Véganisme, santé et performances sportives : la chasse aux mythes

Par Jonathan Cloutier

Véganisme et sport. Un mariage que notre culture alimentaire nous enseigne généralement comme rimant avec incompatibilité, faiblesse, carence en protéines, etc. Pourtant, un nombre croissant d’athlètes professionnels de haut niveau se tournent chaque année vers une alimentation végétalienne. Dès lors, il est intéressant de se pencher sur les raisons motivant ces athlètes à sortir la viande de leur assiette. Sont-ils des cas marginaux commettant un « suicide professionnel » par ce changement de diète, ou sont-ils les précurseurs d’un changement de paradigme dans le monde du sport et de la nutrition?

Une récente montée en popularité du végétalisme auprès des athlètes professionnels

Le 16 septembre dernier a vu la sortie du premier documentaire d’envergure sur les athlètes végans, intitulé The Game Changers, produit entre autres par James Cameron, Jackie Chan, Novak Djokovic, Chris Paul et Arnold Schwarzenegger.

Le but de ce documentaire est simple : briser une fois pour toutes les mythes entourant l’alimentation végane et le sport, et exposer les bienfaits de cette alimentation sur la santé et les performances sportives en s’appuyant sur des exemples d’athlètes végans hautement performants sur la scène internationale.

Parmi ces athlètes figurent entre autres Dotsie Bausch, huit fois championne nationale américaine de cyclisme, deux fois médaillée d'or aux Jeux panaméricains et médaillée d'argent aux Jeux olympiques, Kendrick Farris, trois fois champion des Jeux panaméricains, actuel détenteur du record américain au Clean and Jerk (461 lbs) et seul haltérophile américain à avoir participé aux trois derniers Jeux olympiques, ainsi que Patrik Baboumian, homme fort professionnel détenteur de nombreux records du monde. Ces athlètes ont tous accompli leurs prouesses sportives en carburant strictement à une alimentation végétalienne.

« Surmonter les idées préconçues est le plus important. J'en faisais partie. Je croyais que les athlètes devaient manger de la viande pour continuer à jouer, puis je me suis instruit. »

 

- NFL Titans Line Backer, Derrick Morgan, dont l'alimentation est 100 % végétale.

La présence du végétalisme au sein de la diète des athlètes de haut niveau s’est d’ailleurs beaucoup accrue et popularisée au cours des dernières années, entre autres lorsque 15 joueurs de l’équipe des Tennessee Titans de la NFL ont passé en 2017 à une alimentation entièrement végétalienne.

Plus proche de nous au Québec, l’ex-joueur des Alouettes de Montréal et porte-parole du Festival végan de Montréal, Marc-Olivier Brouillette, a effectué sa transition lors de sa carrière professionnelle il y a de cela 4 ans, motivé à l’époque par le désir d’y trouver un avantage compétitif. Suite à cette transition, l’ex-professionnel de la ligue canadienne de football affirme qu’« il y a eu une réduction dans le temps nécessaire entre les entraînements pour pouvoir récupérer. Dès que j’ai commencé, j’ai vu les résultats. Je n’ai jamais regardé en arrière après cela. » Mais, quelle est la science derrière ces allégations de hautes performances d’une diète végétale ayant motivé tous ces athlètes et bien d’autres à faire la transition vers une assiette verte?

La diète végane associée à de plus hautes performances sportives et à une meilleure santé cardiaque

Selon les résultats d’une étude publiée en janvier 2019 dans la revue Nutrients et conduite par le Physicians Committee for Responsible Medicine, les régimes à base de plantes offrent des avantages sur le plan de la performance sportive. En effet, il a été démontré de façon constante qu'ils réduisent la graisse corporelle et conduisent ainsi à une composition corporelle plus maigre, caractéristique critique pour un athlète, pour qui chaque livre corporelle compte grandement.

Il fut également démontré dans le cadre de cette même étude que l’alimentation végétalienne favorise une meilleure sécrétion d'insuline et améliore le flux vasculaire et l'oxygénation des tissus, cruciaux à l’effort musculaire et à la récupération. Aussi, comme de nombreux légumes, fruits et autres aliments d'origine végétale sont riches en antioxydants, ils aident à réduire le stress oxydatif ainsi que les indicateurs d'inflammation dans le sang. Ces caractéristiques des régimes à base de plantes présenteraient donc des avantages en termes de sécurité et de performance pour les athlètes d'endurance.

Effectivement, plusieurs études suggèrent que les athlètes d'endurance courent un risque plus élevé que la moyenne d’encourir des maladies cardio-vasculaires telles l'athérosclérose et les lésions myocardiques. Il fut toutefois conclu par la même étude citée ci-haut que les régimes à base de plantes et leurs effets sur les facteurs de risques cardiovasculaires, en particulier les concentrations plasmatiques de lipides, le poids corporel et la tension artérielle, peuvent dès lors fournir une mesure importante de protection cardiovasculaire. Qui plus est, une alimentation complète et à base de plantes est le seul régime dont il a été prouvé qu'il prévient et même inverse une litanie de maladies chroniques liées au mode de vie, y compris le diabète de type 2.

Peut-être la diète végane permet-elle plusieurs bénéfices sur le sport et la santé, mais une alimentation balancée basée sur la viande comme principale source de protéines ne permet-elle pas les mêmes bénéfices? La science démontre que non.

La consommation de viande et ses risques sur la santé

L’Organisme mondial de la santé (OMS) place désormais la consommation de viande rouge et de viande transformée au même niveau de danger pour la santé que la cigarette et l’amiante. Ainsi, la consommation non seulement de viande rouge, mais de toutes viandes transformées, incluant la volaille, les abats et les sous-produits carnés tels le boudin, est officiellement considérée par l’OMS comme définitivement cancérogène pour l’humain dans le cas de la viande transformée, et fort possiblement cancérogène dans le cas de la viande rouge.

Qui plus est, les risques de maladies cardiaques sont plus élevés au sein d’une diète omnivore. Selon le US National Health Institute (NIH), les personnes ayant une alimentation riche en viande rouge avaient des taux trois fois plus élevés de TMAO, composante chimique liée directement aux maladies cardiaques, que leurs homologues ayant des régimes riches en protéines végétales.

Poussé par un accroissement des études scientifiques suggérant non-seulement l’avantage compétitif d’une alimentation à base végétale, mais également la protection que celle-ci offre face aux maladies chroniques et cardiovasculaires, le milieu sportif semble aujourd’hui à l’aube d’une restructuration des croyances et conceptions en ce qui concerne sport, santé et alimentation. Définitivement, il sera fort intéressant de voir l’impact de la sortie du documentaire The Game Changers au sein de la communauté sportive internationale.


Crédit Photo @ Foodfacts

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