Par Josiane Demers 

215. 751. Deux nombres qui glacent le sang. Ces chiffres ne sont pas seulement des statistiques. Il s’agit du nombre d’enfants autochtones qui ont été retrouvés dans des tombes anonymes lors de fouilles autour d’anciens pensionnats autochtones à Kamloops en Colombie-Britannique et à Marieval en Saskatchewan. Le pire, c’est que ces histoires risquent de devenir des nouvelles fréquentes alors que des fouilles sont réclamées à travers le pays.  

Le gouvernement fédéral ainsi que les gouvernements provinciaux semblent sensibles à la volonté des peuples autochtones d’effectuer ces fouilles et se sont, pour la plupart, engagés à faciliter le processus.  

Des enquêtes fédérales révélatrices 

En 2015, le rapport de la Commission de la vérité et de la réconciliation commandé par le gouvernement Trudeau évoquait un « génocide culturel ». Dans le rapport, on soutient qu’environ 150000 enfants ont été enlevés à leur famille et conduit dans des pensionnats à partir du XIXe siècle jusqu’en 1996 et 3200 y seraient décédés. Il est évident aujourd’hui que ce nombre est exponentiellement plus élevé qu’anticipé à l’origine considérant les découvertes récentes.   

4 ans plus tard, en 2019, l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) en venait à la conclusion qu’un « génocide », au sens propre du mot, avait bel et bien eu lieu au Canada. Le gouvernement Trudeau a accepté les conclusions du rapport, ce qui pourrait éventuellement avoir des conséquences légales notamment via la Cour internationale de justice (CIJ). 

Dans des propos rapportés par La Presse le 24 juin dernier, Bobby Cameron, Grand Chef de la Fédération des Nations autochtones souveraines de la Saskatchewan (FSIN) a soutenu que cette découverte des corps d’enfants venait une fois de plus démontrer qu’un génocide envers les peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis s’était réellement produit au pays.   

Des attitudes différentes 

Malgré des promesses non tenues et des actions insuffisantes, le Canada a effectué certaines actions concrètes pour contribuer aux balbutiements d’une possible réconciliation avec les peuples autochtones. Par exemple, par le biais du projet de loi C-5, le fédéral a déclaré que le 30 septembre serait désormais un jour férié et s’intitulerait : La journée nationale de la vérité et de la réconciliation. De plus, comme rapporté par Radio-Canada le 22 juin dernier, la reconnaissance des droits ancestraux des autochtones fait maintenant partie du nouveau serment de la citoyenneté canadienne.  

Alors que 10 provinces et territoires ont adopté le principe de Joyce qui « vise à garantir à tous les Autochtones un droit d’accès équitable aux soins de santé et aux services sociaux », le Québec reste réfractaire. Rappelons que Joyce Echaquan avait eu la vivacité d’esprit de filmer son traitement inacceptable par le personnel médical juste avant son décès à l’hôpital de Lanaudière. Le gouvernement Trudeau a accordé un budget de 2 millions de dollars pour l’application de ce principe alors que la belle province, l’endroit où l’événement a eu lieu, refuse de prendre des engagements à ce niveau.  

La CAQ s’oppose également à l’acceptation de la problématique de racisme systémique envers diverses communautés. Par ailleurs, le gouvernement Legault a catégoriquement rejeté l’idée de déclarer le 21 juin, la journée nationale des peuples autochtones, comme un jour férié.

L’hypocrisie québécoise 

Depuis des dizaines d’années, le peuple québécois se bat pour la reconnaissance d’une « nation distincte ». Ici, on dénonce le traitement qui a été réservé aux Canadiens français par les Anglais. Certes, cela se devait d’être dénoncé, car des abus, il y en a eu. Cependant, il semble que certains oublient rapidement que le Québec, à l’aide de l’Église catholique, a réservé des traitements beaucoup plus dommageables aux peuples autochtones. Ici, nous semblons souvent nous rappeler des épisodes qui mettent en lumière les combats des Québécois pour la langue et la culture (combats justifiés), mais nous négligeons les luttes de ceux qui étaient là bien avant nous.  

Mais pourquoi commençons-nous juste à nous intéresser à la réalité autochtone? Pourtant, en tant que peuple ayant subi des abus de la part d’un autre peuple, les Québécois devraient être les premiers à être sensibilisés à cette problématique.  

Peut-être que c’est trop douloureux. Peut-être que reconnaître que nos ancêtres, pas si lointains, ont arraché des enfants à leur famille et que plusieurs de ces enfants ont ensuite péri ou ont été dérobés de leur langue et de leur culture est trop difficile.  

C’est laid et c’est lourd comme vérité. Cependant, la seule façon d’entamer une vraie réconciliation, c’est d’accepter nos torts pour enfin aller de l’avant.  

La culture au service de l’éducation 

Malgré tout cela, on remarque une volonté de célébrer et de faire connaitre la culture autochtone au peuple québécois dans les médias. Effectivement, le 21 juin dernier était la journée nationale des peuples autochtones. Dans un spectacle diffusé sur Radio-Canada et Télé-Québec, les 11 nations autochtones du Québec ont pu démontrer leurs talents en direct.  

« Le but premier [du spectacle], c’est de faire connaitre [notre culture], d’éduquer, un peu malgré nous, puisqu’on a surtout envie de présenter qui on est, notre art, notre musique et nos histoires », a confié l’artiste Élisapie Isaac à Radio-Canada tout en expliquant que l’objectif était de faire cette éducation de manière attrayante grâce à la musique. 

Aussi, depuis 2017, la ville de Québec présente L’événement KWE! À la rencontre des peuples autochtones. Après une pause involontaire en 2020 à cause de la pandémie, le festival présente une édition hybride du 19 juin au 4 juillet 2021 et offre la chance aux participants de se familiariser avec les cultures autochtones.  

L’Université, dans tout ça? 

Depuis plusieurs années, l’Université de Sherbrooke (UdeS) se penche sur cette réalité. Plusieurs initiatives, cours et conférences sont maintenant offerts afin d’inclure les perspectives autochtones dans l’éducation supérieure.  

Finalement, dans ses communications officielles, l’UdeS inclut la reconnaissance du territoire ancestral non cédé de la nation W8banaki, sur lequel le campus se trouve, soit le K’wlipaï8ba W8banakiak wdakiw8k (phonétique : kolépaïonba wonbanakiak odakéwonk). Le Collectif a donc décidé d’emboiter le pas et s’engage à ajouter l’inscription dans toutes ses éditions.


Source photo : Facebook Tourisme Autochtone Québec

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