Waseskun, le moment où les nuages commencent à se dissiper

Par Kassandra Poulin

Vous êtes-vous déjà imaginé une prison sans clôtures ni tour de garde? Ce concept peut sembler illusoire, voire impossible, mais à vrai dire cela existe. Voilà la réalité que nous présente Steve Patry dans son tout nouveau documentaire Waseskun. 

L’évolution d’un homme

Cette production de l’ONF nous plonge dans un univers carcéral alternatif où nous sommes témoins de la vie des hommes autochtones qui y demeurent. D’une part, tous les détenus se livrent de façon explicite sur les crimes qu’ils ont commis; d’autre part, nous sommes rapidement confrontés à leur processus d’évolution. Par contre, le réalisateur a pris soin de ne pas tomber dans le piège de la pitié : le mélodrame n’est pas au rendez-vous. Il nous illustre les faits tels qu’ils sont. Bien entendu, les termes exploités sont lourds au plan émotionnel, mais il ne s’agit pas d’un apitoiement. Chacun des hommes est mis devant la caméra sans jugement. Ils sont simplement là pour nous expliquer leur histoire.

La patience de l’équipe de tournage est remarquable. Ils ont tourné sur une durée d’un an afin de capter l’évolution psychologique de chacun des prisonniers. D’ailleurs, au montage, le réalisateur voulait « faire comprendre au spectateur que, lorsque tel gars sculpte son totem à la main, il ne le fait pas juste pour le résultat final, mais aussi pour travailler sa patience, sa gestion de la colère ». Bref, ce long-métrage s’est penché sur les valeurs humaines en s’interrogeant sur les changements possibles.

Le pouvoir de la simplicité

Le documentaire est filmé de manière simpliste. En fait, l’attention n’est pas mise sur la technique, mais bel et bien sur le réel : le spectateur vit avec les hommes emprisonnés. Il y a tout de même de magnifiques plans. En réalité, la scène où nous voyons les cabines téléphoniques dans le noir est à couper le souffle. De plus, les contrastes entre les musiques typiques autochtones et les bruits de l’atelier viennent très bien illustrer leur réalité. Cependant, « le film n’est pas du tout ancré dans le folklore. Au contraire, nous sommes complètement dans la réalité d’aujourd’hui, dans ce mélange de culture dite ancestrale et de culture contemporaine ».

Meilleur documentaire

Le film est actuellement en liste pour le prix du meilleur documentaire et du meilleur montage dans un long-métrage documentaire au gala des prix Écrans canadiens qui se tiendra le 7 mars. De plus, ce n’est pas la première fois que le réalisateur reçoit des éloges sur ses œuvres. En fait, avec son film De prison en prison, il a reçu une mention spéciale au prix Magnus.

Bref, il s’agit d’un excellent documentaire qui nous ouvre les yeux sur une nouvelle réalité. Pour tous les amateurs de changement, je vous conseille fortement ce magnifique long-métrage qui remet en perspective la vie carcérale.


Crédit photo © lienmultimedia.com

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