Par Raphaël Roy 

Le premier discours public du nouveau PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, a créé une vague d’indignation chez la classe politique et la population québécoise. En effet, ce discours presque uniquement prononcé en anglais à Montréal soulève une fois de plus les débats sur le déclin du français au Québec. 

Air Canada est la compagnie aérienne la plus importante au pays. Autrefois publique et privatisée en 1989, cette entreprise a près de 85 ans d’histoire et son siège social se trouve à Montréal. Air Canada est assujettie à la loi canadienne sur les langues officielles, c’est-à-dire que l’entreprise est obligée d’offrir des services dans les deux langues officielles au Canada.  

Seul petit problème, le nouveau PDG de la société aérienne est un unilingue anglophone qui habite Montréal depuis 14 ans. Non seulement il ne comprend pas le français, mais il n’a pas le temps de l’apprendre en raison de son « horaire ». Mis à part le prédécesseur de M. Rousseau, Calin Rovinescu, la non-maitrise du français chez les dirigeants d’Air Canada n’est pas un phénomène nouveau, comme le précise un article du 4 novembre de La Presse. Plusieurs parlent même d’un problème institutionnel dans la haute direction du transporteur aérien canadien. 

Réactions de la classe politique  

Une vague d’indignation et de déception a été exprimée à l’Assemblée nationale et au parlement d’Ottawa. Le ministre responsable de la langue française Simon Jolin Barette a écrit sur ses réseaux sociaux : «Le grand patron d’Air Canada exprime tout ce que nous avons rejeté il y a des décennies : le mépris pour notre langue et notre culture chez nous au Québec. Ces propos sont indignes des fonctions qu’il occupe».  

Le cas d’Air Canada présente une impasse juridique au Québec. D’un côté, l’Office québécois de la langue française a pour responsabilité de s’assurer que la langue normale du travail au Québec soit le français. Cet organisme a même pour mission d’accompagner les entreprises du Québec dans leurs démarches de francisation. Cependant, la loi 101 ne s’applique pas aux entreprises à charte fédérale au Québec comme Air Canada. Alors, l’obligation juridique du français chez les dirigeants d’Air Canada dépend de la volonté politique du gouvernement fédéral.  

Or, le gouvernement Trudeau a déjà affirmé qu’il n’allait pas imposer la loi 101 aux entreprises à charte fédérale. Cet incident a créé un mouvement demandant le congédiement de Michael Rousseau. Malgré ses excuses, le Commissariat aux langues officielles du Canada a reçu plus de 2000 plaintes. 

Constats inquiétants  

Cet évènement s’ajoute à une tendance lourde établissant que le français devient tranquillement optionnel au Canada et au Québec. Le livre Le français en chute libre du professeur de l’Université d’Ottawa Charles Castonguay présente plusieurs constats inquiétants sur l’état du français au Québec. À Montréal, la langue française comme langue d’usage a fortement reculé, passant de 56,4 % en 2001 à 53,1 % en 2016. L’auteur estime que ce chiffre pourrait passer sous la barre des 50 % d’ici 2030. 


Crédit photo @ Tomas Del Coro

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