Par Léonie Boudreault, libraire-propriétaire à la Librairie Les Deux Sœurs 

Il y a de ces sujets qui sont lourds et difficiles et il y a de ces auteurs qui savent en parler avec douceur. C’est exactement le cas de Maude Nepveu-Villeneuve dans son roman Après Céleste paru aux éditions de Ta Mère à l’automne 2021.  

Ici, l’autrice nous signe un roman aux allures de conte qui aborde un sujet qui est loin d’être facile : le deuil périnatal. C’est le personnage de Dolores que l’on suit tout au long de ce récit qui prend place dans le petit village où celle-ci a grandi.  

Presque rien n’y a changé, sauf peut-être le fait que c’est une autre petite fille qui vit dans la maison de son ancienne voisine d’en face qui était aussi sa meilleure amie. Son autre voisine, une attendrissante vieille dame qui l’a vue grandir, complète cette trilogie de femmes fortes et complémentaires.  

Un récit finement tricoté 

Alors que l’autrice mentionnait dans une entrevue accordée au magazine Les Libraires qu’elle est une fervente tricoteuse, tout a pris sens : son récit semble suivre un patron inconnu que l’on découvre petit à petit au fil du déroulage de la pelote. On apprend à connaitre les personnages au fur et à mesure de l’intrigue et l’évolution de Dolores se fait tout en douceur.  

Lorsqu’elle se réfugie dans la maison de ses parents, c’est une femme brisée par le deuil et la souffrance que l’on rencontre. Mais, au contact de ses voisines, le personnage retrouve tranquillement un certain bien-être.  

Des personnages féminins magnifiques 

Dans ces amitiés atypiques et trigénérationnelles, les femmes s’épaulent et s’aident à passer à travers les épreuves. La vieille dame, forte de sagesse et d’expérience, épaule Dolores à travers ses écueils par des parties de cribles et l’écoute de vieilles séries policières alors que la petite Olivia, huit ans, est un personnage magnifiquement à propos.  

Ayant perdu sa mère des suites d’une maladie, elle aide Dolores à revoir la simplicité et l’authenticité dans les petits moments de la vie en la sortant de sa zone de confort et en la forçant à confronter certaines de ses peurs.  

Une douceur magique 

Ce que j’ai particulièrement apprécié de ce roman est non seulement la douceur du récit, mais l’authenticité du ressenti. L’autrice ayant elle-même fait une fausse-couche cinq ans avant l’écriture de ce roman, on sent toute l’empathie qu’elle éprouve pour son personnage. Dolores passe à travers une gamme d’émotions, mais ce n’est jamais forcé : le tout va de soi, comme si l’autrice se (et nous) donnait le droit de vivre des émotions difficiles au rythme qui est le nôtre.  

L’histoire n’est jamais précipitée et on sent que le tout est finement tricoté, apportant des détails au compte-gouttes de façon à nous éclairer sur la suite du récit, mais seulement au bon moment. Le dénouement est absolument brillant et surprenant tout en étant parfaitement mesuré. 

Bref, c’est un sans-faute pour Maude Nepveu-Villeneuve qui signe une histoire de guérison, de sororité et de deuils de façon admirable dans la douceur rythmée des aiguilles à tricot. 


Crédit image @ Les éditions de Ta Mère

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