Par Roxanne Blais

Le 20 mars 2018, une table ronde portant sur la persuasion technologique s’est tenue au Département des lettres et communications de l’Université de Sherbrooke. Cette rencontre, animée par Marc David, enseignant agrégé en communication et expert en analyse stratégique, invitait les quatre panélistes invités à cerner et à clarifier les contours éthiques des différentes zones touchées par le sujet.

Qu’est-ce que la persuasion technologique? C’est l’ensemble des stratégies mises en œuvre par une entreprise pour tenter d’agir sur les comportements de ses consommateurs par le biais de moyens technologiques. Selon Mélisande Bélanger, doctorante en histoire à l’Université de Sherbrooke, cette méthode serait apparue avec l’avènement de la presse écrite et non pas avec celle des techniques modernes. En effet, les différents grands événements historiques auraient fait fluctuer la volonté d’influencer la population avec l’aide des médias traditionnels. Ainsi, ce concept, propulsé par le désir de convaincre et de rallier des gens à une cause, se serait bien établi dans le bagage et l’histoire de l’homme. La propagande propagée par la radio ou les journaux lors de la Deuxième Guerre mondiale en est un exemple flagrant. Toutefois, avec l’arrivée d’Internet et de différents réseaux en ligne qui lient les gens entre eux, ce processus s’exécute plus précisément et s’accélère.

DES MÉTADONNÉES LIBRES DE DROIT

De plus en plus d’informations, nommées métadonnées et transmises par le Net aux compagnies sont accessibles. La facilité avec laquelle les entreprises peuvent mettre la main sur les données personnelles des utilisateurs soulève des questionnements par rapport à la confidentialité et à la protection de la vie privée des gens, souligne Marie-Ève Carignan, professeure au Département des lettres et communications de l’Université de Sherbrooke et spécialiste en journalisme. D’ailleurs, ces données, fournies par différentes stations, passent de la localisation de l’individu à la reconnaissance faciale pour tenter de discerner les émotions et d’adapter l’approche de la vente. Abdelouahab Mekki Berrada, professeur agrégé et directeur des études au premier cycle en administration à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, confirme que la concurrence entre les entreprises est beaucoup plus rapide, puisqu’aujourd’hui, plus que jamais, le transfert de renseignements sur les habitudes de consommation s’effectue de manière récurrente et compétitive.

« CLIC CLAC BOOM »

Pour conserver une certaine avance ou pour rivaliser avec les concurrents, les entreprises se tiennent au courant des comportements et attitudes des consommateurs. En l’espace d’un clic, se démarquer devient essentiel dans cette guerre marketing et recueillir ce genre de données sur celui que l’on cherche à charmer peut orienter et cerner la bonne manière de l’approcher. Ainsi, des moyens d’influencer et de percer les penchants des acheteurs de façon technologique sont élaborés et approfondis. Voilà pourquoi la neuroscience, qui permet de discerner précisément le désir inconscient du sujet par une analyse pointue du cerveau, offre des avantages certains dans la persuasion technologique.

EXPLOITATION DE LA MATIÈRE GRISE

Notre matière grise intéresse de plus en plus les compagnies, rappelle le directeur des études au premier cycle en administration de l’École de gestion, puisqu’il est prouvé que le choix d’achat d’un client éventuel est un processus irrationnel qui suit l’émotion plutôt que la logique. C’est en quelque sorte une occasion de cracker ce code de prise de décisions intuitives que de se référer à la neuroscience ou à d’autres moyens de persuasions technologiques, souligne M. Mekki Berrada.

TOUJOURS ET ENCORE DE LA PUBLICITÉ

Un autre moyen d’influencer le consommateur soulevé dans cette rencontre est celui de la publicité native. Ce procédé consiste à greffer un contenu à un autre lié par le sens, comme faire la promotion d’un produit en vente immiscé dans un article de journal. Captant davantage l’attention qu’une publicité ordinaire, c’est de plus en plus courant, convient Marie-Ève Carignan, que les entreprises développent diverses publicités natives pour faciliter leur technique de persuasion. La publicité native entraîne une source de revenus dont les entreprises ne peuvent se priver.

MAIN DANS LA MAIN

Afin d’atteindre un niveau de compréhension interdisciplinaire, les spécialistes de la conférence ont tenté de faire surgir des pistes de solutions à la suite de la mise en commun de leurs opinions. Des éléments positifs et négatifs sont ressortis du lot quant aux perspectives d’avenir concernant la persuasion technologique et le développement de l’intelligence artificielle en parallèle.

S’OUTILLER POUR NE PAS SUCCOMBER

Tout est une question de l’intention derrière le contenu. Est-elle bonne? Est-elle mauvaise? Qui sait! Toutefois, d’après les membres de cette rencontre, un mental aiguisé et formé dès le plus jeune âge qui doute de ce qu’il reçoit comme information serait moins enclin à succomber à son insu à une forme ou une autre de manipulation. Dans ce dossier, il était de l’avis général qu’il relève de la responsabilité du gouvernement de munir les écoles d’une éducation aux médias afin d’aider l’individu à développer un esprit critique fort. Voilà pourquoi, a enchaîné Mme Carignan, il faut réévaluer le rôle de ces technologies et l’importance du travail des journalistes qui nous offrent des contenus de qualité qui présentent une certaine objectivité.

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One thought on “Intentions, éducation et esprit critique : Un tête-à-tête interdisciplinaire sur le concept de la persuasion technologique”

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