Yan England : d’acteur à réalisateur

Par Paskale Leblond-Champagne

Dans le cadre de la 19e édition du Festival du film de l’Outaouais, qui se tenait du 23 au 31 mars 2017, Yan England animait un atelier sur la réalisation du court au long-métrage. Le temps d’un après-midi, il a exposé son parcours cinématographique, donné de nombreux conseils et répondu à une panoplie de questions. Une chose est certaine, Yan England est un modèle de persévérance, aussi sympathique que talentueux.

Il fait d’abord son nom comme acteur, marquant plusieurs générations par ses apparitions dans Watatatow, Une grenade avec ça? et L’appart du cinquième notamment. Plus récemment, on entend surtout parler de lui comme étant le réalisateur du film 1:54.

Bien qu’il n’ait que trois films à sa liste de réalisations cinématographiques, Yan England a déjà décroché une nomination aux Oscars pour son court-métrage Henry et connaît un succès monstre au Québec avec son tout premier long-métrage, 1:54. Comment est-ce possible?

En 2011, Yan England se lance dans la production de son second court-métrage, Henry. Son ultime but? Atteindre les Oscars, rien de moins. Le visionnaire fait ses recherches et comprend que l’Academy Award chapeaute une cinquantaine de festivals du film parmi lesquels il faut ressortir gagnant pour avoir une chance d’être nominé pour la statuette dorée. Pour Yan, ce n’est pas compliqué : il postule à tous ces festivals. Il reçoit certains refus, mais aussi plusieurs acceptations. Le 10 janvier 2013, Yan England reçoit enfin la lettre qu’il espérait. Il décroche une nomination aux Oscars dans la catégorie du meilleur court-métrage de fiction. Incroyable!

Il est extrêmement satisfait et la victoire lui importe peu. Yan voit cette occasion comme une chance unique de rencontrer son idole, celui qui a imagé sa jeunesse par des classiques comme E.T. et Jurassic Park, Steven Spielberg. Après la cérémonie – où il n’a malheureusement pas remporté l’Oscar – Yan l’aperçoit enfin. Il prend son courage à deux mains et s’approche de Spielberg. Cette discussion d’environ cinq minutes qu’il aura avec son réalisateur préféré lui sera extrêmement bénéfique. Avant de quitter, Spielberg lui aurait lancé : « Now, go make movies ». Pour lui, cette phrase a tout changé. Dès le lendemain matin, il se mettait à la rédaction du scénario de 1:54.

Ce long-métrage aura été une longue ascension remplie d'embûches, surtout en ce qui a trait au financement. Alors que plusieurs productions comptent sur l’appui financier des institutions cinématographiques québécoises, ce ne fut pas le cas pour 1:54. Plusieurs d’entre elles ont refusé de financer le projet, jugeant que l’intimidation dans les écoles n’était plus d’actualité. Durant l’atelier du Festival, Yan a mentionné, en riant, que face à ce refus, il avait opté pour la même solution que Tim, le personnage principal de 1:54 : « Il y a juste deux façons pour régler un problème : soit tu ne dis absolument rien, soit tu règles ça par toi-même. Et c’est la deuxième que j’ai choisie. »

Ses efforts ont porté fruit et il a réussi à réaliser 1:54 avec les moyens qu’il avait. D’ailleurs, le tournage s’est fait dans une vraie école secondaire québécoise. Un midi, alors que tous les étudiants mangeaient, Yan a pris la parole dans la cafétéria pour leur expliquer que l’école se transformerait en plateau de tournage pendant 23 jours. Sans leur révéler l’histoire, il a recruté tous ceux qui souhaitaient être figurants, c’est-à-dire presque tous les élèves. Il n’avait qu’une seule consigne pour eux : agir comme à l’habitude. Pour Yan, c’était très important que les réactions soient vraies, d’où l’importance de ne pas leur révéler les thématiques exploitées. Bien que certaines réactions l’aient surpris – notamment lors de la bataille – il a été grandement satisfait du réalisme des scènes.

Enfin, le 13 octobre 2016 arrive le jour J, celui de la sortie du long-métrage dans les salles de cinéma. Ondes-chocs au Québec. Tout le monde en parle! Maxime Demers, du Journal de Montréal, a d’ailleurs affirmé : « On ne l’avait pas vu venir, ce premier long-métrage de Yan England, une des belles surprises de l’année au cinéma québécois. Yan reçoit des centaines de messages de remerciements, les médias sociaux ne parlent que de cela, les acteurs sont convoqués à une panoplie d’entrevues, bref, un succès! »

Bien que le film soit déjà sur les tablettes depuis quelque temps, il n’a pas terminé de faire son chemin. Il continue d’être utilisé comme moyen de sensibilisation dans les écoles et, tout récemment, fut présenté aux diplomates du siège des Nations Unies, à New York. C’est notamment le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui a introduit le film, dans le cadre de l’événement Focus on French Cinema : un bel hommage pour Yan England. La question que tout le monde se pose : à quand le prochain long-métrage?


Crédit photo © Festival du film de l'Outaouais

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