culture-ladernieredelete-creditetsyPar MikaëlleTourigny

1er septembre, je vis un peu dans le déni. L’été tire à sa fin, mais je demeure frivole : la combinaison du soleil ardent et des festivités de la rentrée m’enivre encore amplement. C’est une de ces soirées qui flâne par-ci par-là; une de ces soirées paisibles où l’on se sent juste bien. Alors que je me promène main dans la main avec mon copain, on opte pour garnir celles qui restent de classiques cornets de crème glacée. Notre endroit de prédilection : Crème Glacée En Folie, sur Galt Ouest. Après y avoir songé, ce n’est ni le goût délicieux des produits, ni la déco « kitsch » et attachante, ni la balançoire extérieure qui nous y rapatrient chaque été. En fait, c’est la dame. Sans nom, mais tout sourire, elle y travaille depuis je ne sais quel nombre d’années.

Pendant que je goûte presque chaque sorte de crème glacée, de gelatoet de sorbet, la dame m’explique qu’elle prône la diversification dans son choix de produits afin que ses clients puissent découvrir de nouvelles saveurs tout au long de l’été. Alors que l’automne s’immisce doucement, elle estime qu’un mois et demi sépare l’entreprise de sa fermeture saisonnière.

Alors que dans le regard de la dame brille la fierté du devoir accompli, je réalise que mon dur labeur débute, que demain l’école recommence : les travaux, l’étude et le stress aussi. Pire! Que se trouve peut-être devant moi la dernière crème glacée de mon été. Que les 15 petites minutes passées à ma table extérieure préférée ne seront plus sans culpabilité… Perdue dans ce choc, je brusque mon choix et sélectionne la saveur gomme balloune dans un cornet gaufré. À chacun son côté « funky ».

Installés à la balançoire bleue, on déguste sans vraiment discuter, chacun dans notre bulle. Habituellement, c’est parce qu’on dévore notre cornet que le silence plane. J’estime que ce soir, on reste muet parce qu’incognito, on entame le deuil de l’été dans son déclin tranquille. Les après-midi dans la chaloupe sur le lac Magog, le spectacle de Yung Lean qu’on a loupé, les gym-tan-laundry des journées de congé, les P. Magnets au Tapageur, la fausse ascension d’Orford et le 18 trous de Richmond un peu « tipsy » nous semble tout à coup bien loin. Cette crème glacée nous propulse dans un méga throwbacksummer2014. En effet, on était pas mal summertime; là, on est plutôt nostalgiques.

En quittant l’endroit, j’observe par la fenêtre la dame qui ferme boutique. Minuit approche; le soleil et la chaleur ont probablement bien rempli sa journée. Mais, encore, son sourire. Dans chaque acte posé. Je ne peux simplement pas y croire! Elle sourit même toute seule, même en fin de chiffre, même à 23 h. L’optimisme au bout des lèvres, au fond des yeux, elle gère une entreprise qu’elle chérit en transmettant sa passion à ses employés et à ses clients. Ne nous demandons pas pourquoi cette crémerie génère autant de profits.

C’est dit : je l’admire.

En repensant à moi, à mes études, à ma carrière espérée, à mon bonheur, à mon futur « même toute seule », à mon prochain « même en fin de chiffre », à mon éventuel « même à 23 h », je conclus que les huit mois par année investis dans mon sourire valent probablement n’importe quel été. Je me promets aussi de retourner chez Crème Glacée En Folie une dernière fois, avant que les feuilles tombantes n’y verrouillent l’entrée pour la saison.

Partager cette publication

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *