Quand vient le soir : griffes de la nuit et mains baladeuses

Par Daniel Gaumond

C’est dans le cadre du Mois d’échange et de sensibilisation sur les agressions sexuelles en milieu étudiant (MESSAGE) que s’est tenue la lecture publique de Quand vient le soir, pièce de théâtre documentaire montée par Dominic Laperrière-Marchessault, le 27 septembre dernier à la salle du Mont-Bellevue du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Présentée aux spectatrices et spectateurs par Geneviève Paquette, responsable de la maitrise en psychoéducation à Sherbrooke et chercheuse en conséquences traumatiques chez les jeunes filles agressées sexuellement, la pièce d’une heure et demie aborde le thème du harcèlement sexuel de rue par l’entremise de quatre jeunes actrices talentueuses et engagées.

Selon Mme Laperrière-Marchessault, l’intérêt de traiter cet enjeu par le théâtre est « de briser la monotonie d’une conférence en offrant une multiplicité de points de vue et un dynamisme dans le discours à la fois sérieux et humoristique ». Écrite au départ sous la forme de monologue, la pièce a su ouvrir autant la discussion que de vieilles plaies chez ses spectatrices. Ainsi, ses dialogues correspondent aujourd’hui à de nombreux témoignages recueillis auprès de 250 répondantes d’un questionnaire mis en ligne en 2014.

En résumé, la pièce s'interroge sur le sentiment des femmes face à l’obscurité : ont-elles réellement peur du noir ou plutôt de ce qui s’y trouve? À tour de rôle, les quatre femmes sur scène expliquent l’évolution de cette frayeur nocturne, passant de la peur des monstres en dessous du lit jusqu’à ceux qui veulent y grimper avec elles. C’est dans une approche intimiste que les témoignages, qui mêlent mains baladeuses à commentaires désobligeants, sont exprimés par l’intermédiaire des actrices sous forme de confidence auprès du public, provoquant chez lui inquiétude et indignation. Toutefois, afin d’alléger le propos et de « préférer en rire », la pièce prend aussi une tonalité humoristique, notamment avec son fameux « Top 5 des pires répliques entendues dans la rue ».

L’auteure, Mme Laperrière-Marchessault, a confié au Collectif que son objectif est de montrer que le harcèlement sexuel dépasse le simple « embêtement » temporaire auxquelles les femmes sont sujettes. En effet, l’accumulation de commentaires, hebdomadaires jusqu’à quotidiens pour certaines, alimente un climat de peur chez elles et le normalise en même temps. Selon la présentatrice de la pièce, Mme Paquette, il s’agit de la principale forme de violence sexuelle rapportée d’après l’enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU), une étude faite auprès de six établissements universitaires dont celui de Sherbrooke, qui déclare que près de 33,5 % des membres universitaires – enseignants, enseignantes, étudiants et étudiantes tous confondus – en sont victimes depuis leur entrée à l’université. De plus, la spécialiste affirme que 10 % de ces répondants présentent par la suite du harcèlement subi, un niveau de stress qui s’apparente à celui d’un choc post-traumatique. « Voyons, elles exagèrent; ce ne sont que des taquineries! », voilà un argument qui n’a pas conscience de ces diagnostics.

C’est pourquoi le MESSAGE contribue grandement à cette prise de conscience sociale sur les violences sexuelles, promouvant égalité et sécurité à travers des initiatives de même envergure que la pièce Quand vient le soir, telles que l’exposition multimédia organisée par le groupe SEXed à Lennoxville dans les jours suivants la pièce, ainsi qu’une conférence sur le consentement sexuel au Cégep de Sherbrooke le 3 octobre prochain.


Crédit Photo © Daniel Gaumond

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