Par Rosalie Provencher 

GNL Québec, le projet de gazoduc de 782 km qui devait transporter du gaz naturel provenant de l’Ouest canadien jusque dans une usine de liquéfaction au Saguenay, a finalement été rejeté par le gouvernement Legault. En voici les détails. 

En mars dernier, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a remis son rapport concernant le projet au ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charrette. Le rapport, faisant plus de 500 pages, dressait 237 constats et émettait 49 avis.  

Des risques qui dépassent les avantages 

Bien que l’objectif principal du projet de GNL Québec soit d’exporter du gaz naturel liquéfié vers l’Asie et l’Europe afin de remplacer le charbon et le pétrole, sources d’énergie beaucoup plus polluantes, les commissaires y voyaient plus de risques que d’avantages. 

Le rapport du BAPE a mis en relief le fait que le projet de GNL Québec n’avait pas su gagner l’acceptabilité sociale et que les retombées économiques seraient de courte durée. Pendant les quatre années de construction de l’usine, des retombées économiques importantes profiteraient à la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean et au reste de la province, mais une fois le complexe en service, les retombées profiteraient principalement à l’Ouest canadien. De plus, une forte concurrence dans la production de gaz naturel liquéfié à l’international ferait en sorte que celui produit par GNL Québec ne serait pas requis sur les marchés étrangers avant 2030. 

Le rapport relevait aussi que le projet Énergie Saguenay ne contribuerait pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau planétaire, au contraire. Les GES produits par l’approvisionnement en gaz naturel et l’incertitude d’une substitution à des énergies plus polluantes mettent en doute la réduction de GES à l’échelle mondiale espérée. Le rapport précise même que le projet entraînerait un « ajout net » d’émissions de GES. 

GNL n’a pas fait ses devoirs 

Le rapport du BAPE ne signifiait pas la fin du projet, mais il y avait trois conditions pour que le projet soit approuvé par le gouvernement : trouver l’acceptabilité sociale, favoriser la transition énergétique et diminuer les émissions de gaz à effet de serre. GNL Québec n’a pas réussi à remplir ces conditions, ce pour quoi le gouvernement Legault a refusé le projet. Le ministre Charette conclut que le projet ne contribuerait pas à la lutte contre la crise climatique et qu’il risque même de ralentir la transition énergétique mondiale. 

Cette décision entraîne aussi la fin du projet de gazoduc qui devait alimenter l’usine. « Sans usine de liquéfaction, il n’y aura pas de gazoduc », a résumé Benoit Charrette lors d’un point de presse. Ce dernier s’attend d’ailleurs à des critiques de la part du gouvernement de l’Alberta, qui produit de plus en plus de gaz naturel et qui cherche à exporter sa production. 

La fin des projets d’énergies fossiles? 

Avec le rejet des projets gaziers dans la vallée du Saint-Laurent, la fin d’une possible exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti, l’abandon d’Énergie Est et, maintenant, le rejet de GNL Québec, est-ce que cela sonne le glas des projets d’énergies fossiles au Québec? 

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