Campus-Emmanuelle Boutin-Turin Carnet de voyage-2015 2 (533x800) Au moment d’écrire le précédent article, je ne savais pas encore ce dans quoi je serais propulsée. Je n’aurais pas pu deviner qu’une course à la montre peut être aussi longue. Courir pour terminer les valises, courir pour attraper le premier avion, courir pour attraper le second, puis courir encore pour attraper le troisième. Pas de répits, court puis court une fois de plus pour embarquer dans le train alors que le sifflet du départ imminent se fait entendre. Voilà! Vous réalisez que vous vous êtes embarqués pour cette aventure. Pour vrai de vrai.

Par Emanuelle Boutin

Arriver quelques jours en avance vous permettra d’éviter la cohue et les files d’attente pour vous procurer passe d’autobus, numéro de téléphone local et documents nécessaires à la constitution du permis de résidence. Eh oui! La paperasse, on ne s’en sauve jamais. Vive les complications administratives!

Première journée : les coordonnatrices du programme d’échange nous accueillent avec des documents qui regorgent d’informations sur la ville de Turin. Des étudiants italiens nous attendent aussi, sachant que la peur de l’inconnu et le désir de sociabilité de chacun faciliteront les nouvelles rencontres. Les horaires qu’on nous remet, à priori indéchiffrables, sont décryptés rapidement grâce aux explications précises de nos guides : cours d’italien qui se terminent en mars, cours réguliers ou en accéléré qui commencent à la fin février, chevauchement d’horaire, etc.

Campus-Emmanuelle Boutin-Turin Carnet de voyage-2015 (427x640)Deuxième journée : cours de langue. Quel bonheur d’être francophone, les racines latines de cette langue maternelle permettent d’apprendre plus facilement qu’un natif germanique. Le registre de son étant plus large, les «r» se prélassent davantage sur nos langues et les déclinaisons du «e» sont plus douces à l’oreille de l’aveugle. Les jours suivants se ressemblent. Mêmes cours, mêmes étudiants, mêmes profs.

Soyons honnêtes, il y a autre chose aussi qui change : les amitiés. Plus les journées avancent, plus ces liens se renforcent entre étudiants polonais, allemands, autrichiens, américains, italiens, belges, anglais, français, etc. Le partage et les échanges entre cultures sont stimulants, mais parfois épuisants.

L’insertion dans une nouvelle culture, une nouvelle ville, un nouveau pays, c’est comme lorsqu’on commence un stage. Nous souhaitons tout connaitre, tout comprendre tout de suite afin d’être plus efficaces, plus utiles, afin de nous sentir comme partie intégrante de l’équipe. Le mot clé est l’intégration! On ne veut pas se sentir seul de son côté, on veut se fondre dans la masse pour paraitre comme tout le monde, pour comprendre comme tout le monde, pour voir le monde comme les autres, ces autres qui nous semblent un groupe, une entité à laquelle on souhaite se joindre.

Bien que nous ayons tous envie d’approcher l’autre, mais aussi et surtout, être approché par l’autre, l’utilisation d’une deuxième et troisième langue nécessite beaucoup plus de concentration qu’à l’ordinaire. Heureusement, le désir de connaitre l’autre, d’apprendre de l’autre est une source riche de motivation.

Campus-Emmanuelle Boutin-Turin Carnet de voyage-2015 3 (533x800)Habiter dans un pays où la langue parlée ne demande qu’à être apprise est aussi un grand défi à relever. S’exprimer dans les lieux publics, échanger de l’information n’est pas chose simple. Contrairement aux professeurs, les locaux parlent plus rapidement cette langue étrangère dont les mots sont difficilement perceptibles. C’est d’autant plus frustrant d’être la personne qui est incapable de discerner la marque de début et de fin d’une phrase. Être l’incapable c’est aussi être l’étranger. Celui qui ne sait pas, celui qui ne comprend pas, celui qui marche avec un point d’interrogation rouge marqué au visage. Et notre désir d’intégration nous pousse à faire disparaitre cette marque de ponctuation qui s’acharne à colorer notre visage de gêne. On s’excuse presque d’exister alors qu’au contraire il faudrait affirmer ou plutôt assumer cette différence et cette période de transformation, d’adaptation.

Sept jours déjà ont passé depuis le départ. Si vous avez longtemps cru au dépaysement, vous êtes surpris par la capacité d’adaptation dont vous êtes dotés. L’être humain a ça en lui de merveilleux : la métamorphose. Tel le papillon, il est capable de s’envoler et de porter sur lui les plus belles couleurs de son apprentissage. La transformation peut être longue, mais elle en vaut la peine. Chaque étape est accomplie avec grâce, et dans l’attente réside le secret de la surprise. Ne vous a-t-on jamais dit que la patience avait ses vertus? Eh bien, de la patience il vous en faudra pour devenir ce papillon qui porte la lumière de la nation que vous découvrez. Prenez plaisir à ne pas négocier avec la beauté! Laissez-vous voguer vers elle!

 

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