Par Roxane Grégoire

Être fidèle à ses principes… Cette expression semble aller de soi. Après tout, si je clame à qui veut bien l’entendre que je suis pro-environnementaliste, on osera espérer que je jette ma pelure de banane dans le bac de compostage. Mais si c’était le contraire? Si c’était plutôt mes principes et mes idées qui devaient être fidèles à mes comportements?

Cette idée émane d’une théorie en psychologie sociale et cognitive qui tente d’expliquer certains comportements de l’être humain. Plus précisément, elle s’intéresse aux mécanismes qui régissent certaines de nos décisions, attitudes et opinions. Alors qu’on a l’habitude de penser que le comportement (l’action) vient après la pensée (la cognition), voire qu’il résulte carrément d’elle, il semblerait que bien souvent, le contraire se produise : l’action pourrait donc dicter la cognition? C’est ce qu’avance la théorie de la dissonance cognitive.

Un exemple du quotidien

Laissons de côté le jargon psychologique, le temps de vous illustrer le genre de situation sur laquelle se penche cette théorie. Disons que vous avez une amie qui exprime fréquemment sa haine envers les films de Star Wars, depuis des semaines. Puis, ce matin, un collègue qu’elle apprécie bien l’invite à aller voir ledit film la fin de semaine prochaine, popcorn et boisson gazeuse inclus… elle ne pouvait pas refuser! Suite à l’invitation, elle vous a répété tout l’après-midi que les films de Star Wars ne la dérangent pas tant que ça; que même si elle ne tripe pas sur la science-fiction, l’histoire est bonne.

Pourquoi ressent-elle le besoin de rectifier son opinion après avoir accepté la proposition de son collègue? C’est tout simplement parce que votre amie vivait un état d’inconfort mental appelé une dissonance cognitive; elle percevait une incohérence entre l’action (accepter l’invitation) et la cognition (ne pas aimer ce genre de film). Ainsi, dans de pareils cas, il semblerait que l’être humain opte souvent pour la stratégie la plus facile afin de réduire cette distance non désirée entre comportement et pensée… Et, vous l’aurez deviné, modifier une pensée demande beaucoup moins d’effort que de modifier un comportement.

Un effet inconscient

Il faut comprendre qu’on ne parle pas ici de simplement mentir sur son opinion pour ne pas avoir l’air fou devant ses amis… Des études sur le sujet ont été réalisées avec des circonstances très variées, et elles démontrent que ce phénomène psychologique se produit de façon involontaire. En d’autres mots, nous le subissons beaucoup plus que nous le commandons. Fait intéressant, certains chercheurs disent qu’il est possible d’engendrer un effet de dissonance cognitive chez quelqu’un d’autre et de s’en servir à notre avantage. Voici, pour les curieux, le mode d’emploi pour transformer un ennemi en un ami : vous sentez que quelqu’un dans votre entourage ne vous aime pas trop? Faites en sorte qu’il vous rende un petit service (empruntez-lui du papier pour prendre vos notes en classe, par exemple), et il se mettra à vous « aimer » davantage, parce que son cerveau, en état de dissonance, ne pourra pas tolérer d’avoir aidé quelqu’un qu’il n’apprécie pas. Un peu tiré par les cheveux, direz-vous? Peut-être bien, mais ce ne serait pas la première fois que la psychologie humaine nous surprend.

Enfin, si la compréhension totale de ce phénomène psychologique est loin d’être atteinte, puisque beaucoup de facteurs entrent en jeu et que certains demeurent incompris, il reste que son étude est pertinente pour comprendre davantage les processus cognitifs de l’être humain, tels que la prise de décision, de même que ses interactions sociales.


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