Vers la démocratisation de la prostitution étudiante ?

Par Priscillia Kizizié Deltombe

Par exemple, un Sugar Daddy a écrit : « Je cherche avant tout une étudiante. C'est peut-être mon côté philanthrope, car je préfère qu'une personne qui avance dans la vie, mais qui doit surmonter certaines difficultés, bénéficie de mon aide ».

Récemment, je parlais au téléphone avec ma meilleure amie. Nous avons deux vies bien différentes elle et moi : c’est une belle blonde parisienne assez aisée financièrement, et moi je suis la petite brune un peu trop sérieuse. Elle est au Collège de Paris en marketing, un luxe de minimum 10 000 $ par année, tandis que je suis partie au Québec pour avoir accès à de bonnes universités, sans les frais onéreux de 20 000 $. Cependant, je suis toujours dans la misère financièrement.

Je lui parlais donc de mes problèmes financiers quand, pour rigoler, elle m’a lancé que je n’avais qu’à me trouver un Sugar Daddy sur le site web seekingarrangement.com. L’idée lui était venue d’une de ses amies qui fréquentait ce site pour payer ses études.  Étant curieuse de nature, je suis allée y jeter un coup d’œil. Qu’elles y sont les promesses? En résumé, le site promet une stabilité financière aux jeunes étudiantes en recherche de « bourse ».

Et au Québec?

En poussant un peu plus mes recherches, j’ai pu constater que ce site web obtenait une fureur grandissante à Montréal, et que beaucoup d’étudiantes l’utilisaient pour payer leurs études.  Quel est le profil des hommes qui y affichent des offres? Souvent des PDG, de 35 à 60 ans environ, divorcés pour beaucoup. Leurs photos de profil? Les hommes sont sur des bateaux, cigare en bouche ou verre à la main, dans les endroits les plus branchés du monde entier.

Sur leurs pages, il est possible de trouver une brève description sur les intentions du site et de ses utilisateurs, juste en dessous d'une grille de salaires qui fournit leurs revenus annuels. Par exemple, un Sugar Daddy a écrit : « Je cherche avant tout une étudiante. C'est peut-être mon côté philanthrope, car je préfère qu'une personne qui avance dans la vie, mais qui doit surmonter certaines difficultés, bénéficie de mon aide ». Son côté philanthrope, vraiment?

Prostitution déguisée ?

Un questionnement survient alors : est-ce de la prostitution déguisée? Sommes-nous en train de démocratiser la prostitution chez les jeunes étudiantes et étudiants? Comment se fait-il que certains doivent avoir recours à ce genre de site pour payer leurs études?

Il est vrai qu’un montant d’environ 500 $, c’est beaucoup pour un étudiant moyen. Ça peut représenter un loyer, des plaques d’immatriculation, une partie des frais de scolarité ou bien près de deux mois d’épicerie.

D’ailleurs, une étudiante de l'Université de Duke aux États-Unis révélait par le biais du journal de son établissement scolaire qu'elle était en réalité une star du porno, sous le nom de «Belle Knox». Cette double vie l'aidait à payer ses études. Dans une interview pour le magazine Playboy, elle a avoué que «le fait que les seules réelles options soient de contracter un énorme prêt étudiant, de ne pas faire d'études supérieures ou de rejoindre l'industrie du sexe est vraiment parlant. Il faut reconnaître qu'il existe un fossé entre ce que la classe moyenne peut payer et ce qu'on leur demande de payer. Nous devons aussi arrêter de voir dans l'endettement une solution au problème de notre système éducatif».

Impact des hausses de frais de scolarité

D’après le site bloquonslahausse.com, avec une hausse de plus de 30 % des taux de frais de scolarité, nous devons bien souvent nous endetter pour étudier. Le fondateur et PDG du site seekingarrangement.com, Brandon Wade, soutient quant à lui qu'il y a une corrélation directe entre l'augmentation des inscriptions de Sugar Baby et l'augmentation des frais étudiants.


© Jay Wennington

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