Par Vanessa Racine

Y’avait de la belle neige, hier soir. Une des premières neiges de l’année. Des flocons qui floconnent, un bruit de crou-croush sous les bottes.

J’ai fait quelque chose d’un peu bizarre. J’ai pris une marche. Ça ne m’arrive pas si souvent. Mais là, je ne sais pas. Malgré le frette, mon bout de nez gelé, j’me suis dit que c’était une bonne idée. Ce n’était pas celle du siècle, mais j’ai déjà fait pire.

Quand je marche, j’essaie d’être plus à l’écoute de ce qui se meut autour de moi que de ce qui se passe dans ma tête. Le projet échoue à chaque fois. Je finis tout le temps par me dialoguer ça avec une musique de fond en prime. Je peux aussi hocher de la tête. Je me suis même déjà « autojouée » de la musique d’ascenseur. J’ai un petit côté sadique. Ou innocent. Ça dépend.

Pendant cette marche, ce qui défilait dans mon esprit, ce sont les douze derniers mois. Je suis le genre de personne qui fait le bilan de sa vie un peu trop souvent, alors, nécessairement, quand la période de l’année s’y prête, c’est certain que je ne passe pas à côté de l’occasion.

Au fil des jours, dans mon espèce de routine, j’ai ce besoin de trouver du doux. De savoir qu’il y a un espace-peluche à flatter quelque part en dedans. Pis quand presque plus rien ne t’atteint, c’est toute une job de trouver ça.

Pêle-mêle, voici ce qui a contribué au doux :

  • Des tounes à écouter en boucle. Surtout dans le char. Parce qu’à force de les écouter en continu, tu peux les chanter ben Crier, ça fait toujours du bien.
  • Jouer à des jeux de société avec les amis toute une soirée en prenant le temps de rire ensemble.
  • M’indigner. Au sens fort. Parce que c’est un signe que tu prêtes attention à ce qui t’entoure. Parce que la colère devant ce qui semble inadmissible, ça te meut la pulsion de vie. Dans le spectre du doux, ce n’est pas ce qui se rapproche le plus du lapin, je sais, mais ça me faisait du bien de constater que j’étais encore capable d’avoir des émotions empathiques. Pis de lever le poing.
  • Me garrocher dans des projets, avoir des idées. Même et surtout s’ils semblaient un peu trop gros. Certains ont fonctionné, d’autres pas. Mais ça m’a montré que je pouvais encore faire des affaires et rêver plus fort.

Le plus gros du doux m’est tout de même venu des gens. De leur présence, leur écoute, nos rires, des câlins, leur confiance, leur ingérence parfois dans comment je gérais (ou pas) ma vie. J’ai cette chance d’avoir des indéfectibles, des gens qui restent malgré tout. Des gens avec qui je peux être ridicule, terrible. Ces amis, je leur dois pas mal beaucoup du brillant actuel qui se dandine dans mes yeux.

Mais avec tout ça, je ne suis pas en train de te dire de carpe diem pis « vis l’instant présent » et que « le bonheur est constitué de petits plaisirs ». Je ne dis pas des choses de même. Je dis juste que c’est facile d’oublier la saveur et la texture dans le quotidien. Et que quand on le fait, nécessairement, tout est plus difficile.

Juste avant de rentrer et de boire mon thé chaud, enroulée dans ma doudou, j’ai fermé les yeux et j’ai sorti la langue pour y attraper des flocons. J’ai arrêté de penser pendant quelques secondes. J’étais bien. Pis c’est ça que je nous souhaite, là, pour l’année qui s’en vient. De trouver du doux ou de continuer à en trouver.

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