Par Josiane Demers 

Du 23avril au 15mai dernier, 28étudiants finissants au certificat en arts visuels de l’Université de Sherbrooke exposaient leurs œuvres à la Galerie dart Antoine-Sirois, située à même le campus. C’est dans le cadre du cours intitulé Projet de création2, chapeauté par la chargée de cours Josianne Bolduc, que les artistes ont pu révéler leur travail de longue haleine au grand public.   

Sur des sujets d’enjeux actuels, les étudiants ont pu utiliser le médium de leur choix afin de laisser libre cours à leur créativité. Que ce soit par la sculpture, la photographie, la peinture, le dessin, l’animation numérique, l’installation, la vidéo d’art ou encore par la performance, ils ont tous réussi à susciter une réaction chez le spectateur, qu’elle soit positive ou négative. Dans chacune des œuvres, il y a certainement matière à réflexion.   

Démystifier l’art contemporain 

Le certificat dans lequel les artistes ont évolué tend surtout vers l’art contemporain. Cela peut parfois intimider le public qui s’en fait fréquemment une idée préconçue. On accuse, à tort, l’art contemporain d’être élitiste ou inaccessible. À travers sa passion, son engouement et sa fine habileté à communiquer, Josianne Bolduc anéantit efficacement cette vision erronée adoptée par plusieurs 

L’art contemporain s’inscrit dans une volonté d’inclusivité et l’objectif est d’amener le langage de l’art à contribuer à la société d’aujourd’hui. Plusieurs pratiques citoyennes font réfléchir sur de grands enjeux comme le colonialisme, l’appropriation culturelle ou le féminisme. Les artistes contemporains sont engagés et veulent nous faire comprendre des choses à travers leur médium de prédilection.  

L’art n’a jamais voulu autant faire partie du quotidien et amène un éclairage sur la beauté de tout ça. En art contemporain, le processus est valorisé et fait partie de l’œuvre, on y accorde une valeur artistique. — Josianne Bolduc 

Elle transpose cette vision dans son travail à travers une relation d’accompagnement avec les étudiants et s’investit d’une mission bien précise. Elle souhaite « amener les étudiants à découvrir que dans l’art contemporain, au lieu d’être juste dans la contemplation des œuvres, on doit réfléchir sur la société et sur comment on peut parler d’enjeux importants, mais de façon non littérale ».  

Lorsque l’on comprend que l’art contemporain sert à nous faire méditer sur certains thèmes, on saisit qu’il n’est pas seulement question d’aimer ou de ne pas aimer l’œuvre, mais bien d’analyser et d’apprécier la réaction qu’elle provoque en nous. Il s’agit simplement de l’aborder différemment.  

Processus de création 

Madame Bolduc aide les étudiants à trouver leur couleur, elle les observe pour comprendre jusqu’où elle peut aller avec eux. Celle qui a été directrice de la Maison des arts et de la culture de Bromptonville pendant plusieurs années explique certains mécanismes qu’elle utilise afin de respecter le style artistique de chaque étudiant tout en les encadrant adéquatement. Elle présente plusieurs artistes en classe qui utilisent différents médiums. Elle encourage ses étudiants à faire des recherches sur les créateurs qui embrassent un style similaire au leur et les amène à s’interroger sur comment ils peuvent s’en différencier ou s’en affranchir.  

On part d’une idée, d’une volonté ou d’une intention qui n’est pas nécessairement définie, ça dépend beaucoup de l’étudiant. Il doit être à l’écoute de se qui advient et être capable d’adapter le travail à la situation. Il se doit d’être ouvert aux découvertes, aux essais et même aux erreurs. Je dis souvent aux étudiants de faire des allers-retours entre leur atelier intérieur, soit leur tête et leur atelier extérieur, qui est leur création. L’accent est mis sur le processus qui devient aussi important que l’œuvre achevée. – Josianne Bolduc  

Crédit photo : Josiane Demers

Demain en main 

Avant l’exposition, les étudiants au certificat on choisit le titre Demain en main, de manière démocratique. Le choix a émané d’une discussion tournant autour de l’environnement, autant par rapport à l’écologie que sur celui qui nous entoure et sur l’importance de l’humain avec de grands thèmes identitaires. Aussi, les artistes ont soulevé la thématique de la bienveillance. En temps de pandémie, l’art n’a jamais été aussi salutaire pour eux alors que plusieurs ont vécu des déceptions, d’où l’importance de rester bienveillant les uns envers les autres et de se tendre la main.  

Occasion en or 

Pour les étudiants du certificat, l’exposition représente une occasion en or. Non seulement ils peuvent appliquer leur connaissance acquise concrètement en créant un projet d’envergure, mais ils ont la chance d’exposer dans un milieu culturel professionnel. Ils vivent alors une expérience complète de ce que leur carrière pourrait être.  

De plus, le Centre universitaire de formation en environnement et en développement durable a offert une bourse à un artiste étudiant et la Maison des arts et de la culture de Brompton offre la possibilité dune première expérience dexposition à trois œuvres.  

Art et technologie 

L’art n’échappe pas aux transformations qu’amène la technologie. Plutôt que d’être réfractaire au changement, l’art contemporain s’adapte et évolue dans cette veine. C’est pourquoi Josianne Bolduc développe actuellement un nouveau Microprogramme qui sera disponible sous peu à l’Université de Sherbrooke et qui s’intitulera « Art et technologie ».  

La chargée de cours a voulu approfondir les liens entre l’art et la technologie. Dans son cours de projet de création1, les étudiants ont accès au studio en génie mécanique. Soulignant l’incroyable chance d’avoir accès à ces ressources à même le campus, elle parle de certains cours qui seront offerts, soit art et mécanique, art et interactivité ou encore un cours de videomaping qui s’apparente, à petite échelle, à ce que réalise l’entreprise Moment Factory.  

D’après la description que fait Josianne Bolduc de l’art contemporain, il est évident que c’est beaucoup plus accessible qu’on le croit. Néanmoins, les médias diffusent souvent les œuvres les plus provocatrices alors que l’éventail créatif est beaucoup plus large. Il est primordial que les chaines de radio et de télé s’impliquent dans la démocratisation de cette forme d’art. De plus, tous les paliers de gouvernement doivent s’interroger sur l’importance de la réflexion artistique et la contribution que cette dernière apporte à la société moderne. L’art contemporain mérite définitivement plus de subventions et de visibilité.  

Pour découvrir les artistes et les œuvres, visitez l’exposition virtuelle toujours disponible.


Crédit photo @ Josiane Demers

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