Par Jacob Desrosiers 

Il y a de cela un peu plus d’un mois, Le Collectif a publié un article sur la décision de la part du gouvernement américain de mettre fin à son implication militaire en sol afghan après 20 ans. Dans ce dernier article, on soulignait que le principal danger derrière ce retrait était que les talibans, en pleine résurgence, profitent de l’absence des Américains, de la fragilité du gouvernement afghan et de l’état actuel des forces afghanes pour reprendre le contrôle qu’ils avaient sur le pays avant l’arrivée des forces de l’OTAN à l’automne 2001. Un peu à l’image de ce qu’on a pu observer en Irak 10 ans plus tôt.  

Au moment où ces lignes sont écrites, les talibans ont saisi la capitale afghane de Kaboul et le président afghan, réfugié au Tadjikistan, a déclaré que les talibans «avaient gagné». Pendant ce temps, des images d’horreur défilent où l’on voit des milliers de civils tenter désespérément de quitter le pays. Comment en est-on arrivé là? 

Qui sont les talibans?  

Il est important de comprendre, avant tout, qui sont les talibans afin d’avoir une bonne compréhension de l’ensemble de la situation. 

Les talibans sont un groupe terroriste islamiste fondé au début des années 1990 en Afghanistan. Leur objectif collectif est, essentiellement, de ramener l’Afghanistan à la pureté originelle de l’Islam à travers l’instauration de la loi de la Charia.  

Les talibans apparaissent brusquement sur la scène afghane en 1994, apparemment financés par le Pakistan, en menant une campagne durant laquelle ils s’emparent des trois quarts de l’Afghanistan. Ces événements culminent d’ailleurs à la prise de Kaboul en 1996 et l’exécution publique de l’ancien président afghan, Mohammed Najibullah. La Charia est ensuite mise en place sur le territoire contrôlé par les talibans.  

À la fin de l’année 2001, à la suite de l’intervention des forces de l’OTAN motivée par les attentats du 11 septembre et par la déclaration d’une Guerre contre la terreur par le président américain George W. Bush, le régime taliban chute et ce groupe est réduit au statut d’insurgé.  

Le retour des talibans 

Au début de l’année 2020, le gouvernement de Donald Trump a entamé des pourparlers de paix avec les talibans dans le but de mettre fin à ce qu’il considérait comme un «conflit éternel». 

L’Accord de Doha, conclu en février 2020, stipule que les talibans ont la responsabilité d’empêcher Al-Qaïda de conduire des opérations au sein d’endroits sous contrôle taliban et d’entamer des pourparlers de paix avec le gouvernement afghan. En échange, les talibans obtiennent le retrait des troupes de l’OTAN dans les 14 prochains mois.  

Toutefois, cela n’a pas empêché les talibans de regagner du terrain progressivement. En avril 2021, alors que les autres pays de l’OTAN entamaient leur retrait progressif du territoire afghan, le président américain Joe Biden annonçait son intention de rapatrier ses troupes d’ici le 11 septembre prochain, avant de devancer cette date au 31 août. 

Pendant que l’OTAN se retire tranquillement, les talibans, eux, s’emparent de l’Afghanistan au même rythme, et ce, en ne faisant feu que très rarement. Il faut savoir que le contexte leur est favorable puisque l’armée afghane ne dispose pas des ressources humaines et financières nécessaires pour contrer l’avancée talibane. Le pays est également aux prises avec une imposante corruption. 

Alors que les talibans se rapprochaient de Kaboul, le président afghan, Ashraf Ghani, a fui le pays pour se réfugier au Tadjikistan, d’où il a ultimement concédé sa défaite aux talibans après que ces derniers ont conquis la capitale. 

Depuis la chute du gouvernement afghan, le nom officiel de l’État est devenu l’Émirat islamique d’Afghanistan et le drapeau national est désormais celui des talibans.  

Réaction américaine  

Face à cette prise de pouvoir, le président Biden s’est retrouvé dans une situation quelque peu compromettante. Il s’agit d’une première épreuve cruciale dans sa politique étrangère. En effet, dans les dernières semaines, le président est critiqué autant par ses collègues démocrates que républicains au Congrès. 

Le président a, quant à lui, décidé de rester ferme sur sa décision. Dans une récente adresse au peuple américain à ce sujet, Biden a affirmé que la mission américaine en Afghanistan était accomplie depuis quelques années, qu’il n’y a jamais vraiment de bon moment pour retirer des troupes et qu’aucune intervention militaire ne pourrait apporter une stabilité en Afghanistan. 

Et maintenant?  

Il est très difficile, pour le moment, de déterminer quel avenir attend le peuple afghan sous le règne des talibans. Selon les derniers développements, les talibans seraient en train de négocier une entente pour la mise en place d’un nouveau gouvernement afghan «inclusif», visant à inclure des politiciens de différentes idéologies et des femmes. On rapporte également que le groupe terroriste cherche à rétablir le calme auprès de la population, ayant même déclaré une amnistie pour tous.  

Sont-ils sérieux en disant qu’ils ont changé? Bien que cela soit encore difficile à dire, c’est tout de même peu probable. On peut néanmoins s’attendre au retour de l’application de la charia à la grandeur du territoire taliban et de tout ce que cela implique, notamment l’obligation pour la femme de porter la burqa en public, la prohibition de la télévision et de la musique, etc.  

Il est actuellement tout aussi difficile à dire si les États-Unis vont renvoyer des troupes sur le terrain pour régler la situation, comme ils l’ont fait en Irak 10 ans plus tôt. Toutefois, considérant la fermeté du président Biden face à sa décision, on peut s’attendre à ce que le président refuse de retourner en Afghanistan, surtout qu’il a lui-même affirmé son désenchantement clair à l’égard de cette mission quelques jours plus tôt. En même temps, à titre de comparaison, son prédécesseur semblait lui aussi ferme quant à sa décision de se retirer de la Syrie avant de renvoyer des troupes afin de «protéger les sources pétrolières». À suivre… 

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