Il n’est pas rare que l’on retrouve des publicités incomplètes dans les toilettes publiques, comme celles sur l’avortement dans plusieurs bars de Sherbrooke.

Par Nicolas Cornellier

Publicités fonctionnelles?

Encore aujourd’hui, l’avortement est au cœur de plusieurs débats houleux. Couteuse et porteuse de certains risques, cette intervention peut sembler pour certains banalisée par toute l’attention qu’on lui accorde. En effet, de plus en plus de publicités cavalières sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) sont affichées dans les lieux publics, comme dans les toilettes des bars. En sommes-nous rendus à guérir plutôt que prévenir? Où sont les publicités qui incitaient à se protéger lors de pratiques sexuelles?

Bien qu’il existe plusieurs publicités liées à la contraception et aux risques de maladies transmises sexuellement, n’est-il pas paradoxal que l’IVG puisse desservir une stratégie de marketing? Effectivement, une grande majorité des publicités sont préventives ou fonctionnelles, c’est-à-dire dans l’optique de vendre un produit. Dans le cas des pubs d’avortement, rien ne sous-entend que cette pratique courante est à proscrire. Bien au contraire, tout porte à croire qu’il s’agit du service idéal pour les gens qui auront omis le condom.

Ces publicités présentées dans certains bars de Sherbrooke offrent majoritairement un service d’accompagnement avant et après l’intervention. N’est-ce pourtant pas une solution de dernier recours? Le problème réside dans le fait que plusieurs de ces affiches en questions n’offrent pas le numéro de téléphone pour contacter les centres promulguant l’avortement. D’où l’intérêt de se demander si ce type de publicité est fonctionnel. De plus, est-il normal que les publicités sur le sujet aient la même forme que celles sur les groupes de soutien pour adolescents? La question n’est pas d’interdire ce service, mais plutôt d’offrir toutes les informations nécessaires aux gens directement intéressés à cette pratique.

Conseils ou solutions?

Les campagnes publicitaires omniprésentes dans les bars promeuvent majoritairement les marques de bières. Selon Éric Massé, publiciste et chargé de cours à la Faculté des lettres et sciences humaines à l’Université de Sherbrooke : « Les pubs dans les bars sont particulières et ludiques dû à l’âge exigé pour y entrer.» En ce sens, les affiches sont un clin d’œil au laisser-aller du consommateur qui souhaite tout simplement passer une belle soirée. Pour ainsi dire, le client ne veut surtout pas qu’on lui dicte sa conduite.

Donc, si on suit la théorie de M. Massé, le client préfère être exposé à des solutions plutôt que des conseils. Autrement dit, les gens aimeraient mieux entendre : « Si ta soirée se finit mal, il y a toujours l’avortement » plutôt que « Tsss tsss, n’oublie pas de mettre un condom! » Est-ce vraiment ce message que veulent envoyer les bars en présentant autant de publicités sur l’avortement? Ou est-ce seulement un coup de marketing normal pour une entreprise de présenter les publicités qui leur rapportent le plus, soit celles qui proposent des solutions?

Marketing déficient?

Après avoir interrogé une étudiante en communications, une hypothèse intéressante est ressortie : peut-être que si les publicités présentaient davantage les moyens de contraception comme des solutions plutôt que des conseils, elles rejoindraient davantage le public des bars.

Tâchons d’envoyer les bons messages.

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