Par Simon RD 

L’œuvre d’Edith Blais Le sablier – Otage au Sahara pendant 450jours a pris place dans les librairies québécoises le 17février dernier. Prise en otage pendant près de 15mois aux mains des djihadistes, c’est par sa plume que l’autrice raconte sa mésaventure des plus cauchemardesques. Le Collectif a eu la chance de s’entretenir avec la Sherbrookoise, qui a réussi à garder espoir grâce à l’écriture.  

En 2018, Édith Blais s’est rendue en Afrique avec son copain Lucas. Europ-Afrique, ce road trip était un vieux rêve. Un peu plus tard durant le voyage, des connaissances de MmeBlais lui ont proposé de se rendre au Burkina Faso afin d’obtenir cinq visas de cinq pays différents d’un seul coup pour que le prix par pays revienne moins cher.  

Le plan n’ayant pas fonctionnéle couple, qui devait quitter cette région afin de se rendre au Togo, est finalement parti vers le Bénin. «On a vraiment fait ça sur un coup de tête, on m’avait longtemps parlé du Bénin et je voulais vraiment aller là-bas avant de repartir», indique Édith Blais.  

Durant le trajet vers le Bénin, Édith Blais et son copain Lucas se rendaient compte que la route devenait de plus en plus suspecte et endommagée. «Il commençait vraiment à faire noir et la route n’était vraiment pas belle… on commençait à se dire qu’on n’était peut-être pas à un bon endroit. Si nous avions vérifié les messages de la douane avant, nous aurions su que c’était un endroit très dangereux», explique la Sherbrookoise. 

«Quand on a vu les hommes armés, l’endroit rapetissait et la route était tellement endommagée qu’on ne pouvait pas aller plus vite que 20km/hAu début, on croyait qu’ils voulaient nous voler, mais on s’est rendu compte par après qu’on allait être enlevés.»  – Edith Blais 

La plume et la grève de la faim  

Après quelque temps en détention, le groupe armé, qui gardait le couple en captivité, a décidé de séparer les hommes des femmes. Lucas et Edith Blais ont donc été tous deux séparés, puis MmeBlais a été envoyée avec un groupe de femmes, sans trop savoir où elle était, et surtout, sans savoir où Lucas se trouvait.  

«Ils nous ont séparés parce qu’ils ne voulaient pas que les hommes soient avec les femmes, maid’après moi, surtout parce qu’ils commençaient à trouver qu’on faisait beaucoup de vent dans le groupe», partage l’autrice.  

Durant plusieurs journées dans le néant, c’est en quelque sorte un stylo qu’une autre femme lui avait donné qui lui a permis de garder le cap, du moins le plus possible. C’est d’ailleurs à l’aide de ce stylo qu’Edith Blais a réalisé les écrits poétiques qui se retrouvent dans son livre.  

Crédit : Krystel V. Morin

Le manque d’information sur Lucas et l’incertitude quant à la durée de son passage aux mains des djihadistes ont toutefois poussé MmeBlais à faire une grève de la faim. «Et puis ça, ils n’aiment vraiment pas ça», indiqucelle qui avait décidé d’opter pour cette tactique entre autres parce qu’elle ne savait pas où se trouvait son copain et s’il allait bien, puisqu’elle n’avait aucune nouvelle de lui.

Des jours plus tardles hommes armés ont décidé de faire une vidéo de Lucas pour prouver à MmeBlais qu’il était bel et bien en vie. Par un message caché, Lucas affirmait à sa copine qu’il s’était converti à l’Islam. Cette dernière, connaissant très bien son copain, a deviné que quelque chose clochait et que Lucas tentait de lui envoyer un message.  

Elle s’est donc elle aussi convertie à l’Islam et, en se mariant avec Lucas dans les règles de l’Islam, le groupe armé les a réunis. 

La fuite 

Pendant un bon moment, Edith Blais avait perdu l’espoir de pouvoir un jour sortir de cet endroit pour retrouver la liberté. Plus elle parlait avec des gens, plus elle se rendait compte que les personnes autour d’elle étaient détenues depuis des lustres. «Les gouvernements ne veulent pas mettre de l’argent dans les mains des terroristes, donc ils ne viennent pas nous chercher», explique-t-elle.   

C’est alors que, un soir après la dernière prière, les deux détenus ont décidé de prendre la fuite. «La vision dehors était très réduite, donc ça nous a aidés à nous évader.» Le couple a donc pris la fuite vers l’Ouest, en souhaitant rejoindre la route qui relie Kidal et Tombouctou. Après dix heures de marche, ils ont réussi à se faire embarquer par un camionneur de marchandise. L’homme, qui se doutait bien d’où il venait, les a quand même sauvés. 

À leur arrivée à l’aéroportEdith Blais et son copain n’avaient aucune idée qu’une pandémie avait frappé la population mondiale. Ils trouvaient donc bien étrange le comportement de certains, qui disaient bonjour avec le coude par exemple, jusqu’à temps d’apprendre la nouvelle. La pandémie ne semble toutefois pas avoir affecté la rescapée, qui gardait en tête beaucoup d’autres souvenirs, comme les femmes rencontrées durant la captivité. 

Il est sûr que l’Afrique n’est plus une place de choix pour la voyageuse, mais le monde est encore très vaste. Elle admet par contre que pour lavenir, la témérité et les choix impulsifs devront être plus canalisés 

Durant l’entrevue, Edith Blais ne semblait pas ressentir de hargne envers ses ravisseurs. Ce qu’elle dit, c’est qu’elle savait que tous les gens qui la gardaient captivetous les enfants soldats qu’elle avait croisés tous croyaient vraiment en ce qu’ils faisaient, en leur mission qui pour eux, était positive pour leur patrie.  

Chaque coup de crayon a réussi à garder Edith Blais le plus loin possible du désespoir, à travers des nuits étoilées et des chaleurs accablantesIl y a quelques ingrédients dans l’univers qui ont fait en sorte que MmeBlais est revenue saine et sauve, bien qu’elle n’oubliera jamais cette mésaventure.


Crédit photo @ Simon RD

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