Une population façonnée par les médias

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Fini les revues scientifiques et les recherches encyclopédiques : aujourd’hui, nous trouvons nos renseignements par le moteur Google en nous fiant au tri qu’il propose. Nous fondons nos opinions sur l’information donnée par les médias. « Si c’est un journaliste qui l’a dit, ce doit être vrai! »

Par Marie-Claude Barrette

Lundi matin, quand mon professeur nous a expliqué les consignes de notre prochain travail, l’angoisse a gagné chacun de nous. « Pouvez-vous me nommer les différents types de références sur lesquels vous fonderez votre recherche? », nous a-t-il demandé. Articles de journaux, reportages télévisuels…je manquais d’idée pour le troisième. Nous sommes rendus là. Nos idées et nos opinions trouvent leur fondement dans les médias.

J’ai eu un pincement au cœur.

Je me souviens du bonheur qui m’animait lorsqu’un travail au primaire nécessitait une recherche sur l’encyclopédie numérique Encarta. Assise en indien sur le tapis de mon bureau (parce que nous avions à cette époque une pièce dans la maison dédiée à l’ordinateur), j’étalais les quelques CD de l’encyclopédie afin de choisir celui qui correspondait à mon sujet. Quelques années plus tard, Microsoft annonçait la fin de cette encyclopédie en admettant que 97% de la population eût adopté Wikipédia comme ouvrage de référence. Monsieur et madame tout le monde allaient désormais contrôler le monde de l’information.

Les médias ont saisi l’opportunité. Qui ne l’aurait pas fait?

Désormais, mes fondements théoriques et statistiques sont tirés des articles dans mon dossier « mes favoris » dans la Presse, et je me surprends à sonder mes proches à coups de « savais-tu que » tirés des unes qui ont attiré mon regard. C’est la véracité de mes propos qui en ont pris un coup.

L’emprise des médias

Si Patrick Lagacé pensait simplement porter les Québécois à réflexion avec sa cure de la sphère 2.0, il a sous-estimé son influence sur les lecteurs. Dans mon entourage, déjà trois personnes ont décidé elles aussi d’essayer de vivre sans internet pour quelques semaines. Leur motivation même se situe dans les grandes lignes de notre chroniqueur vedette. Dans le premier article de sa série spéciale, il affirmait : « Le virtuel, lui, s'est […] immiscé dans nos vies. » Les médias, eux, dans nos têtes.

Mais l’emprise va au-delà des gestes à poser. En effet, en plus d’animer nos préoccupations, les médias imposent les sujets de nos réflexions. Notre monde entier tourne autour du fil d’actualités décidé par les chevaliers de la Table ronde. Le concept est différent, mais le principe est le même.

Télévision, radio et particulièrement la presse écrite (version papier ou numérique) influencent notre culture, notre société, mais aussi nos idéologies et nos comportements. Un gouvernement ou un premier ministre, par exemple, ne sont rien sans les journalistes. Si les médias devaient être les ailes permettant à notre société de s’envoler, ils sont aujourd’hui devenus le mobile de la motivation. Un projet, une idée et un événement deviennent importants et intéressants s’ils se taillent une place dans l’actualité.

La problématique, c’est l’avènement d’Internet. En effet, les médias qui jadis avaient un rôle de transmission d’informations nous imposent aujourd’hui une pensée commune. Des actes immoraux évitent haut la main la censure. La confusion entre le bien et le mal est plus grande que jamais. Si la peur nourrit certains extrémistes, elle intéresse beaucoup plus que les histoires au parfum sucré et aux fins colorées.

C’est ainsi que je parlerai du procès Magnotta au déjeuner et au dîner, puis de l’EI au souper. Pour dessert…le choix reviendra à Céline Galipeau ou Sophie Thibault. Mesdames, épatez-moi!

De la perversion jusqu’au fanatisme

Nous sommes tous concernés par l’augmentation des tueries, des barbaries et autres horreurs qui font couler de l’encre et noircissent les pages de nos journaux.

À cet égard, plusieurs m’ont demandé mon opinion au sujet des couvertures médiatiques entourant les procès comme celui de Magnotta. Selon moi, les médias devraient s’attarder davantage sur le fond de l’acte : le pourquoi et non le comment. Avant tout, la motivation première de Magnotta était que son nom se glisse sur toutes les lèvres. Ainsi, sa popularité dépendait non seulement de l’envergure de son acte, mais surtout de l’attention que lui accorderaient les médias. Cacher des morceaux de corps çà et là était une façon de faire parler de lui longtemps, mais aussi d’atteindre un plus grand nombre de personnes. Tout le monde en parle et tout le temps : mission accomplie.

Ce n’est pas nouveau, la violence que nous percevons dans les médias influe sur notre comportement. Bien qu’il semble être plus facile de dissocier la fiction de la réalité le temps d’un film, il en est tout autre lorsque le sujet au cœur de l’histoire aurait pu être notre voisin de clôture ou le commis du magasin. Mais bien que nous soyons dégoûtés par les mauvaises nouvelles qui pullulent, notre curiosité prend le dessus…

Les médias façonnent le monde et nous en sommes fascinés.

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