition d’envergure internationale qui regroupera une trentaine de personnes non-voyantes et quelques athlètes voyants, une situation normale pour les disciplines paralympiques débutant leur entrée comme disciplines paralympiques. La reconnaissance de l’escrime comme discipline paralympique est prévue pour 2024, à l’occasion des Jeux olympiques en France, qui se tiendront du 26 juillet au 11 août 2024 à Paris.

Une fin de semaine de compétition chargée

Lors de cette compétition de niveau international, la Sherbrookoise affrontera des athlètes en provenance de plusieurs pays, notamment de l’Italie, de la France, de la Suède, de l’Espagne et du Canada. Il est également possible que la Belgique et le Luxembourg y envoient une délégation. Elle fera d’abord un stage du 19 au 21 février 2020, suivi d’une compétition internationale solo, le 22 février. Pour clore son séjour en sol français, elle participera à une épreuve en équipe, le dimanche 23 février.

Un ajout récent à son agenda sportif

Ce n’est que depuis le printemps 2018 que l’étudiante universitaire s’adonne à la pratique de l’escrime. C’est son conjoint, William, qui tient également le rôle d’entraîneur, qui l’a incitée à tenter sa chance dans le monde de l’escrime. Sachant fort bien que la jeune femme carbure aux défis, il a cru bon de lui suggérer d’ajouter une activité de plus à son portfolio sportif déjà bien rempli. Un défi auquel la principale intéressée n’a pas su résister. « J’ai tout de suite dit oui, explique Stéphanie avec un enthousiasme contagieux dans la voix. J’adore essayer de nouvelles choses, et je suis toujours partante pour de belles expériences. Aussitôt que j’en ai fait l’essai, j’ai été conquise ! Ça défoule et la pratique régulière me permet de m’améliorer à chaque entraînement », ajoute-t-elle.

Active, audacieuse et touche-à-tout

En plus de l’entraînement consacré exclusivement à l’escrime, une tâche figurant à son agenda deux soirs par semaine, l’épéiste sherbrookoise pratique la course, la randonnée en montagne et en forêt, de même que le vélo-tandem, le ski et le patin. Elle a parcouru son premier marathon de 5 kilomètres lors du demi-marathon de Sherbrooke. Et, preuve que rien ne l’arrête, elle a également flirté avec l’alpinisme et la course automobile.

C’est dire combien sa condition ne l’a jamais empêchée de s’adonner à sa passion pour le sport et combien celui-ci occupe une place importante dans sa vie. Elle compte d’ailleurs continuer de s’adonner à l’escrime à la fin de ses études, prévue dans un an et demi.

Maîtriser à la fois le physique et le mental

L’athlète retire beaucoup de satisfaction dans la pratique de l’escrime. Elle se dit fière du chemin parcouru dans cette discipline. Elle qui y faisait ses débuts il y a un an et demi, maîtrise désormais plusieurs techniques et stratégies pour vaincre ses adversaires. Elle a, de plus, acquis de la rapidité dans l’exécution des mouvements et une meilleure précision dans l’exécution des techniques. Finalement, l’escrime exige aussi une excellente maîtrise au niveau mental en plus d’une confiance en soi à toute épreuve, des aspects à ne pas négliger si on compte accéder à des compétitions de haut niveau.

Des exigences additionnelles lors des compétitions

Et, quelles sont les difficultés particulières que la jeune femme doit surmonter dans la pratique de sa discipline ? Le fait qu’elle soit la seule non-voyante pratiquant l’escrime au Canada fait en sorte que Stéphanie n’a encore jamais participé à des compétitions. Elle ne s’est jamais battue contre un autre non-voyant. La compétition en France sera donc une belle occasion de vérifier quels sont ses points forts et quels points sont à améliorer.

Comment réussit-elle à orienter son fleuret en dépit de sa cécité ? « Pour marquer un point, il faut absolument toucher la lame de l’adversaire avant de le toucher, sinon c’est une fausse touche. Il y a des techniques de recherche de fer bien précises », indique la jeune femme. Il faut préciser que les deux adversaires doivent avoir les yeux bandés, lors des joutes, une exigence qui pourrait avoir un effet déstabilisant chez ses adversaires non affectés par une déficience visuelle.

Rappelons que l’escrime est un exercice de vitesse et de technique. Riche d’une longue histoire remontant à l’époque médiévale, ce sport classique est reconnu pour son approche artistique de la précision et du mouvement. Il existe trois types d’armes en escrime. Stéphanie Hamelin pratique l’épée ; le fleuret et le sabre ne pouvant être utilisés par les personnes non-voyantes en raison des priorités d’attaque. Pour l’épée, il n’existe aucune priorité.


Crédit Photo @ Daniel Coulombe

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