Une série qui fait des ravages

Par Katrine Joncas

L’empire Quebecor nous présente la série télévisuelle Fugueuse, une émission traitant des fugues chez les jeunes adolescentes ainsi que des réseaux de prostitutions impliquant des mineures, sur les ondes de TVA tous les lundis depuis la mi-janvier. Le deuxième épisode de la série ayant accroché plus d’un million de téléspectateurs, la série fait beaucoup parler, notamment dans les médias. Plusieurs débats sont au cœur des discussions sur les réseaux sociaux, mais quel est le réel impact d’une émission traitant d’un sujet d’une aussi grande envergure?

Une naïveté compréhensible

Pour ceux et celles qui ne suivraient pas cette nouvelle série québécoise, Fugueuse raconte l’histoire de Fanny (Ludivine Reding), une jeune femme de 16 ans aventureuse et passionnée par la danse. Elle tombe amoureuse de Damien (Jean-François Ruel), un chanteur qui l’attire bien vite dans l’univers des danseuses et de la prostitution. Le jeune âge et le changement de comportement draconien de la jeune fille affecteront sérieusement ses parents ainsi que l’entièreté de sa famille, qui tenteront tout pour la ramener sur terre. Malgré tout, l’emprise de Damien sera trop forte et la naïveté de Fanny y succombera totalement.

Une réalité inquiétante

Il n’est pas sans raison qu’un grand nombre de Québécois et Québécoises se soit si rapidement attaché à l’actrice principale. Premièrement, le côté naïf et vulnérable de son personnage crée un sentiment de pitié chez le public. Par contre, sa naïveté devient compréhensible par le public alors qu’elle est exposée à la crédibilité surprenante du proxénète qui choisit judicieusement ses mots pour la persuader qu’il est fou amoureux d’elle.

De plus, la documentation qu’ont reçue les comédiens sur le monde de la prostitution et sur le sujet de la fugue a sans aucun doute contribué au jeu absolument véridique qu’ils nous livrent. Particulièrement, Ludivine Reding s’est entretenue avec une jeune femme qui a elle-même déjà expérimenté la fugue. Aussi, comme elle le mentionne dans une émission spéciale de Ça finit bien la semaine, la jeune comédienne a suivi un cours de pole dancing afin de pouvoir jouer d’une façon plus crédible et assurée les scènes où son personnage travaille dans un bar de danseuses. Bien sûr, le rigoureux travail de recherche qui se cache derrière cette série parvient à rendre la série intéressante, en plus de traiter d’un sujet sociétal d’une grande importance. Là se pose la question de la nécessité des propos présentés. Selon certains membres du public, les images présentées sont assez percutantes pour vraiment offrir une réalité sans compromis. Présenter une émission aussi choquante à un public qui s’attend à un divertissement léger, est-ce là le rôle d’une série télévisuelle?

Contenu choquant sans aucun tabou

Michelle Allen et Éric Tessier, l’auteure et le réalisateur de la série, ont voulu montrer la réalité actuelle des jeunes filles qui sont entraînées dans de tels réseaux. Si le but était de créer un état de choc chez les téléspectateurs, ils peuvent être entièrement fiers du contenu qu’ils ont créé. Mais d’un autre côté, il est à se demander si le public est assez éduqué et alerte pour accueillir une émission traitant d’un sujet aussi alarmant. Les deux acteurs principaux de la série, surtout l’interprète de Fanny, se font bombarder de messages de gens ayant visionné l’émission. Les réactions sont multiples : certaines victimes ayant déjà expérimenté le même type de situation que Fanny ressentent leurs souvenirs remonter à la surface, d’autres téléspectateurs sont choqués de voir des images aussi percutantes, alors que certaines jeunes filles, n’ayant apparemment pas compris la morale principale de cette série, idolâtre le personnage de Damien en allant même jusqu’à lui faire des avances, ce qui peut sembler très controversé vu son rôle. Bien que plusieurs mesures de prévention soient mises à la portée du public, notamment du contenu documentaire exclusif sur la page de l’émission ainsi que des numéros d’aide, l’émission, aussi bien réalisée et crédible soit-elle, crée une vague impressionnante qui se doit d’être contrôlée.

Des répercussions importantes : moment idéal pour un coup de pub ?

Depuis le début de la diffusion de l’émission, une forte réaction émane du public qui suit l’émission avec rigueur. Malheureusement, une jeune femme en fugue recherchée s’est vu prendre la tête d’affiche du Journal de Montréal la semaine dernière. L’article a pour titre « La réalité rejoint la fiction pour une ado en fugue »; titre qui impose un sérieux questionnement sur les limites de la publicité. L’émission ayant un grand devoir d’éduquer la population à travers les scènes fictives grandement inspirées du réel qu’elle propose, la publicité qui l’entoure se fait pratiquement par elle-même grâce au grand engouement du public. Est-il donc un choix judicieux que d’utiliser un fait totalement tiré de la réalité pour faire référence à la série et ainsi créer une publicité discrète?  C’est à ce moment que la critique d’une émission comme celle-ci peut être émise : intention d’éduquer ou intention monétaire? Une question qui suscite de nombreuses réflexions à faire mijoter concernant la place des émissions véhiculant un si grand message de sensibilisation et présentées sur une chaîne télévisuelle à grands revenus.

Impossible de taire le grand succès de cette série, car les cotes d’écoute témoignent d’eux-mêmes. La bonne préparation des acteurs et l’effet choquant des images présentées dans les émissions contribuent à la grande exaltation de la population québécoise face à la série ainsi qu’à l’attachement et la pitié qu’ont les téléspectateurs à l’égard du personnage principal. Le fait d’avoir des émissions culturelles présentant du contenu éducatif à la population sur un sujet comme celui de la prostitution qui est, bien malheureusement, encore d’actualité aujourd’hui, est une chance. Par contre, il est tout de même judicieux de se questionner sur la nécessité de l’effet percutant des éléments cinématographiques présents. En montrer le plus possible assure-t-il vraiment une plus grande réception du message intentionné? Cela reste à voir, mais pour l’instant, la réussite de la série peut être accordée!

Quelques rumeurs courent concernant une deuxième série qui pourrait avoir lieu l’automne prochain. D’ici là, la série est en ondes les lundis dès 21 h sur les ondes de TVA et les deux derniers épisodes de la série sont disponibles sur le Club illico pour les membres abonnés.


Crédit Photo @ Fugueuse, Réseau TVA

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