Par Carl Perron 

Le monde arabe, c’est tous ces pays du Maghreb et tous ceux allant de l’Égypte jusqu’au Sultanat d’Oman, englobant la quasi-totalité du Moyen-Orient. Il y a10 ans déjà avait lieu une série de révolutions dans l’ensemble de ces états. Le Printemps arabe, c’est cet ensemble de contestations populaires qui ont eu une ampleur et une intensité très différentes d’un état à un autre. Pour souligner cet admirable réveil, revoyons les grandes lignes de ce profond bouleversement social. 

Comparés au Printemps de Prague, ces mouvements révolutionnaires nationaux sont une sorte de prise de conscience de ces sociétés qui désirent un profond changement. 

Depuis la fin août 2010, le monde arabe est ébranlé par diverses révoltes. On pense entre autres à la répression des sit-in à Alger, au démantèlement d’un camp de protestataires séparatistes au Maroc ou aux manifestations contre la hausse des denrées alimentaires en Algérie. Mais ce Printemps arabe a débuté officiellement le 17décembre 2010. Un jeune homme, Mohamed Bouazizi, s’immole par le feu devant la préfecture de Sidi Bouzid, au centre de la Tunisie.  

Celui-ci est excédé par la misère, le chômage et par les humiliations policières qui s’étendent dans tout le pays. Aux cris de «Ben Ali, dégage!», les Tunisiens défilent par milliers dans les rues de la capitale pour demander le départ du président Ben Ali.  

D’autres peuples prennent alors l’exemple de la Tunisie pour réclamer, à leur tour, le départ de ses dirigeants, le plus souvent des dictateurs, et exiger l’instauration d’une démocratie. 

La Tunisie, c’est le début de ce mouvement qui va déferler, telle une vague, sur le nord de l’Afrique. Les Tunisiens ont recouru initialement aux méthodes de contestation non violente. C’est ce qui choque le public et le reste du monde ne peut demeurer insensible face à toute la brutalité qu’on utilise contre eux.  

L’utilisation intensive d’Internet et des téléphones mobiles, entre autres, aide énormément les protestataires dans le déroulement des événements.  

En Tunisie, ça s’est relativement bien passé si on compare cette situation précise à d’autres. En Égypte, on voit que les actes de réprobation ont été plus violents. Encore là, le mouvement est déclenché en réponse aux abus des forces policières, à la corruption qui règne dans le pays, mais aussi à cause du haut taux de chômage, du manque de logements, de l’augmentation des prix des matières de première nécessité, du manque de liberté d’expression.  

Ce que l’on veut en Égypte, c’est la même chose qu’on désire un peu partout, c’est-à-dire se débarrasser des dictateurs et des régimes policiers pour instaurer une démocratie. C’est l’objectif premier des manifestants en Égypte et pour l’obtenir, il faut passer par le départ du président Moubarak. Les manifestants ont détruit des bâtiments et des symboles du pouvoir et il y a eu des affrontements avec l’armée. Ça ne s’est pas toujours déroulé dans un calme relatif; il y a eu des affrontements qui ont été meurtriers, qui ont fait couler le sang.  

Mais au bout du compte, ç’aura été le mouvement populaire qui aura permis le transfert du pouvoir à l’armée. Durant la transition politique qui se met en place en Égypte, on se souvient très bien des contestations politiques qui avaient lieu, de façon continue, à la place Tahrir. Ces manifestations avaient trait aux conditions de travail, aux salaires et à la protection sociale pour n’en nommer que quelques-unes. 

Des cas extrêmes 

Cependant, cette vague révolutionnaire atteint un sommet lorsqu’on se penche sur ce qui se déroule en Libye. Là aussi, le mouvement est nourri par ces grandes manifestations où l’on désire un changement du tissu social. Mais les affrontements entre les civils et l’armée prennent rapidement l’allure d’une guerre civile. Une guerre qui oppose les forces fidèles au régime de Mouammar Kadhafi et les insurgés, soutenus par une intervention étrangère sous mandat de l’ONU. Là, on veut carrément la tête de Kadhafi. La mort de Kadhafi survient deux mois après la prise du pouvoir par le Conseil national de transition (CNT).  

Au Yémen, le dictateur Saleh, qui réprime la révolte, louvoie entre les exigences de l’opposition et le soutien international à une transition pacifique. Il finit par démissionner à la fin février.  

En revanche, le cas syrien demeure le plus impressionnant. En effet, le président de la Syrie, Bachar el-Assad, exerce une répression hors du commun contre les forces révolutionnaires. Les deux camps s’échangent des assauts qui tuent énormément de gens. À chaque fois, elAssad réprimande plus fortement. 

Ce qu’il advient de ce mouvement 

Pendant toute lannée2011, la totalité des États arabes connaît des mouvements de contestations plus ou moins importants et qui s’encouragent les uns les autres. Les bouleversements dans le monde arabe ont été dautant plus suivis que cette région présente un intérêt économique majeur, notamment du fait de l’industrie pétrolière, qui est très présente dans ces régions.  

Des États non arabes ont enregistré des manifestations ou procédé à des actions préventives, mais lampleur de ces mouvements a généralement été moindre et linfluence des événements du monde arabe na pas toujours été clairement établie.  

Les pays arabes sont ensuite plongés dans une transition qui nest nulle part facile: laprès-printemps arabe se révèle une période particulièrement troublée. Dans plusieurs pays, les élections qui suivent sont remportées par les partis islamistes. Conjugué au renforcement des groupes djihadistes, cela conduit des commentateurs à juger quau Printemps arabe a succédé un hiver islamiste.  

En Égypte, le président islamiste est renversé par un coup d’État militaire en 2013. En Syrie, le régime ne cède pas et la révolte dégénère en une guerre civile sanglante, limpasse politique et militaire favorisant en 2014-2015 la montée en puissance de lÉtat islamique. La Libye et le Yémen ne parviennent pas à trouver la stabilité et senfoncent, à partir de 2014, dans de nouvelles guerres civiles. Le chaos en Syrie et en Libye favorise la crise migratoire en Europe.


Crédit image @ Simon RD

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