Virus Tropical : un film d’animation singulier

Par Alexandre Krzywonos

Adapté du roman graphique éponyme de l’illustratrice et artiste Power Paola, Virus Tropical est l’unique long métrage colombien présenté au Festival Cinéma du monde de Sherbrooke. Offert à deux reprises lors de l’événement, Le Collectif se devait de visionner ce film d’animation original par son chromatisme sobre : le noir et le blanc.

C’est en Équateur que se déroule ce récit où l’on découvre l’enfance et l’adolescence de la protagoniste, Paola, fille d’un prêtre et d’une liseuse de bonne aventure. Réunissant plusieurs thèmes universels (l’amour, la haine, l’apprentissage, la déception) ce premier long métrage, réalisé par Santiago Caicedo, réjouit par sa simplicité bien assumée.

Nominé deux fois comme meilleur film d’animation (Platino Awards, Annecy Film Festival), Virus Tropical se démarque assurément par son traitement chromatique.

Univers singulier

Le choix du noir et du blanc dans le cadre d’un film d’animation s’avère particulier. D’autant plus que le récit se déroule en Amérique du Sud, où les couleurs tropicales fusent naturellement. Toutefois, aucun détail n’est laissé au hasard : les textures des visages, par exemple, lorsque ces derniers apparaissent en gros plans, permettent de montrer les défauts, les craques, les plis de la peau, parfois avec une authenticité frémissante.

Subtilement, de simples éléments bougent constamment dans les scènes. De petits insectes mouvants participent à cet univers où le chromatisme n’est pas nécessaire pour démontrer l’exotisme des lieux. Les plans, souvent denses, auraient probablement perdu en efficacité si on les avait emplis de couleurs.

En ce sens, l’œil ne s’égare pas dans la superfluité : il se fixe sur le caractère vulnérable des personnages.

Hégémonie américaine

Que ce soit par les marques de shampoings, de chaussures (Nike, Converse), les jouets (Barbie, Ken, Game Boy) ou les groupes de musique (The Misfits) la culture états-unienne est bel et bien implantée au cœur de l’Amérique du Sud. Ces symboles, en tant que référents spatio-temporels, prennent part à la construction identitaire de Paola.

Aussi, le rêve américain caressé par de nombreux Sud-Américains est évoqué. Dans une perspective de critiquer l’hégémonie des États-Unis dans ces pays tropicaux, le réalisateur et l’illustratrice traitent des inconvénients de la mondialisation avec beaucoup d’humour.

L’argent représente une porte de sortie à de nombreuses malchances du personnage principal. Il apparaît comme le moteur de plusieurs problèmes dans cette œuvre cinématographique, démontrant, tristement, les défauts d’une société capitaliste.

Récit universel

L’histoire de Paola relève de l’universalité : le cheminement d’une enfant devenant adulte, tout simplement. Le récit n’est pas moins original comme il se parsème de la réalité propre et dure des Équatoriens, celui des cartels de drogue, de l’insécurité et de la peur constante.

Par chance, les rapports mère et fille, père et fille, sœur et sœur apparaissent comme des bouées de sauvetage pour la protagoniste, justifiant son amour inconditionnel pour sa famille et le soutien qu’elle lui apporte.

Sans apposer l’étiquette d’un « feel good movie », Virus Tropical est l’un de ces films charmants avec une fin heureuse : au sortir de la salle, on se sent bien. Tout simplement bien.


Crédit Photo @ Virus Tropical, le film

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