Par Véronik Lamoureux 

La Saint-Valentin vient de passer pour rappeler à tous l’importance de l’amour dans nos vies, et ce, même en temps de pandémie. Cependant, il semble que chaque année, cette célébration se limite à l’amour «romantique», ou du moins à l’amour de l’autre (qui que ce soit), sans jamais encenser l’amour le plus important et qui, ironiquement, manque le plus à nos sociétés modernes : l’amour de soi.  

Récemment, j’ai lu sur Instagram cette réflexion de la chanteuse Pink que j’ai beaucoup aimée: «Le couple, c’est d’aimer une autre personne vulnérable, tout en tentant de s’aimer soi-même en même temps.» Quelque peu acrobatique comme projet, quoique je ne sois pas très inquiète pour la talentueuse chanteuseL’amour de soi! Quel concept peu «glamour» dans une société où le succès sous-entendu consiste à trouver le plus rapidement possible sa «douce moitié».  

Toutefois, sans un amour de soi décent (car il n’est jamais parfait), il s’avère difficile d’aimer qui que ce soit. Vivre une relation alors qu’on ne s’aime pas particulièrement revient à tenter de construire une fondation sans béton. Au fil de la dernière décennie, j’ai côtoyé intimement une nuée de personnes qui avaient toutes en commun (ou presque) une même caractéristique : elles ne s’aimaient pas.  

Elles se trouvaient parfois grosses, souvent sottes, à l’occasion incapables, toujours incompétentesévidemment peu aimablesSouvent, elles ne savaient même pas ce qu’elles souhaitaient pour leur propre avenir, entortillées dans la ligne implicitement (encore) tracée pour tous : le couple, la carrière payante, la maison, les enfants, le chien, peut-être un mariage? Le couple devenait alors une course à objectifs, plus qu’une expérience de partage, de légèreté et d’intercompréhension.  

Inutile de préciser qu’une dissonance majeure apparaît rapidement lorsque les objectifs ne sont finalement pas ce que nous avions imaginé, que notre vie de couple ne ressemble en rien au film The Notebooket que l’on cherche dans l’autre, tels des héroïnomanes en sevrage, le reflet tant convoité : celui de l’amour 

On cherche désespérément à s’aimer dans l’œil de l’autre et on lui en veut amèrement lorsqu’il n’arrive pas à nous débarrasser de cette sourde souffrance que représente la blessure narcissique. C’est la brisure : on va chercher ailleurs une personne qui pourra enfin nous permettre de nous aimer. Cette personne existe-t-elle vraiment? L’avenir le dira.  

L’amour «romantique»: la plus enivrante des projections 

Attention, je ne condamne pas l’amour romantique (bien que le paragraphe précédent suffirait à déprimer la plus enjouée des midinettes)! Seulement, je crois que l’importance qu’on y accorde dans notre société est beaucoup trop grande. Chaque année à la Saint-Valentin, des femmes et des hommes désemparés vident des pots de crème glacée entiers, accablés par l’échec que représente leur célibat. Pis encore, certains, criblés par la honte, parcourent frénétiquement les Amazon de l’amour (TinderGrindr et autres) à la recherche d’une personne qui pourrait les sauver de leur état peu enviable.  

L’amour romantique est en tout cas la plus belle des projections, en raison de son intensité plus élevée que celle qu’offre l’amitié ou la famille : le regard admiratif de l’autre nous ramène à la vie, en quelque sorte, comme le ferait une drogue dure (d’où le phénomène répandu de la dépendance affective) 

Cependant, il ne faudrait surtout pas croire que l’humain n’pas besoin d’interactions, du regard de l’autre, de sa validation. Que la finalité ultime, c’est de n’avoir besoin de personne. C’est un fait accueilli par les psychologues, les sociologues et les anthropologues : nous ne pouvons vivre sans recevoir périodiquement des projections de soi par l’entremise de l’autre.  

L’unique problème avec ces reflets exquis, c’est qu’ils passent trop souvent entre les trous de la passoire d’une estime de soi déficiente. Ces reflets nous remplissent temporairement, après quoi le vide revient cogner à nos portes. Non seulement l’amour est la plus belle des projections, mais c’est aussi le plus beau des projecteurs : sous celui-ci, l’impression d’être une vedette, d’être digne d’intérêt. Même si cela est à priori bien beau, je vous laisse imaginer ce qui advient quand le projecteur s’éteint.   

Une solution s’il vous plaît, madame? 

La réflexion qui précède est tirée de mes (trop) nombreuses conversations avec un psychologue, de mes propres expériences de l’amour, de mes propres vices et de ma propre «feu» dépendance affective (avouons-le, quand même)!  

L’idée de cette réflexion n’est pas de mouiller sur la parade de quiconque ou de mettre le feu à la Saint-Valentin en riant diaboliquement d’autant plus que je suis moi-même présentement abonnée à l’amour romantique avec une personne fantastique. Cependant, mes longs mois de célibat en pleine pandémie m’ont permis de remettre en perspective la raison pour laquelle je souhaite m’investir dans une relation, de comprendre la vraie place que doit tenir l’amour dans ma vie. 

Je pense que trop peu de gens s’offrent de telles périodes pour analyser leurs expériences infructueuses, comprendre ce qui n’a pas fonctionné, admettre leurs fautes, mais aussi se pardonner à bien des égards.  

«Pardonnez-la, elle ne sait pas ce qu’elle fait.»  

Également, je souhaitais lever le voile sur la honte latente, mais envahissante, qui accompagne trop souvent le fait de choisir de voguer individuellement dans cette vie, entourée d’autres formes d’amour. Je pense qu’il est temps que la société admette qu’il y a véritablement plus d’un chemin «valide» et que l’ensemble de ces chemins différents contient tout autant d’amour que celui que l’on nous trace en grandissant.  

La société évolue présentement vers davantage d’acceptation et je souhaite sincèrement que ce mouvement irradie jusqu’aux célibataires le jour de la Saint-Valentin et pourquoi pas, tous les autres jours de l’année 

Vous n’êtes pas une demie, vous êtes bien entiers, bien là. On entend souvent dire «aimons-nous les uns les autres», mais plus encore «aimons-nous nous-mêmes» pour mieux aimer les autres par la suite. C’est, je le crois, une partie de ce que la pandémie actuelle tente de nous apprendre.


Crédit photo @ Simon RD 
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