Par Simon RD

Depuis presque un an, les chiffres et les restrictions liées à la COVID-19 monopolisent la sphère médiatique. C’est comme un grand miroir réfléchissant une lumière aveuglante, qui cache des réalités à prendre en considération et qui auront des effets indéniables sur le long terme. Récemment, des spécialistes en pédiatrie et en orthophonie ont tiré la sonnette d’alarme concernant le port du masque, en milieu de garde, pour les poupons et les enfants. À quels enjeux la société québécoise se trouve-t-elle confrontée ?

Le port du masque obligatoire, au nom de la santé publique, semble de plus en plus gagner au niveau de l’acceptabilité sociale et de l’opinion publique. Or, cette mesure sanitaire fait encore face à des contestations au nom de la liberté par exemple. Et si le port du masque pouvait avoir de lourdes conséquences pour des raisons beaucoup plus alarmantes que celle de devoir porter un masque bleu ou de coton lorsqu’un humain moyen doit se rendre à l’épicerie pour y acheter du pain et du lait ? Et si le port du masque, à certains endroits, pouvait avoir un impact considérable sur l’avenir d’une prochaine génération ? C’est bien ce que certains spécialistes craignent pour cette génération baptisée (pour l’instant) les « bébés Covid ».

Développement de l’enfant

Dans Le Journal de Montréal, on apprend que des spécialistes ont envoyé une lettre au Dr Arruda pour lui signaler leur inquiétude concernant le port du masque de procédure en milieu de garde, au nom d’un réel danger pour le développement des enfants. On dit que le son et la parole sont des éléments cruciaux pour les enfants et poupons lors de leurs passages en garderie et pour le début de leur toute jeune vie. Si nous étions face à un réel enjeu capital ? Une génération québécoise entière avec des troubles d’apprentissages liés à des mesures sanitaires ? Les trois spécialistes, qui ont envoyé cette lettre au gouvernement de François Legault, contestent même littéralement le port du masque en garderie.

Une bonne communication durant le début de notre vie est impérative pour le bon développement de l’enfant. Les enjeux soulevés sont la difficulté des enfants à percevoir les expressions faciales, car tout ce non verbal est capital pour les poupons. Les spécialistes craignent, entre autres, que cette génération développe des problèmes d’empathie et d’apprentissage. Ce n’est pas rien, et comme le dit la pédiatre Marie-Claude Roy, interviewée par Le Journal de Montréal, les enfants apprennent à parler à ces âges-là et c’est avec des gens masqués qu’ils devront le faire. Le constat est assez troublant. Imaginez apprendre à parler par un mouvement de lèvres caché, voire devant un visage effacé.

Problèmes

Selon l’orthophoniste Marie-Ève B-Gaudin, dans un article publié sur le site web de Naître et grandir, trois raisons identifiées concernant le port du masque de procédure en milieu de garde démontrent en quoi son utilisation est un défi pour l’apprentissage d’un enfant en bas âge. On peut notamment penser au fait que le masque rend la voix moins forte. Aussi, le masque cache les lèvres en mouvement quand la personne parle. À ce propos, lire sur les lèvres contribuerait à la compréhension des mots. Enfin, le masque cache les expressions du visage et cela nous ramène au concept du « non verbal » et de sa nécessité.

Force est de constater que le port du masque, dans ce cas-ci, devrait peut-être être réévalué par la CNESST. Mais avons-nous le droit de suggérer que les règles en milieu de travail standard ne devraient pas s’appliquer à 100 % en milieu d’apprentissage comme un CPE par exemple ? Bien entendu, le virus est le même partout, mais nous faisons face, peut-être, à un problème qui mérite sa place dans une analyse sérieuse. De l’autre côté, les experts en santé publique semblent stipuler que le danger de transmission de la COVID est plus dommageable que les effets du masque sur le développement… À suivre.

Sans aucun doute, le débat que ces spécialistes semblent soulever n’est pas empreint d’une racine défaitiste. Au contraire, ils offrent évidemment une solution temporaire, pour une situation temporaire. En fait, les spécialistes recommandent le port du masque transparent, qui est en rupture de stock aux États-Unis, mais qui sera bientôt fabriqué ici, chez nous. Peut-être une avenue pertinente pour des raisons déjà mentionnées plus haut.

Visages effacés

Combien de temps les mesures seront-elles en place ? Encore en date d’aujourd’hui, on en sait trop peu. Il n’y a pas si longtemps de cela, on parlait d’une possible norme sociale. Toutefois, sans être alarmiste, si on prend le choix ensemble de laisser ce phénomène grandir par lui-même comme un monstre et à la lumière de ce qui a été dit, il pourrait y avoir de grandes conséquences pour la prochaine génération.

C’est ici qu’il faut, encore une fois, faire appel à la famille. Celles et ceux qui s’occupent de nos enfants en milieu de garde, tous les jours, font un travail exceptionnel. Cependant, nous devons revenir à l’essentiel. Les visages effacés en milieu de garde, rapidement comme parent, on doit fermer nos cellulaires, s’éloigner de nos écrans et faire abstraction du quotidien, qui parfois nous mène, peut-être, à perdre de vue l’esprit de communication entre nous et nos enfants. On doit peut-être recommencer à dessiner les nôtres, nos visages, pour l’avenir et pour développer la résilience de nos enfants, qui eux aussi traverse la même période de turbulence que nous.

Sourire, discussion, implication et souper en famille. On mange, on se regarde dans les yeux et on se parle. La clé du succès réside certainement dans nos visages et nos interactions, pour un développement propice pour l’enfant, durant cette tempête aveuglante. Pour qu’un jour, ils ne soient pas perdus dans ces visages effacés, ces repères de langage méconnus du non verbal.


Crédit Photo @ Béatrice Palin

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