Par Hélène Bughin 

Combinant quelques restrictions levées et beau temps, l’été 2021 aura été ponctué de voyages en région, de camping et d’activités à proximité. On remarque aussi que de plus en plus de personnes quittent la grande ville pour s’établir en périphérie. 

La venue du télétravail comme résolution à long terme, l’accessibilité des plateformes et le développement du financement en région permettent d’entrevoir de nouvelles manières de créer et de consommer de la culture. Les artistes commencent à prendre leur place, hors de la métropole. Rencontre avec deux artistes visuels, Lucas Lajoie et Karolann St-Amand.  

Puiser dans l’intuition 

Lucas Lajoie est un artiste établi à Sherbrooke. On reconnaît sa touche excentrique dans chaque œuvre qu’il propose, quel que soit le médium, du soulier à la murale. Enfant, il baigne dans un milieu créatif, sa mère étant une artiste multidisciplinaire. Ainsi, après un moment sur le marché du travail, il décide de retourner aux études et de se lancer dans le certificat en arts visuels à l’Université de Sherbrooke, qu’il complète. Si le soulier reste pour l’instant sa marque de commerce, l’artiste commence à davantage s’intéresser aux tableaux et aux murales réinventées comme mode d’expression. 

En voie d’obtenir un baccalauréat multidisciplinaire, Lajoie n’hésite pas à explorer différentes techniques et différents supports pour questionner son expression même. « Ma démarche est basée sur l’intuition. Je puise dans mon expérience, mais aussi l’actualité, pour développer une interprétation interne. J’y vais avec le médium, pour faire de l’œuvre une expérience en soi », soutient-il.  

D’abord artiste du street art, se basant sur le concept de trash pour créer, il élabore aujourd’hui de nouvelles techniques pour communiquer ses préoccupations en lien avec l’état actuel du monde. De fait, il se permet d’enlever, d’effacer ou de remplacer des éléments de ses compositions, selon l’évolution de sa pensée. Il combine également les techniques, alliant acrylique et canette.  

Récemment, une de ses installations était composée d’un mur couvert de graffitis, auquel étaient accrochées aussi des toiles, qu’il était ensuite possible d’acquérir. « Je joue aussi avec l’éphémère, j’aime l’idée qu’une personne peut partir avec un morceau de l’œuvre », explique-t-il. Il souhaite un jour avoir son propre atelier et vivre entièrement de son art.  

Rejoindre le public  

Est-ce qu’il est plus difficile de diffuser en région? Lucas Lajoie exprime que « la vraie barrière en région, ça vient du fait de créer et de s’assumer dans son acte de création. Il faut que tu t’assumes à 100 % dans ce que tu fais. Le reste viendra après! » L’étudiant, qui a affiché au printemps dernier à la Galerie d’art Antoine-Sirois de l’Université de Sherbrooke, avoue qu’il est dur de trouver tout de suite la bonne manière de faire, pour trouver les bons lieux.  

Il cite la Galerie Le Lab à Orford et sa prochaine exposition solo chez Madame Pickwick comme avenues pertinentes pour rejoindre les consommateurs et consommatrices. Il soutient tout de même que les réseaux sociaux, comme Instagram, et son site internet, qu’il vient de terminer, restent ses armes de choix.  

Pour aller à la rencontre de l’autre, Lajoie n’hésite pas non plus à faire de la route, dans l’idée de se familiariser avec sa communauté. Il remarque aussi que ses comparses sherbrookois, artistes de toute discipline, forment un groupe captivant. Souhaitant davantage de collaborations et de projets communs, il pointe le jeune âge de ces membres d’une communauté qu’il reste à faire, ce qui l’enthousiasme. Une cohésion est en train d’émerger, conclut-il.  

Créer ensemble  

Karolann St-Amand a développé une passion pour les paysages lors de ses nombreuses déambulations créatives. Ayant comme base l’écriture, elle combine les mots et la photographie pour concevoir une vision unique du monde. Elle relève la cohabitation possible entre les deux médiums, se concentrant sur l’élément unique d’un horizon pour en ressortir sa particularité. À l’instar de Lajoie, elle suit son intuition, se laisse contaminer par son environnement et laisse les choses la happer.  

En définissant le paysage par ce qui est atypique ou singulier, elle réécrit la signification d’un quartier. Qu’il s’agisse de couleurs, de textures ou de la composition même d’une photo, chaque cliché démontre un point cohérent duquel une nouvelle définition d’un quartier peut naître. Le filon de son exposition Les pas rythment le silence repose sur ce fil rouge. La scénographie elle-même reproduit cette posture d’observation. « Quand on est au centre de l’exposition, il est possible de se sentir comme au centre de la ruelle », exprime-t-elle. Manière de documenter sa vie par les lieux, les photos transmettent cet impératif de caractériser l’endroit où on évolue.  

S’établir ailleurs  

« Je ne sais pas si je peux me définir comme artiste », se confie Karolann St-Amand. L’argument est basé sur son manque d’études dans le domaine de la photographie. Celle-ci détient une maîtrise en littérature française. Pratiquant la photographie argentique de manière plus ou moins ludique, il demeure pour elle une coupure entre le professionnel et l’amateur. Mais la Galerie Axart de Drummondville, où elle expose en ce moment, fait côtoyer ces deux réalités dans l’optique de faire reconnaître le travail de l’artiste. D’abord une coopérative de solidarité artistique, elle offre aux artistes une vitrine pour leur art. Pour St-Amand, c’est aussi un lieu de rencontres nécessaire.  

C’est qu’il ne s’agit pas que d’un lieu physique où exposer : l’organisme organise aussi des rencontres et des ateliers entre les différents exposants. L’exposition en soi permet de légitimer la pratique et la diffusion médiatique facilite les échanges entre les institutions. St-Amand remarque aussi que de plus en plus de galeries et de coopératives trouvent leur place. En tant que productrice d’art, elle soutient aussi que la meilleure manière de rayonner est de bien s’entourer, de créer sans relâche et surtout, de ne pas hésiter à montrer le résultat.  

Sherbrooke : ville créative  

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Crédit photo : Lucas Lajoie

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