Par Jacob Desrosiers 

En mai dernier, le président des États-Unis, Joe Biden, a pris l’une des plus grandes décisions en politique étrangère depuis son arrivée à la Maison-Blanche : retirer formellement ses troupes d’Afghanistan, mettant ainsi fin à la plus longue guerre de l’histoire américaine.  

La mission avait initialement pour objectif de lutter contre le terrorisme des groupes djihadistes comme Al-Qaïda ou les talibans en Afghanistan. C’est à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 que s’est initiée cette «War on Terror» annoncée par le président Bush. 

À l’arrivée des Américains sur le territoire afghan en 2001, les talibans contrôlaient presque l’entièreté du pays, sans opposition. 20 ans plus tard, la situation est complètement différente alors que les talibans ont été réduits au statut d’insurgés grâce au travail des Américains et de l’OTAN.  

C’est dans ces circonstances que le président Biden a amorcé son retrait, vu l’accomplissement de ce progrès depuis 10 ans et la volonté de laisser le peuple afghan diriger sa nation. 

Mission accomplie? 

Bien que le président affirme que la mission est accomplie, la réalité en sol afghan suggère le contraire. Comme l’explique le journaliste W. J. Hennigan, le gouvernement est lourdement affaibli par des facteurs tels que la corruption, et l’Armée afghane, qui devra défendre la patrie contre toute menace face à la stabilité du régime, ne dispose que de très peu de ressources pour accomplir son devoir. Ses capacités sont donc extrêmement limitées.  

De plus, au même moment où les troupes américaines sont progressivement rapatriées, les talibans effectuent leur grand retour en établissant leur dominance sur une partie grandissante de l’Afghanistan. Le tout se fait souvent sans même ouvrir le feu.  

Plusieurs experts s’opposent à la décision. Parmi eux, Michael O’Hanlon, chercheur principal à la Brookings Institution, soutient qu’il est trop tôt pour se retirer alors que le processus de paix dans la région n’est enclenché que depuis peu. Cet équilibre est donc encore très fragile.  

David Sedney, associé sénior au Center for Strategic and International Studies, est quant à lui beaucoup plus critique. Il qualifie cette décision de «désastre humanitaire», d’«acte moralement répréhensible» et même «stratégiquement stupide». Tous craignent que les talibans tirent avantage de la situation pour reprendre le contrôle du territoire. 

Un scénario comme l’Irak en 2011 

S’agit-il d’un scénario possible? En effet, puisqu’un retrait trop hâtif peut entraîner des conséquences catastrophiques sur la stabilité politique d’un pays. Par exemple, le retrait d’Irak en 2011 sous l’administration Obama. À la suite du départ des États-Unis, les forces irakiennes n’ont pu contrer la montée en puissance du groupe terroriste État islamique dans la région, menant à l’échec du processus de transition démocratique amorcé peu avant le retrait américain. En comparant le cas de l’Afghanistan à celui de l’Irak, un sentiment de déjà-vu se manifeste. 

Il est donc possible de se poser la question suivante : Joe Biden est-il en train de commettre la même erreur que son ancien collègue dix ans plus tôt? 

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