Par Camille Sévigny

Le 12 novembre dernier, le jury du Prix de poésie Radio-Canada 2020 a tranché : Anna Quinn, 21 ans, originaire de Québec et étudiante en arts visuels et médiatiques à l’UQAM deviendrait la grande gagnante du concours pour son œuvre Mauve est un verbe pour ma gorge.

Parmi les cinq finalistes du concours, dont Mégane Desrosiers avec Exercices de déterritorialisation ; Symon Henry avec Stucs naturels ; Marianne Martin avec Il n’y a rien après ; et Azucena Pelland avec Feu mer, le poème d’Anna Quinn se démarque par sa puissance. Le jury, composé de la comédienne et écrivaine Sylvie Drapeau, du poète et éditeur Rodney Saint-Éloi et du poète Baron Marc-André Lévesque, l’a d’ailleurs qualifié d’être « d’une violence crue ; […] au bout d’une expérience poétique où tout porte vers le dépassement. Les images […] tendues, brûlantes, paradoxales, mais […] humaines, sincères ». Il faut dire que le poème aborde les thèmes de la vie, la mort, la violence et la renaissance de l’âme et du corps.

En plus de mériter le titre de lauréate du prix de poésie Radio-Canada de cette année, l’autrice se voit recevoir une bourse de 6000 $ de la part du Conseil des arts du Canada afin de financer ses futurs écrits, en plus d’une résidence d’écriture de deux semaines au Centre des arts et de la créativité de Banff, en Alberta. De plus, son œuvre est publiée et accessible sur le site de Radio-Canada. Les autres finalistes, quant à eux, remportent une bourse de 1000 $ chacun, en plus d’aussi voir leurs œuvres publiées sur le site web de Radio-Canada.

Anna Quinn décrit sa poésie comme un exutoire nécessaire contre la violence conjugale de laquelle elle a été victime. Elle affirme que la poésie l’a aidée à guérir et à se reconstruire, tout en déconstruisant les tabous associés aux violences vécues au sein du couple. Elle y peint en effet une fresque de fuite, où la victime tente de déchiffrer le code lui permettant de quitter la prison qu’est devenue sa relation. Le vers final est particulièrement poignant : « il faudrait collecter les/résidus de lumière/s’accumulant dans tes paroles ce sont/des bourgeons redoutables//des couteaux capables de percer/la couche d’ozone. ». En effet, la violence, à la fois laide et empreinte de beauté, transparait autant par les poings que par les paroles. Les mots, telles de fausses vérités cruelles, érodent l’âme même de la victime, et les marques mauves sur son corps ne sont que les traces laissées par ces petits bouts d’âme désagrégés.

En somme, l’œuvre de Quinn, et son triomphe au concours de poésie Radio-Canada, est inspirante pour sa vérité et sa normalité. Elle prouve que, oui, il est possible de puiser en nous la force de traverser les épreuves, que celles-ci ne devraient pas être taboues, mais bien exposées au grand jour, car les victimes sont aussi des personnes à part entière, prises dans un labyrinthe qui semble sans issue. Il est certainement important de changer la perception que la société se fait de ces enjeux sociaux, car les choses risquent de rester les mêmes.

Cette découverte littéraire est définitivement appréciée et mémorable, reste à espérer que ses œuvres futures seront tout aussi touchantes, mais d’origine moins douloureuse.

Source : Radio-Canada


Crédit Photo @ Hamza Abouelouafaa

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