Par Josiane Demers  

Le mois de l’histoire des Noirs vient tout juste de se terminer. À la recherche d’un athlète inspirant et pertinent ayant un impact positif auprès de la communauté noire, Le Collectif a eu la chance de s’entretenir avec Xavier Jourson, qui est non seulement un entrepreneur et un sportif d’exception, mais aussi un militant en quête d’égalité.  

Né à Lyon en France, il s’inscrit au rugby à l’âge de 15ansEn surpoids, il souhaite se mesurer aux autres. L’adolescent devient de plus en plus en forme, ce qui le conduit à une carrière professionnelle de 12ans dans ce sport. Après avoir joué pour plusieurs équipes en Afrique du Sud et en France, une grave blessure à la main en 2015 à Paris freine son parcours et le force à la retraite en 2016. La même année, il développe sa passion pour la finance de marché et juge qu’il est nécessaire pour lui de se relocaliser en Amérique du Nord pour combler ses ambitions. Il décroche rapidement un poste auprès de la Banque Nationale du Canada.  

Triathlon et stéréotype 

En confinement, Xavier se consacre régulièrement à la lecture tout en réfléchissant à un nouveau sport dans lequel il pourrait exceller et qui le ferait sortir de sa zone de confortC’est en lisant un livre de Rich Roll, ancien avocat alcoolique devenu un spécialiste du triathlon, que l’athlète est inspiré. C’est à ce moment qu’il adopte cette discipline. Jourson est conscient que ce sport regroupe bien peu d’athlètes issus de minorités visibles. 

Source : Xavier Jourson

« Lors de l’achat de mon vélo, il y avait une sorte de jugement dans le regard des gens et du vendeur quand ils ont vu un homme noir qui voulait s’équiper dans ce sport », explique-t-ilC’est un peu la même chose pour la nage alors qu’un stéréotype persistant suggère que les personnes noires ne savent pas bien nager.  

Xavier décide qu’il veut participer au Norseman, un des triathlons extrêmes les plus exigeants au monde qui se pratique sur la distance d’un Ironman. Il s’agit d’une épreuve qui inclut 4km de nage en eau froide (8-10degrés Celsius), 180km de vélo et 42km de course. Cette préparation rigoureuse s’échelonne sur une période de deux ans et nécessite énormément de sacrifices autant au niveau physique que dans la vie personnelle. Jourson marquera sans doute l’histoire en tant que premier homme noir à participer à la compétition  

BLM, un point tournant 

Les tristes évènements qui se sont produits aux États-Unis et les démonstrations du mouvement Black Lives Matter (BLM), ont éveillé l’activiste qui sommeillait déjà à l’intérieur de l’athlète. Il s’est dit qu’en adhérant à un « sport de Blancs », il allait contribuer à briser les codes. Dans chaque domaine, il ne faut qu’une personne qui s’élève et décide de foncer pour défricher le chemin pour les autres et accélérer les changements de mentalités dans la société, explique-t-il en citant Barack Obama en exemple 

« Quand George Floyd est mort, j’ai été énormément peiné. C’est la première fois de ma vie que j’étais affecté à ce point par le décès d’une personne que je ne connaissais pas. Je me suis dit qu’il fallait que ça cesse! » — Xavier Jourson 

Voulant aller encore plus loin, l’athlète réfléchit alors au rôle qu’il veut jouer dans cette lutte pour l’égalité portée par la communauté noire« Je voulais apporter ma contribution. Je ne fais pas de politique ni de musique, alors le meilleur moyen est de me servir de mes capacités sportives. » 

Ambition et visibilité  

Xavier Jourson n’est pas seulement un sportif, mais également un entrepreneur ambitieux. Il nomme son projet La Transition et compte en faire un documentaireIl est alors conscient qu’il doit trouver des alliés de taille. Il vise Radio-Canada et rien de moins, pas de compromis! 

« Avant le projet, je n’avais pas de réseaux sociaux. Je reconnais leur force d’attraction, mais pour une mobilisation efficace sur du long terme, il faut un média traditionnel de masse qui rejoint des gens de partout au pays», soutient-il.  

Source : Xavier Jourson

Il élabore une stratégie de promotion claire lorsqu’il se présente chez Radio-Canada et demande à s’adresser à la meilleure personne étant susceptible de l’aider dans son projet. Le réseau est impressionné par la démarche du sportif. Il est alors engagé comme chroniqueur par Radio-Canada Sport, qui le suit dans cette transition et lui permet de réaliser ses propres reportages pour mettre en lumière son parcours, mais aussi ceux d’autres personnes au profil atypique impliquées dans le sport.  

C’est finalement une maison de production renomméqui lui offre un contrat spécifiquement pour le documentaire. Comme l’explique Xavier, l’objectif est de vendre le produit sur une plateforme de diffusion afin de rejoindre le plus de gens possible. Pour lui, il ne s’agit pas d’être populaire ou de faire de l’argent. « Je suis un acteur de changement, pas seulement un sportif. Je veux que tout le monde s’identifie à cela, que ce soit une personne obèse, une personne racisée ou encore quelqu’un avec un handicapJe veux briser les stéréotypes partout et que les gens comprennent qu’ils peuvent réussir un défi s’ils y croient vraiment. » 

Volet sociétal 

Il est évident que Xavier Jourson souhaite relever le défi du triathlon extrême avec brio. Néanmoins, sa détermination et sa volonté de devenir un vecteur de changement dans la société font tout autant partie de l’homme qu’il est. Il considère que les établissements d’éducation jouent un grand rôle dans ces enjeux, c’est pourquoi il se déplacera à l’Université de Sherbrooke le 18mars prochain à midi afin de réaliser une entrevue qui sera diffusée sur différentes plateformesRestez à l’affut pour plus de détails.  

Pour en apprendre plus, visiter ses réseaux sociaux et son site internet : www.xavierjourson.com


Source photo @ Xavier Jourson

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