Par Hélène Bughin 

Le 17 novembre dernier a eu lieu le webinaire La diffusion des arts autochtones et le rôle des centres culturels qui a couvert le sujet complexe du rayonnement de l’art des Premières Nations au Québec. Organisée par l’Observatoire des médiations culturelles, la rencontre a permis de faire le point sur la situation. Les intervenantes ont pu dégager les nouveaux enjeux engendrés par l’engouement grandissant pour la culture autochtone.  

Le public réuni sur Zoom a pu entendre les présentations de Karine Awashish, co-fondatrice de l’Espace culturel Onikam; Lori Beavis, directrice générale du Centre d’art daphne, et Isabelle Genest, directrice générale du Musée amérindien de Mashteuiatsh. Les trois personnes ont présenté la mission des différents organismes répartis dans la province, mais surtout des pistes de réponses aux questions de diffusion, de liens, de revendications.  

Conjuguer dialogue et expression artistique  

La séance a débuté avec l’intervention de Karine Awashish. Venue représenter la Coopérative Nitaskinan, un des projets de l’Espace Onikam à Shawinigan, la femme d’origine atikamekw a fait le point sur le besoin de lieux pour faire rayonner la culture des communautés autochtones. Elle qui étudie au doctorat en sociologie, et plus particulièrement sur les modes d’expression culturelle et les pratiques d’autodétermination, cite ce plus récent projet comme une étape cruciale dans l’échange entre les Premières Nations, le peuple inuit et le public.  

C’est que les plus récents mouvements sociaux de la dernière décennie ont mis en lumière l’importance du dialogue entre et avec les autochtones. Les endroits comme les centres culturels permettent le développement de ces conversations et des outils qui conjuguent tradition, revendication et résistance, souligne Awashish. Combinés à un mandat de diffusion, ces espaces s’affirment comme essentiels au rayonnement de l’art autochtone et de ses nouvelles pratiques.   

Une multitude d’espaces à occuper 

Concernant les espaces dans leur sens large, Awashish mentionne au passage le numérique comme un « territoire à investir », la pandémie et ses contraintes obligeant l’organisme à repenser son accessibilité. Pour la cofondatrice de la coopérative de solidarité autochtone, il y a un impératif à investir tous les terrains de jeux possibles et d’affirmer sa présence partout. 

« La culture, c’est la colonne vertébrale des Premières Nations », affirme-t-elle pour appuyer l’aspect essentiel de l’art dans la vie de ces communautés. « C’est une manière de voir le monde, de le concevoir ». Impossible donc de passer à côté de la médiation culturelle comme une étape nécessaire pour l’autodétermination des autochtones. Comme le conclut Awashish, ce genre d’espaces de création amène une fierté, une force et une possibilité de vivre son identité de manière autonome, de prendre sa place et d’honorer la faculté de créer.  

Des spécialisations pleines de sens 

Le centre d’art daphne, à Montréal, opère dans le même but de promouvoir des artistes autochtones de tous horizons. Entre ateliers, expositions et résidences, le centre d’artistes autogéré s’assure de favoriser des connexions, les notions de rassemblement, de participation et de contribution étant au centre des préoccupations. C’est par cette tangente que Lori Beavis, directrice générale de l’établissement, aborde les enjeux de la diffusion de l’art.  

Pour l’éducatrice en arts et historienne, les intersections entre les approches priment : pour ce faire, les programmations que met en place le centre daphne se veulent des réflexions sur la manière dont les méthodologies se croisent. Le centre se pose ainsi comme lieu où les alliances sont possibles et même souhaitées. Pour le public, cela se traduit en une lecture des liens entre les artistes, une illustration de ce qui les unit.  

Puiser dans l’archéologie  

Animé par la mission de transmettre la culture Pekuakamiulnatsh (Innuatsh du Lac Saint-Jean) depuis 1977, le Musée amérindien de Mashteuiatsh propose pour sa part des expositions qui sortent littéralement des sentiers battus. L’exposition permanente Nuhtshimitsh, Dans la fôret, par exemple, est un parcours extérieur de quelques centaines de mètres. Il relate les liens entre la forêt boréale entourant le centre et la communauté qui la fréquente. Isabelle Genest, directrice générale, mentionne dans sa communication cette exposition pour illustrer la manière dont le musée combine recherche et offre artistique.  

Il s’agit de marier inventaire archéologique, projet de recherche et diffusion, précise Genest. Pour l’institution, cette responsabilité de faire avancer les connaissances engendre une volonté forte de trouver de meilleurs moyens de diffusion. Toujours dans l’optique de transmettre les savoirs acquis au plus de personnes possible, Genest cite différentes expositions, passées et futures. « C’est une vision à long terme du rayonnement de l’art qui pousse l’équipe à réfléchir sur des moyens de communication efficaces », conclut-elle.  

L’identité comme médiation culturelle 

Pour Karine Awashish, dès qu’elle ne s’adresse plus à sa communauté, elle entre en position de médiation culturelle. « Quand un ou une artiste s’adresse à une personne allochtone, c’est un peu nécessaire, elle devient un moyen de transmission. Les centres culturels sont là pour s’assurer que cette mission s’ancre dans une communauté et grandisse ». Toutefois, une crainte se forme dans le milieu : comment répondre à la demande? Quoique les institutions convoquées lors de la rencontre soient efficaces, elles demeurent peu nombreuses au Québec.  

« L’engouement est un beau problème », renchérit Isabelle Genest. Si plusieurs événements tragiques dans l’actualité ont fait bouger les choses, les retombées positives ne sont pas invisibles. « Il y a un réel désir de nous connaître », confirme Awashish. Ces lieux d’inclusion comme les centres culturels sont un pilier à des années d’ignorance, et le plus important réside dans l’éducation, concluent d’un commun accord les différentes intervenantes. De donner des outils aux générations à venir, en fournissant une base pour dire la réalité des autochtones dans sa pluralité. 


Crédit photo @ Centre d’art daphne

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