Par Nikolas Morel-Ferland

« Ceci est un nouveau Soudan », lance le général Abdel Fattah al-Burhan, responsable de la transition démocratique démarrée en 2019. Le militaire de carrière semble désormais tenir les rênes du pouvoir, suivant l’arrestation des principales figures civiles du pays.

Dans la matinée du 25 octobre, des hommes en tenue militaire non identifiée se sont introduits à l’intérieur du domicile d’Abdallah Hamdok, premier ministre du gouvernement de transition soudanais. Selon l’Agence France-Presse (AFP), Hamdok aurait ensuite été emmené vers un lieu inconnu, après avoir refusé de signer une déclaration d’appui au putsch. Les cinq autres membres civils du Conseil de souveraineté, l’organe politique du gouvernement de transition, sont aussi détenus.

Les réactions

L’état d’urgence a été déclaré sur l’ensemble du territoire par la junte militaire, qui assure la population d’être la plus à même de « mener le pays vers des élections démocratiques en 2024. » Dans la foulée des événements, une population mécontente a pris d’assaut les rues de Khartoum, contestant ouvertement al-Burhan. L’armée a ouvert le feu sur les manifestants, faisant sept décès et plus de 140 blessés, rapportait le New York Times le 25 octobre dernier.

La communauté internationale a rapidement qualifié la situation de « tentative de Coup d’État » et a fait appel à la libération des prisonniers politiques. Les États-Unis ont pour leur part mis un terme à l’appui financier destiné aux instances gouvernementales soudanaises en gelant près de 700 millions de dollars d’actifs.

Un partage du pouvoir des plus délicats

Les événements d’octobre s’inscrivent dans un climat de tension croissant entre les factions civiles et militaires au sein du gouvernement de transition. En 2019, la chute de l’homme fort Omar el-Bechir avait plongé le pays au sein de longues négociations entre différents acteurs politiques quant à la passation du pouvoir.

Les délibérations avaient abouti à la création du Conseil de souveraineté, où cinq chefs militaires et six civils devaient mener le pays vers des élections. Un vent de fraicheur soufflait alors sur le Soudan, qui se doterait pour la première fois dans les trois dernières décennies d’un nouveau gouvernement, selon un article du NY Times de 2019.

Les relations au sein du Conseil se sont toutefois dégradées à vue d’œil. En septembre dernier, des partisans militaires de l’ancien président el-Bechir avaient tenté de s’emparer d’un bâtiment abritant la société d’État responsable de l’information, toujours selon le NY Times en septembre. Privé de ses revenus pétroliers avec la création du Soudan du Sud en 2011, le pays d’Afrique du Nord doit en plus composer avec une situation économique précaire.

Le spectre d’Omar el-Bechir

Pour plusieurs Soudanais, l’apparent Coup d’État du 25 octobre plante le dernier clou dans le cercueil d’un rêve démocratique. Les années 1993 à 2019 avaient été marquées par le règne autocratique d’Omar el-Béchir et les conflits ethniques dans la région du Darfour, à l’ouest du pays. La Cour internationale de justice avait notamment accusé le chef d’État de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité » en raison des atrocités commises par l’armée dans cette région, précisait l’AFP dans un article de Radio-Canada du mois d’août. La colère populaire avait finalement amené el-Béchir à la porte du pouvoir en 2019.


Crédit photo @ FARS

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