Edito - mc barrette - 14 janvierEntre hier et aujourd’hui, si beaucoup d’événements ont semblé transformer notre vie, la réalité nous apprend que peu de bonnes choses ont marqué notre société. Traitez-moi de pessimiste, mais nous innovons à coups de bombes, de vols d’avion, de peur et de meurtres réinventés. Alors comment espérer un miracle en 2015?

Par Marie-Claude Barrette

Cher Neil Armstrong

Quatorze jours plus tôt, après avoir trinqué au son du décompte, tous scandaient leurs résolutions pour la nouvelle année : le classique « prendre ma santé en mains » et l’irréaliste « rétablir la paix dans le monde ». Crayon à la main, papier sous les yeux ; je me suis laissée inspirer par une vague de bulles, puis deux, puis trois. Neil Armstrong m’est apparue comme une révélation : « Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité ». Mais quel genre de « pas »?

Nous nous sommes surpris à regarder si nos voisins avaient changé de comportements depuis les derniers mois, s’ils s’étaient ra-di-ca-li-sés ; nous avons lu et relu les chiffres de notre billet d’avion pour s’assurer l’absence d’une logique quelconque indiquant une possible disparition dans l’autre monde ; nous avons évité toutes visites dans un édifice parlementaire ; nous savons que les mots « béluga » et « pipeline » ne devront pas être prononcés sous risque d’indignations et de querelles cinglantes ; nous avons découvert que la mode est au nom de famille en -eau (Péladeau, Trudeau, Charbonneau) ; et nous apprenons qu’encore aujourd’hui, nous devons censurer nos opinions… J’entends le célèbre astonautre, là-haut, crier sa phrase célèbre en gage d’illumination. Ô Neil! Pardonne-nous!

Un retour aux sources

Si nous voulions entamer 2015 du bon pied, Charlie Hebdo nous fera battre de l’aile. Neil a disparu dans nos têtes ; un slogan populaire nous vient à l’esprit « so so so, solidarité »! Les rassemblements se sont multipliés à travers la France et ont traversé l’océan à la vitesse de l’éclair : une vague d’émotion et de réactions vives a déferlée à l’échelle mondiale. Le monde entier venait de se voir priver de souffle pendant de longues secondes. Alors que plusieurs horreurs hantent les nouvelles, jours après jours, plusieurs se demandent la raison de ce soulèvement collectif. En effet, une liberté fondamentale et commune venait d’être atteinte ; un droit au-delà de la politique, des mœurs et de la religion.

Nous venions de reculer d’un « pas » à peine quelques jours après le début de l’année… le chiffre 7 venait de perdre sa valeur « magique » à jamais. Ô Neil! Pardonne-nous!

Innover?

Le principe populaire qui associe évolution et innovation est fautif. L’évolution commence d’abord et avant tout par la compréhension, l’apprentissage et la recherche de solutions. Et s’il y a une chose dont nous pouvons être certains c’est que nous n’avons encore rien appris du passé; et nous créons de nouvelles problématiques sans résoudre les anciens questionnements. Et si, pour cette nouvelle année, nous changions le passé? Et si justement nous troquions l’innovation pour la novation? Notre devise sera de transformer et d’améliorer plutôt que de nous laisser berner par la nouveauté. Nous marcherons ainsi dans la bonne direction. Ô Neil! Guide-nous!

Se poser la bonne question

Souvenons-nous toutefois que nous ne devons pas tomber dans la généralisation abusive quant aux « extrémistes ». Les tueries, meurtres sordides, assassinats et autres crimes sanguinaires sont un problème dont le blâme doit être porté sur la société dans son ensemble et non sur une religion ou une politique. N’oublions pas les noms Brevik, Kimveer Gill, Magnotta, Justin Bourque, Marc Lépine, Cho Seung-hui, Adam Lanza (et j’éviterai de nommer de nombreux dirigeants de pays) : tous étaient des personnes aux idées radicales ayant commis des atrocités ; tous n’étaient pas des musulmans.

Souvenons-nous que la liberté d’expression a été atteinte de nombreuses fois notamment en ce qui à trait aux droits des femmes, des homosexuels et des enfants. L’année 2015 devrait servir de nouveau point de départ pour non pas venger ceux qui atteignent les « grands » droits, mais pour s’assurer que tous et toutes y aient accès, sans distinction de religion, de couleur de peau ou de sexe.

Souvenons-nous que la nouvelle année est d’abord un moment pour se remémorer et se commémorer, et ainsi modifier certains comportements. Commençons par un petit « pas »… et peut-être réussirons-nous à changer l’humanité…

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